FAAST and Furious

FAAST

Vous avez peut-être dansé sauvagement sur ses sets lors d’une Wet For Me, d’une Kindergarten ou encore d’une Pimp My Queer ; dans la belle famille de la scène électronique émergente on demande FAAST, figure montante des soirées club parisiennes.

Passionnée de sonorités house et techno aux nuances acid et au grain vintage 90′, la productrice et dj se démarque par une signature bien à elle sur scène comme sur disque. Très inspirée par l’univers des voitures, c’est dans une ambiance crissements de pneus et nuages de poussière qu’elle a récemment dévoilé son premier EP NEED FOR FAAST, ainsi qu’un remix du morceau « Inclusive » de Calling Marian.

Manifesto XXI : Comment es-tu arrivée dans la musique ? 

FAAST : J’ai fait de la guitare au collège/lycée, puis par manque de temps j’ai un peu lâché. J’ai commencé à m’intéresser à la musique électronique vers la fin du collège, des potes de mon frère en faisaient, ça m’a fait découvrir des sons. J’ai téléchargé Ableton sur mon ordi et commencé à faire des trucs, mais je n’ai jamais rien partagé.

Quand je suis arrivée à Bordeaux, je suis allée à une soirée où chacun devait ramener un vinyle à faire passer au dj, j’avais ramené un Marek Hemmann, il m’a félicité pour mon choix et m’a demandé si je mixais. J’ai répondu que non, et il m’a dit ‘tu devrais essayer, il y a plein de collectifs sur Bordeaux’, ça a été un déclic. Je me suis dit ‘vas-y’, j’ai acheté un contrôleur et j’ai commencé comme ça. J’ai intégré un collectif bordelais avec que des mecs, j’ai fait ma première date sur la terrasse de l’Iboat, puis on m’a proposé de faire un warm-up là-bas, et à partir de là je me suis lancée.

Ensuite j’ai bougé à Paris et pas lâché l’affaire. J’ai investi dans du matériel, commencé à rencontrer du monde, fait partie d’un collectif qui s’appelait WAKE Paris, qui était parmi les premiers à vouloir agir pour une plus grande visibilité des femmes sur le devant de la scène. 

Aussi, je suis née malentendante. Après plusieurs opérations de ma naissance à mes six ans le problème a finalement été résolu, mais j’ai notamment fait beaucoup de rééducation par la musique.

Est-ce que tes influences stylistiques ont beaucoup évolué avec les années ? 

Quand j’ai commencé à mixer j’étais très house 90’, Détroit, Chicago… des trucs un peu groovy, avec des petites vocals. Puis je me suis orientée plus techno, mais toujours dans une vibe 90’. En digguant je suis tombée de plus en plus sur des sons à la frontière entre house et techno.

Aujourd’hui je préfère mixer techno, acid, limite rave. 

© Candice Rovere

Comment tu diggues ? 

J’achète pas mal de vinyles même si je n’en mixe pas, donc souvent je vais digguer directement chez des disquaires. J’essaie de rester si possible dans les années 90. Je cherche par date sur Discogs aussi. 

Quels seraient tes labels ou artistes phares ? 

R&S Records par exemple. Je mixe pas mal de classiques en fait, il y a toujours une touche vintage. 

Pourquoi justement ce côté rétro ? 

J’ai toujours kiffé les années 90, depuis toute petite, au lycée j’ai eu ma période fluokid… Ce que je retrouve dans ces sons-là que je trouve peut-être moins aujourd’hui c’est les petits sons de synthés groovy, les vocals…

Je n’arrive pas à trouver de label moderne qui sorte des sons typés 90 en fait, c’est toujours trop techno mainstream pour moi. 

C’est le côté un peu raw, garage que tu aimes là-dedans ? 

Oui, voilà. 

Est-ce qu’il y a des djs nationaux ou internationaux qui t’ont particulièrement inspirée ? 

Miley Serious évidemment, j’adore les sets acid d’Ellen Allien aussi par exemple. 

Et quelles soirées parisiennes (ou d’ailleurs) incarnent au mieux l’esprit musical que tu cherches ? 

La Kindergarten. Quand j’ai découvert ça je les ai contactés direct. Et au-delà de la musique j’aime bien leur côté festif good vibes aussi. 

Et le côté production ça t’est venu comment ?

Quand j’ai commencé j’écoutais pas mal de low trap, j’adorais Stwo par exemple, j’ai fait un remix de lui, qui est toujours sur mon Soundcloud d’ailleurs. Je faisais des prods un peu comme ça, mais il y avait toujours une vibe nostalgique. 

Là tu viens de sortir ton premier EP deux titres, NEED FOR FAAST, comment tu l’as imaginé ? 

Je voulais composer quelque chose qui reflète ce que je joue en soirée, maintenant que j’ai vraiment trouvé mon identité en tant que dj. 

Tu l’as produit sur Ableton, avec plutôt des plug-ins, de l’analogique ? 

Sur Ableton oui, avec juste un clavier maître, en midi avec des plug-ins. 

Il y a du sampling dedans ? 

Il y en a pour les bruits de voiture ; dans « Need For Faast » j’ai samplé des voix de policiers du jeu Need For Speed, que j’adorais quand j’étais gosse, mais sinon pour le reste tout est composé.

Comment as-tu construit tes morceaux ? 

Il y a un son que j’adore par-dessus tout que je pourrais classer dans mon Top 10 tous styles confondus, c’est DJ Visage, « Formula ’98 ». C’est sorti en 98, j’avais 6 ans et j’écoutais ça avec mon frère sur une compile cassette avec que des sons un peu dance/eurodance. Je voulais rendre hommage à ce track dans lequel on entend des bruits de F1, « Need For Faast » en est très inspiré, parce que c’est l’un des premiers que j’ai du écouter dans cette vibe. Mon père regardait la F1 tous les dimanches, c’est un passionné de Porsches, il roule souvent sur circuit, je kiffe conduire aussi… cet univers a déteint sur moi ! 

Qu’est-ce qui a été le plus dur dans le processus de composition de cet EP ? 

La position des samples, parce que je voulais des bruits de voiture récurrents sans que ce soit non plus too much. J’ai une track plus techno-rave, et l’autre plus techno-acid, mais j’ai essayé de faire une techno acid qui reste imprégnée des sonorités des années 90 pour garder ce lien entre les deux et qu’on reconnaisse le style. 

C’est toi qui a réalisé le mixage et/ou mastering ? 

Non ça j’ai fait faire par quelqu’un, parce que je n’ai pas assez de connaissances et compétences là-dedans pour que ce soit aussi propre que je le voudrais. 

Comment tu envisages la suite côté production ? 

J’aimerais vraiment continuer sur des prods dans le même style, peut-être pas encore avec des samples de voiture, mais en gardant un côté répétitif et assez rapide pour qu’on s’imagine en train de l’écouter dans une voiture sur l’autoroute. Sinon là je viens de sortir un remix pour Calling Marian. 

Il a été difficile à faire ce remix ? 

Non ça a été assez fluide, en écoutant son EP j’ai beaucoup aimé « Inclusive », dont j’apprécie particulièrement la basse. J’ai changé les kicks surtout, pour ajouter un côté techno. À la base je lui avais envoyé sans mettre de samples de voiture, et elle m’a dit ça manquait un peu de FAAST…! J’ai répondu que je ne voulais pas trop dénaturer, mais elle m’a dit ‘mais non vas-y’ ! 

Le remix c’est un exercice qui te plait, que tu veux creuser ? 

Si on me propose et que les morceaux me parlent, carrément. 

À moyen terme tu te verrais créer un live électronique ou c’est pas du tout dans tes objectifs ?

Je pense que je prends plus de plaisir à mixer. Déjà je n’ai pas du tout assez de matière pour faire un live… peut-être dans quelques années, mais ce n’est pas ma priorité. 

Une track que tu te passes en boucle en ce moment ? 

J’aime trop le placer en milieu – 3/4 de set, petit son planant pour redescendre un peu. 

Comment tu construis, penses, travailles tes sets ? 

J’aime bien qu’il y ait une ascension et prendre des risques. Quand les gens sont vraiment lancés dans le set, j’aime bien balancer une track techno avec des beats breakés, et en fin de set je passe toujours un son un peu eurodance.

Je fais des sélections bien spécifiques en amont pour chaque évènement ; je sais quels types de morceaux je vais jouer vers le début, et en général j’essaie au moins de savoir par quel son je commence et finis, mais ensuite sur place il y a une grosse part d’improvisation. En fonction du feeling de la soirée, je vais plus pousser sur tel ou tel style. 

Un exemple de track que tu aimes passer en opening et en closing ? 

En intro – après tout dépend de l’heure bien sûr ! -, Armando « 151 », une vieille track de Chicago un peu house-acid, ou bien Boston 168 « Terror Acid ». 

En closing, je mets souvent Dj Visage « Formula ’98 ». 

Sinon l’autre jour j’ai été à une soirée où un dj a passé un remix techno d’un son de rap de Marseille, « Belsunce breakdown », que j’adore (j’écoute beaucoup de rap français), j’ai entendu ça je me suis dit putain j’ai toujours rêvé de faire ça mais j’ai jamais osé. Il y a quelques années j’avais même pensé à en faire un remix… mais je ne me suis pas lancée. Je n’ai jamais retrouvé le remix sur internet, mais en tout cas quand j’ai entendu ça je me suis dit ‘c’est ça qu’il faut faire’ ! 

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NEXT DJ SETS

18.05 – Tragedy, PARIS

01.06 – Pink Lemonade, PARIS

22.06 TBA, BIARRITZ

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