J’ai bossé pour un gros raciste tout l’été

Le pen, père et fille
Un autre vieux breton bien bien con.

J’en avais déjà entendu parler mais je ne l’avais jamais vu en vrai. C’était pour moi une espèce rare ou en voie d’extinction. Et pourtant j’ai croisé son chemin au début de l’été. Je veux parler du vieux raciste de province.

Il est propriétaire d’un hôtel, situé dans le centre-ville d’une petite ville de Bretagne. À la recherche d’une réceptionniste pour la saison, je suis embauchée à la mi-juin. Lors de notre deuxième rencontre, sa femme est présente pour me parler de l’établissement. Alors que je voyais cette femme pour la première fois de ma vie, elle a commencé à me parler des propriétaires d’un établissement voisin.

« Vous allez voir, la dame parle un peu bizarrement. Mais elle n’est pas française. » En vérité il se trouve que cette dame ne parlait pas bizarrement du tout, elle avait simplement un charmant accent portugais.

Toujours en me parlant du couple de voisins, la femme de mon patron se sent obligée de me préciser qu’ils ont adopté deux enfants « mongoliens ». Je déglutis mais ne la reprends pas. Il me semble qu’on ne dit pas mongolien, ni même gogol, mais trisomique. Je me dis qu’elle est peut-être restée bloquée sur des termes archaïques malheureusement longtemps utilisés pour désigner les trisomiques.

La conversation se poursuit. On entre dans des considérations plus techniques relatives à la gestion de l’hôtel et des réservations. Le propriétaire m’explique qu’il arrive qu’il y ait parfois des annulations et prend un exemple.

«  – Un jour un monsieur a annulé, il se trouve que comme par hasard, c’était un Maghrébin. Mais vous savez, ils font ça pour les visas ! 

 – Ah bon ???

– Bien sûr. Ils vont à l’ambassade, présentent leur réservation à l’hôtel, obtiennent un visa puis annulent au dernier moment. »

Imaginez ma gêne et mon embarras. Un couple de gens pour qui je suis censée travailler, vient de me débiter en moins d’une demi-heure plus de phrases racistes que je n’en ai entendues au cours de ces cinq dernières années. Je rappelle que ce n’était que la seconde fois de ma vie que j’avais affaire à ce monsieur, et la première fois que je voyais sa femme.

Parce que j’étais blanche et avec un prénom du calendrier chrétien, les deux racistes ont dû y voir un feu vert pour mal me parler de ces Arabes qui truandent pour obtenir des visas. Me connaissant peu, ils ne se sont même pas posé la question de savoir si mon petit frère n’était pas handicapé ou si mon mec ne s’appelait pas Mohammed. Ils me confiaient leurs petites certitudes sur telle ou telle catégorie de personnes avec tellement d’aplomb que je suis restée sans voix. Réellement hallucinée d’entendre des choses pareilles.

J’ai pris grand soin de bien ouvrir mes oreilles car je voulais pouvoir répéter au mot près ce que j’avais entendu de leur bouche. Immédiatement après, j’ai ressenti l’envie d’en parler à quelqu’un. Seul témoin de la scène, j’avais besoin de répéter ces phrases à quelqu’un pour entendre de sa bouche que j’avais affaire à des grands malades. J’ai également senti monter en moi la culpabilité de n’avoir pas réagi. Parce que j’avais besoin de ce travail, je n’ai pas osé, dès mon premier jour, leur rentrer dedans comme ils l’auraient mérité. Je me suis simplement dit que ce patron avait perdu tout droit à une once de respect de ma part et je l’ai considéré chaque jour de mon contrat comme un gros enculé.

Un autre échange entre nous a confirmé mes sentiments à son égard. Un monsieur, appelons le M. Diallo (vous voyez où je veux en venir ?) avait effectué une réservation pour un séjour de trois ou quatre nuits. Mon patron au téléphone me prévient : «  Méfiez-vous, ces gens-là, plus ça parle, moins ça paye. Il va essayer de vous mettre de la poudre aux yeux. Ne vous laissez pas prendre au piège. De toute façon, vous le faites régler dès son arrivée. »

Alors que M. Martin ou Mme Costaouec ne paieront pour leur séjour qu’à la fin, M. Diallo, parce qu’il s’appelle Diallo, devra payer à l’arrivée. Plus tard dans la semaine, à quelques heures de son arrivée, mon patron me téléphone pour me demander si « le Noir de la 330 » est arrivé. Je lui réponds que « non, M. Diallo n’est pas encore arrivé ».

M. Diallo n’est jamais venu passer son séjour à l’hôtel et a annulé au dernier moment. Encore un qui faisait ça pour les visas à coup sûr.

J’écris cet article car il m’est impossible de garder pour moi ce que j’ai entendu. Peut-être passerais-je pour la blanche naïve qui vient de découvrir qu’il y a encore en France des gros cons envers les Noirs et les Arabes ? Je vous rassure, j’étais au courant. Mais en général, ce sont des gens que j’évite de côtoyer. Cet été à raison d’une fois par semaine, j’ai dû sourire et rester polie avec ce grand con, qui me faisait remplir le kiosque à journaux de la réception avec Le Point et Valeurs actuelles.

Alors quand cet été, un mec est venu chier au deuxième étage et s’est torché avec le napperon de la commode du palier, j’ai vraiment prié très fort pour que ce soit un M. Diallo ou une Mme Al Bahkraoui qui ait fait le coup. Histoire de bien faire chier le proprio.

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