Angus Chiang. Sous vide et sans genres

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Angus Chiang SS 2018

Pour le Printemps-Été 2018, Angus Chiang se joue des genres  – et par genre, n’entendons pas ici seulement masculin et féminin : le créateur se joue des registres. Car pourquoi le sexy de la résille ne pourrait pas rimer avec le grotesque de chaussures clownesques ? Le tout enveloppé de plastique, étiqueté de logos et motifs à l’esthétique racing : un pop et surprenant mélange que le créateur nous offre pendant que l’on sirote une boisson to take away asiatique servie à l’entrée, faisant du spectateur un acteur de ce dont il semble ironiser – la société de consommation à toute vitesse.

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©Angus Chiang SS 2018
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©Angus Chiang SS 2018
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©Angus Chiang SS 2018
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©Angus Chiang SS 2018

Dans cette collection pour hommes, Angus Chiang joue donc avec les normes de genre en introduisant des éléments traditionnellement féminins – le plus frappant : une jarretière en lacets ultra épais par-dessus un pantalon sombre et évasé. Un soutien-gorge jaune se laisse aussi admirer, sur un mannequin comme sous-vide dans un sac de congélation. De même, la forme des t-shirts suggère par jeu de transparence des épaules dénudées, composition qui peut rappeler l’association du chemisier ras-de-cou sous le corsage des femmes aux 18e et 19e siècle. Les boucles d’oreilles classiques faussement serties de diamant seraient-elles un indice de cet hommage ? L’épaule est ainsi souvent dénudée, libre, et quand bien même elle serait couverte, sa structure circulaire adoucit la tenue. Le buste, point de départ et ADN des silhouettes, se retrouve donc au centre d’un parti pris pour le brouillage des frontières entre masculin et féminin : si l’on suit le parcours des coutures de certaines vestes, on s’aperçoit qu’elles dessinent la forme d’un corset.

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©Angus Chiang SS 2018
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©Angus Chiang SS 2018

L’usage du kitsch – motif-palmiers et pochette-banane – et de la disproportion, très visible dans les chaussures notamment, apporte une dimension grotesque qui vient concurrencer ces attributs plus en finesse. La chaussure imposante prend elle-même des allures de jeune fille quand elle revêt une voilette et des strass. Ainsi, les contraires ne sont pas des impasses pour Angus Chiang. Le ridicule rencontre le sexy, la femme est homme, l’homme est femme, l’élégance excentrique et le confortable s’associent. Le tout-ou-rien des énormes souliers et boucles d’oreilles, face aux bustes et chevilles aérés, donne finalement naissance à un certain équilibre. Une dichotomie perceptible dans les matières-mêmes, entre asphyxie-plastique et tissus-filets surpiqués de motifs feuilles vertes, tout en crop-tops respirants.

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©Angus Chiang SS 2018
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Et la matière même devient politique : en utilisant des matières moulantes, propres aux costumes de gymnaste, ou bien des sortes de combinaisons de snowboard, Angus Chiang mise sur la représentation de la vitesse – « speed » peut-on lire en toutes lettres. Bloquer un buste dans un sachet de congélation donne un coup de projecteur sur l’intensité de notre époque consumériste ; broder « young », « it’s so hot today, I’m so hot today », sur la fureur de vivre de la jeunesse, vitalité imagée par les couleurs, les matières confortables et le lettrage pop culture. En faisant le pont entre les mondes, le créateur parvient à faire entendre sa voix, qui s’engage.

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©Angus Chiang SS 2018
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