Le Guess Who? et Mega Records & CD Fair : quatre questions à Liars, Jenny Hval et Jane Weaver

Article d’Andrew Hannah pour The Line of Best Fit, traduit de l’anglais.

Le Guess Who? est de retour cette année du 9 au 12 novembre à Utrecht et promet encore une fois de belles découvertes et des concerts à couper le souffle, avec plus de 150 artistes qui joueront dans des théâtres, des entrepôts, des églises et en plein air. Avec des musiciens tels que Shabazz Palaces, Protomartyr, Mount Eerie, Perfume Genius et bien d’autres, cette édition promet d’être inoubliable.

En plus du festival, Utrecht sera aussi le terrain de la Mega Records & CD Fair qui aura lieu au même moment. Avec plus de 500 stands de disquaires dans un espace de 12 500 mètres carrés, l’événement est considéré comme le plus gros marché de disques dans le monde. On a demandé à plusieurs artistes présents au Guess Who? de nous dire ce qu’ils viendront chiner lors de leur passage à Utrecht. On commence la série avec Angus Andrew de Liars, Jane Weaver et Jenny Hval.

ANGUS ANDREW DE LIARS

© Zen Sekizawa

Quels sont les trois disques que tu rêverais de trouver à la Mega Records & CD Fair ?

Demdike Stare – Elemental Parts 1 & 2

OOIOO – Feather Float

Jlin – Dark Energy

Quand et comment as-tu entendu ces albums ?

OOIOO – Feather Float

J’ai vu OOIOO jouer quelques titres de l’album début 2000, dans un tout petit club à Manhattan qui n’existe plus. C’était un concert extraordinaire. Je crois que Pixeltan faisait leur première partie.

Demdike Stare – Elemental Parts 1 & 2

Je n’ai encore jamais vu Demdike Stare en live, j’espère le faire cette année. Il n’y a pas beaucoup d’artistes dont je sens que je peux approuver tout ce qu’ils font. Demdike Stare sont exceptionnels.

Jlin – Dark Energy

Black Origami, l’album le plus récent de Jlin, est incroyable. Mais je dois me procurer Dark Energy parce que c’est l’album par lequel j’ai commencé. Il m’avait été recommandé par un ami et je suis fan depuis.

Qu’ont ces albums de si spécial pour toi, et pourquoi recommanderais-tu de les écouter ?

Tous ces albums représentent la liberté de penser, l’exploration, et surtout, ils brisent les codes établis. Bien sûr, je pourrais lister Appetite for Destruction de Guns N’ Roses ou Love Deluxe de Sade comme des albums que j’aimerais posséder, mais si je me démène pour acheter des disques, j’ai envie de savoir que je soutiens les mouvements musicaux non-conventionnels et innovants.

Quel est l’album que tu as le plus écouté cette année ?

Vektroid / Macintosh Plus – Floral Shoppe

On se moque parfois de mon intérêt pour la vaporwave. C’est souvent vu comme un genre de musique post-ironique. Je ne suis pas d’accord. Des artistes, comme le prolifique Vektroid, soulèvent des questions intéressantes et pertinentes autour du consumérisme et du capitalisme. Trouver cette musique m’a vraiment poussé à repenser mon propre processus de création. Non, je n’ai pas fait d’album « vaporwave », mais en désacralisant toutes les règles qui gouvernent l’authenticité, j’ai ouvert les yeux sur beaucoup de choses. Même si tu n’écoutes pas Floral Shoppe en boucle, ça vaut la peine de se plonger un instant dans ce monde fascinant.

JANE WEAVER

Quels sont les trois disques que tu rêverais de trouver à la Mega Records & CD Fair ?

J’ai commencé à collectionner de la musique moyen-orientale des années 1960 et 1970, principalement chantée par des femmes. Je suis novice dans ce domaine et il y a bien plus à apprendre étant donné la vaste étendue d’artistes et de morceaux. C’est aussi assez dur à traduire et il y a différentes traductions phonétiques par morceau, c’est un grand puzzle ! Mes préférés sont sûrement Fairouz, Warda Al-Jazairia, Sabah et Nagat El Saghira.

Lorsque je serai à Utrecht, je chercherai Wahdon de Fairouz.

Ensuite… Mon côté pop serait à la recherche de « I’m 28 » de Toni Basil, qui est la face B de « Breakaway ».

Mon côté triste penchera pour la B.O. de Sixième Sens.

Quand et comment as-tu entendu ces albums ?

J’ai écouté un disque qu’avait trouvé mon mari dans une brocante en Turquie. L’album m’a totalement hypnotisée et m’a ouverte à un nouveau monde. Il s’avère qu’il s’agissait de morceaux de la chanteuse égyptienne Nagat. Il y a quelque chose dans l’intonation de la voix qui me parle. Ensuite, j’ai découvert Fairouz et beaucoup d’autres chanteuses. Mon mari se rend à Utrecht deux fois par an et revient toujours avec un sac rempli de disques pour moi, qu’ils soient libanais, égyptiens ou algériens.

L’album de Toni Basil, je l’ai entendu il y a des années sur une compilation et je n’ai cessé de le chercher depuis. La B.O. de Sixième Sens n’est pas si rare que ça mais j’aime beaucoup le morceau de synthé « Graham’s Theme » de Michel Rubini. C’est un si bon film, basé sur le livre Dragon rouge, le prédécesseur du Silence des Agneaux. D’ailleurs, ça fait un moment que je cherche le 45 tours de « Goodbye Horses » de Q Lazzarus.

Qu’ont ces albums de si spécial pour toi, et pourquoi recommanderais-tu de les écouter ?

Beaucoup des morceaux de Fairouz que j’aime sont très traditionnels, rien de très funky, même si on peut parfois déceler quelques influences pop. Sa voix est sublime.

Le titre « I’m 28 » de Toni Basil est une super chanson : elle est très énervée car elle n’a pas trouvé l’amour et elle sent qu’elle va être laissée à l’abandon à cause de son âge. Bizarrement, c’est écrit par Graham Gouldman, fondateur du groupe 10cc.

La B.O. de Sixième Sens est une bulle de nostalgie des années 1980, c’est comme un Miami Vice plus sombre. C’est la première fois que j’entendais « In A Gadda Da Vida » d’Iron Butterfly, je ne connaissais que la reprise de Slayer.

Quel est l’album que tu as le plus écouté cette année ?

J’adore Law Saalook de Warda Al-Jazairia. C’est un album live et on peut entendre le public crier et chahuter. Je n’en sais pas encore assez sur la musique traditionnelle arabe ou ses instruments, je n’ai aucune idée de la raison pour laquelle je suis si attachée à ces sonorités. Je peux imaginer que c’est un peu lourd à écouter pour certains. En général, je ne suis pas fan des albums live, mais celui-ci est très émouvant et puissant. Je ne sais pas ce que dit la chanteuse donc ça rend la chose encore plus mystérieuse.

JENNY HVAL

Quels sont les trois disques que tu rêverais de trouver à la Mega Records & CD Fair ?

Disclaimer : je ne suis pas une fétichiste du disque et ce scénario devra être entièrement fictif. Je n’irai jamais à une grande foire aux disques… Je préfère traîner sur Discogs tard le soir. Aussi, je n’achèterai jamais de vinyle hors de prix, mes réponses seront donc un peu aléatoires.

Si je trouvais les albums Salon de Musique de Su Tissue ou I Have No Feelings d’Annette Peacock (ce qui est complètement possible), je les prendrais. Ça ne me dérangerait pas non plus de tomber sur l’album Steve McQueen de Prefab Sprout, parce que je viens de me souvenir que je ne le possède pas et je trouve ça un peu mal élevé de ma part, étant donné le nombre de fois que je l’ai écouté.

Quand et comment as-tu entendu ces albums ?

Su Tissue : avant que mon album Apocalypse, girl ne sorte, Joakim Haugland (de Smalltown Supersound) me l’a envoyé et je l’ai adoré. Su Tissue est aussi le nom du label avec lequel je travaille en Norvège.

Annette Peacock : mon père a toujours été fan de son travail et j’ai écouté sa musique en grandissant. Je l’aime beaucoup.

Prefab Sprout : je me suis toujours tenue à l’écart de cet album car je pensais que seuls les musiciens de jazz-pop un peu miteux pouvaient l’apprécier. Mais ensuite, j’ai écouté quelques chansons lorsque j’étais en tournée il y a trois ans, et ça m’a tout de suite plu.

Qu’ont ces albums de si spécial pour toi et pourquoi recommanderais-tu de les écouter ?

Su Tissue : un magnifique mix entre Steve Reich et Virginia Woolf.

Annette Peacock : cet album est si simple et si complexe à la fois, parfois conventionnellement beau mais aussi constamment entêté. C’est beau et déconcertant. Tu penses savoir où vont les chansons, mais non ! La meilleure expérience d’écoute est d’embrasser le chaos.

Prefab Sprout : j’aime beaucoup les spirales que forment certains des morceaux de l’album. Ce sont quelques-unes des plus belles constructions de paroles que j’ai jamais vues. Des morceaux comme « Appetite » font le même effet que ces romans qui vont et reviennent dans le temps mais se passent au même moment. Ça paraît assez confus… Mais ça ne l’est pas. Aussi, je n’ai aucune idée de comment cette production cheesy peut sonner si bien.

Quel est l’album que tu as le plus écouté cette année ?

Je dirais tous les albums de Sarah Davachi, peut-être The Untuning of the Sky plus que les autres parce que c’est celui que j’ai écouté en premier. Elle fait du drone qui semble intensément personnel, plein d’émotion, sublime et subtil. J’aime tout ce qu’elle fait.

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Liars, Jane Weaver et Jenny Hval seront au Guess Who? du 9 au 12 novembre prochain. Prenez vos places ici.

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