Mais qui est John Hamon ? Rencontre

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© John Hamon

Affiche électorale ? Publicité pour une marque ? Canular ? Vous le connaissez sans le connaître. Depuis 2001, le visage de John Hamon couvre les rues de la capitale. Artiste, ce personnage porte sur le monde de l’art contemporain un regard acerbe… et pertinent. Par le biais de sa bonne bouille, il nous montre que la production est désormais synonyme de promotion. Une autre alternative au système institutionnel de l’art ? Prenez garde, les artistes vont reprendre le pouvoir !

© John Hamon
© John Hamon

C’est la promotion qui fait l’artiste ou le degré zéro de l’art.

Manifesto XXI – La plupart des gens connaissent ton visage, sans pour autant savoir qui tu es.

John Hamon : Ça fait partie du jeu ! L’idée n’était pas non plus d’annoncer mon propos artistique directement. Je n’ai pas affiché le projet dès le départ… J’ai commencé en 2001, on peut dire que je prends mon temps et que je fais monter la mayonnaise doucement. Je donne le temps à la démarche de se développer. Je refuse généralement les interviews filmées car je refuse de me mettre en avant dans le projet. Non pas que je me cache, mais je ne veux pas perturber le message du portrait, du coup je n’apparais pas physiquement. J’ai choisi cette image pour me représenter en temps qu’artiste et ce portrait ne changera pas. Je peux jouer avec, le faire un peu évoluer, mais la base du projet est ce portrait-là.

© John Hamon
© John Hamon

Pourquoi ce portrait-là ?

La photographie illustre la démarche et en est le vecteur. L’idée générale est synthétisée par cette phrase : « C’est la promotion qui fait l’artiste ou le degré zéro de l’art. » J’ai voulu inclure cette démarche dans une histoire de l’art. J’aime ce langage entre les artistes de différentes générations, qui se répondent à travers les âges par rapport à leurs propositions artistiques. La première chose, c’est qu’être artiste, c’est aussi se proclamer artiste. J’ai commencé avec des photocopies en noir et blanc. Maintenant, je peux faire des affiches en couleur. La question du « pourquoi » est assez drôle et on me la pose souvent. Parfois, je me demande pourquoi on me demande pourquoi je fais les choses. Quand je fais ça, je prends beaucoup de distance par rapport à la chose. Parfois beaucoup plus que les gens qui la reçoivent, d’ailleurs ! Les gens prennent parfois un peu trop au sérieux ce que je fais. Moi-même, je ne pourrais pas faire ce que je fais si je ne prenais pas de la distance. Sans cette distance, je serais certainement dérangé psychologiquement…

© John Hamon
© John Hamon

L’idée est d’interroger le système et d’interroger la pratique artistique en soi. J’ai décidé de me concentrer sur le portrait pour ne pas perturber la démarche par des œuvres plus graphiques. Les gens commencent maintenant à associer le portrait à la démarche de promotion de l’artiste. Les gens commencent à assimiler le portrait. Je vais pouvoir commencer à montrer d’autres œuvres, moins publiques, mais toujours associées au portrait. J’ai fait une soirée « John Hamon » que j’appelais « soirée promotionnelle ». C’est donc une soirée pour me promouvoir en tant qu’artiste. C’est à prendre au premier degré ! Je pars du postulat que toute œuvre, toute action humaine, met en avant celui qui l’a réalisée, donc est promotionnelle. Je prends ça au pied de la lettre. J’essaie, à chaque fois, d’extraire l’aspect promotionnel et de faire une œuvre de la même façon.

© John Hamon
Tour Eiffel © John Hamon

Comment définis-tu la « promotion » ? C’est la communication du travail, la visibilité de l’artiste ?

Oui, ça reprend tout ça : la propagande, la communication, la publicité. Ça peut mener très loin, à des endroits dont on n’a pas forcément conscience. Je vais par exemple faire une série qui s’appelle « collectionneur promotionnel » ou « mécène promotionnel », c’est-à-dire que la personne qui achète ton travail participe déjà à ton développement en tant qu’artiste et il y a donc un effet promotionnel. Si le message passe que Pinault a acheté une œuvre de John Hamon, il se passe quelque chose… Du coup, il faut jouer avec ! Ça peut prendre des formes multiples ! J’ai aussi fait une série qui s’appelait « critique promotionnelle ».

© John Hamon
© John Hamon

L’idée est d’interroger le système et d’interroger la pratique artistique en soi. J’ai décidé de me concentrer sur le portrait pour ne pas perturber la démarche par des œuvres plus graphiques.

Un critique fait un texte sur « John Hamon artiste » : s’il est de renom, ça participe à la promotion. Je peux aussi faire des « expositions promotionnelles ». Si l’exposition est dans tel ou tel musée ou galerie, ça rajoute. Même le talent de l’artiste est promotionnel, c’est même ce sur quoi l’artiste va s’appuyer le plus. On voit souvent l’œuvre, et là, je cherche à mettre en avant l’artiste. Car derrière l’œuvre, il y a l’artiste qu’elle sert d’une manière ou d’une autre. C’est pour ça que je parle du degré zéro de l’art : l’origine de l’art est dans cette ambiguïté, entre la promotion qui appâte et un sens plus caché qui se trouve dans le mot même, “pro-mouvoir”, faire avancer. Et c’est là l’origine même de toute forme de création. Rien ne se crée sans mouvement.

© John Hamon
© John Hamon

Te places-tu dans un mouvement artistique ?

Je suis clairement un enfant du pop art. Il y a aussi Duchamp avec son « C’est le regardeur qui fait le tableau ». Et le degré zéro de la peinture avec Buren, qui est l’artiste français institutionnel par excellence. Toutes ces questions sont loin d’être résolues, car on n’arrive pas à se les poser clairement. Si ce ne sont plus les artistes qui font les œuvres, déjà, à quoi servent les artistes ? On ne peut pas faire mine de l’ignorer. Les artistes ont été dépossédés de l’art, et il y a un moment où il va falloir admettre que ça ne peut pas fonctionner. Donner les clés de l’art à d’autres gens qu’aux artistes, ça ne fonctionne pas !

© John Hamon
Palais de Tokyo © John Hamon
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Palais de Tokyo © John Hamon

Peux-tu nous parler un peu de cette exposition au Palais de Tokyo ?

Ça, déjà, c’est un peu différent. Il y a tout de même une affiche avec le logo du Palais de Tokyo qui n’est pas le seul portrait. Je les ai forcés à faire une exposition « John Hamon », ils ne m’ont pas invité d’eux-mêmes ! Je leur ai envoyé un mail leur disant que j’avais besoin du logo du Palais de Tokyo pour l’exposition « John Hamon » dont on réalisait l’affiche. La directrice de la communication du Palais de Tokyo me répond très gentiment : « Je ne vous trouve pas dans le planning. Auriez-vous les dates ? » Le directeur des relations extérieures prend le relais et me dit qu’il y a malentendu puisqu’il n’y a pas d’exposition « John Hamon » prévue ! Je lui demande de vérifier et lui dis qu’il y a bien une exposition « John Hamon » prévue, je suis au courant, je suis John Hamon. Je leur explique finalement la démarche : n’est-ce pas en fait à l’artiste de prendre les décisions ? Ou doit-il être dans l’expectative qu’on le parraine ? De la même façon que pour la projection à la tour Eiffel, je ne demande pas l’autorisation de projeter.

© John Hamon
© John Hamon

Il y a donc bien eu une exposition « John Hamon » au Palais de Tokyo, comme le pensent les gens qui ont vu les affiches ! J’ai fait la communication de l’exposition seul… Il faut quand même faire un constat : si ces institutions sont là, à la base, pour servir, aider les artistes à émerger, le problème est que ces artistes sont plus utilisés pour illustrer un propos qui ne leur correspond pas… Il faut laisser suffisamment de place aux artistes pour qu’ils puissent développer leur travail, pour pouvoir émerger. Et malheureusement, ce système français ne fonctionne pas, puisque les jeunes artistes n’émergent pas ! Pour le Palais de Tokyo, s’ils avaient été plus malins, le meilleur moyen de me contrer, ç’aurait été de m’accepter officiellement…

Mais en mettant l’accent sur la promotion, ne relègues-tu pas l’œuvre au second plan ?

La promotion, c’est l’œuvre ! J’ai fait de ma promotion ma production, si on veut résumer….

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1 Comment

  • Le gars fait donc exactement ce qu’il dénonce: Un art sans aucune substance, devenu tout aussi polluant que la publicité dans nos rues, sauf que lui est un vandale. Bravo l’artiste. Sous couvert d’intellectualisme à la mord moi le noeud, il ne vole pas plus haut qu’une Nabila, mais au moins elle ne se cache pas de vouloir être qu’une star. Je lui conseille de faire le prochain Loft Story, ça nous fera des vacances.

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