Insomnia : le collectif féministe qui voit rouge (et passe des nuits blanches)

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Crédit photo : Insomnia

Ce matin, à l’occasion de la Journée internationale des droits des filles, l’eau de plusieurs fontaines parisiennes avait changé d’aspect et pris une teinte rouge sang. Non, il ne s’agit pas d’un hommage audacieux aux Rivières pourpres orchestré par une bande de cinéphiles, mais d’une initiative militante du collectif Insomnia, qui souhaite interpeller les passants à propos des tabous liés aux règles.

Le collectif s’efforce de sensibiliser aux (multiples) atteintes aux droits et à l’intégrité des femmes, du sexisme ordinaire aux féminicides. Armées d’affiches, de pochoirs ou de bombes de peinture, elles parcourent les rues la nuit pour mener leurs actions antisexistes. Rencontre avec l’une des membres de ce mouvement qui sacrifie ses heures de sommeil pour réveiller les consciences.

Manifesto XXI – Peux-tu nous parler un peu du collectif ? De sa genèse ?

C’est un collectif qui a été créé en 2016 par plusieurs femmes pour protester contre la chaîne de restaurants Bagelstein et les remarques sexistes imprimées sur les emballages de leurs sandwiches (N.D.L.R. :  “L’amour c’est sportif, surtout quand l’un des deux ne veut pas” ou encore le très élégant “Petite annonce : pouffe en bon état, à peine utilisée. Peu de conversation”).

Au total, les vitrines de vingt-cinq magasins ont été recouvertes d’affiches et taguées afin de mettre en parallèle les blagues misogynes de l’enseigne, avec la réalité des violences faites aux femmes.

Crédit photo : Insomnia

Le mouvement se veut toujours anonyme car nous œuvrons au nom de tous. Par ailleurs, il est non-mixte puisque nous tenons, en tant que femmes, à prendre en main la défense de nos droits même si quelques hommes nous soutiennent. Quant à la structure du collectif, nous n’avons pas de représentants ou de leaders. Nous prenons toutes les décisions collectivement et l’ancienneté d’un membre n’est pas un critère déterminant.

Combien le collectif compte-il de membres environ ?

À peu près cinquante personnes engagées, dont une trentaine qui participent véritablement aux actions. Les autres s’occupent de l’hébergement et de l’organisation annexe. Il peut par exemple s’agir de garder les enfants d’un des membres du collectif pendant qu’un autre est dehors et colle des affiches.

Quel est votre mode opératoire ?

Nos actions se passent la nuit, en semaine. Nous nous préparons un mois avant environ en nous réunissant de façon hebdomadaire pour rassembler tout le matériel, refaire les pochoirs, préparer les itinéraires et déterminer les équipes. Nous partons d’un point central à Paris, puis nous nous dispersons.

Crédit photo : Insomnia

Finalement, peux-tu nous parler du message que vous tentez de transmettre ?

L’action du 11 octobre est la cinquième action du collectif. L’idée est de faire comprendre aux gens que les menstruations ne sont pas sales, qu’il ne faut pas en être dégoûtés et qu’il faut faire plus d’efforts sur la prise en charge médicale des douleurs liées aux règles.

Crédit photo : Insomnia

La seconde action a eu lieu pour la journée du droit des femmes. Nous avions remplacé les publicités sexistes des abribus par des affiches donnant les chiffres du féminicide en France ainsi que les noms et âges des victimes. Nous voulions rappeler qu’un très grand nombre de femmes meurent encore chaque année sous les coups de leur compagnon, tandis que certains défendent encore la vision dangereuse du crime d’amour passionnel.

Crédit photo : Insomnia

En janvier 2017, pour l’anniversaire de la loi Veil, nous avons posé des cintres auxquels étaient agrafés des slogans appelant à rester vigilants face à la montée des mouvements anti-IVG, et la menace du retour aux avortements clandestins. Nous avions notamment recouvert le siège du journal Le Figaro qui avait relayé quelques jours auparavant une publicité du mouvement « En marche pour la vie ».

Crédit photo : Insomnia

Enfin, pour l’anniversaire du droit de vote des femmes l’an dernier, nous avons fait imprimer des citations de Simone de Beauvoir afin de rappeler à tous que ces droits ne sont jamais acquis, et qu’il faut continuellement lutter pour les préserver.

Crédit photo : Insomnia

Une dernière chose à ajouter ?

Et bien le sang utilisé est non seulement bio, mais il est aussi garanti sans aucune souffrance animale. Il est donc compatible avec votre régime vegan (rires) (N.D.L.R. : nous ne sommes pas parvenus à obtenir des informations complémentaires pour nos lecteurs parisiens assoiffés et intolérants au gluten).

Vous pouvez suivre l’actualité du collectif sur leur page Facebook. 

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