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Couple, ami·es, amant·es, célib : 7 amoureux·ses nous racontent leurs relations

Couple, ami·es, amant·es, célib : 7 amoureux·ses nous racontent leurs relations

La Saint-Valentin approche, avec son lot d’injonctions normatives sur ce que nos amours, nos genres, nos sexualités et nos corps devraient être. Nous voulions célébrer l’amour d’une autre façon : en regardant les révolutions qu’il engendre et qui nous permettent d’en exploser les codes. En collaboration avec Dr. Martens, nous vous livrons des témoignages d’amours plurielles. 

Dans un monde en pleine mutation, les normes amoureuses ne cessent d’être questionnées. Le couple pour de trop nombreuses femmes est encore un synonyme d’enfermement, d’oubli de soi et de son plaisir. La quête de l’amour reste sur toutes les lèvres, mais les aspirations affectives évoluent. Après #MeToo, c’est une révolution nommée désir qui est en marche. L’intime est plus politique que jamais. Sortir de la norme amoureuse signifie aussi questionner le modèle hétérosexuel dominant, de la binarité du genre et de canons de beauté standards.  

Raconter des histoires différentes, de connexion et de partage, est essentiel pour que les alternatives s’épanouissent. Pour cette Saint-Valentin, nous souhaitions mettre à l’honneur les amours et amitiés LGBTQ+, en particulier entre femmes et personnes non-binaires. Nous sommes heureux·ses d’avoir réalisé cette série en association avec une marque forte, qui nous est chère et s’engage pour les communautés. En nous donnant carte blanche, Dr. Martens nous a permis de donner des visages à des visions et aspirations fortes. 

Dans la complicité amoureuse, chacun·e peut trouver force, épanouissement, et rayonner. À l’aube de ce qu’on appelle déjà une révolution romantique, une diversité de façons d’être ensemble s’invente. Et puisque la pandémie bloque un peu nos vies sentimentales, profitons-en pour s’écouter et imaginer nos amours de demain avec ces 7 histoires.

George et Gilda, en couple depuis l’été (il/elle)

George porte les 1460 Pascal Optical White Virginia
Gilda porte les 1461 Black Zebra Gloss Emboss Smooth
© Hélène Tchen pour Manifesto XXI et Dr. Martens

Manifesto XXI – Comment vous êtes-vous rencontré·es ?

Gilda : On s’est vu·es pour la première fois à un drag show, la Black Excellence. C’était un soir où George performait, c’était son premier show et j’étais dans le public. Nos regards se sont croisés et… le reste « is history ».

George : Après, je l’ai retrouvée sur une appli de rencontre, et je suis allé direct sur son Insta. C’était avant la pandémie. Au début c’était pas du tout ça ! C’était compliqué ! On s’est mis·es ensemble cet été. On n’était pas prêt·es toustes les deux à se mettre ensemble. Moi j’essayais un peu trop de combler la solitude à Paris par une relation, et Gilda ne voulait absolument pas de relation, elle sortait d’une mauvaise histoire. On avait des énergies… opposées !

© Hélène Tchen pour Manifesto XXI et Dr. Martens

Vous avez un projet photo en commun, qu’est-ce que ça vous apporte de créer ensemble ?

Gilda : Pour moi c’est la première fois que je suis dans une relation où il y a de la création. Je ne connaissais pas du tout tout cela et cette dynamique dans notre couple me permet de m’épanouir. Ça améliore notre communication, ça permet de mieux connaître l’autre, ses capacités, ses limites. George a une exigence assez élevée, donc c’est assez challengeant de bosser avec lui. Ça me stimule et c’est bien. J’adore ça. Créer ensemble nous rapproche. Le monde de la mode, je n’y connaissais pas grand-chose, et grâce à George j’ai pu découvrir ce qu’était la photographie, choisir des vêtements, aller sur des sets par exemple… C’est la découverte d’un tout autre monde, que j’adore, et tout ça aurait été impossible sans lui je pense.

George : Elle avait déjà un intérêt pour la mode, mais on n’aurait pas pensé que nos styles allaient matcher ! Parce que… rien à voir. Comme j’ai fait les Beaux-Arts, je touche un peu à tout, donc parfois les choses qui m’attirent ne sont plus vraiment de la mode. C’est du bricolage, ça part un peu en vrille et Gilda est là pour me recadrer parfois. Je sais que je stresse beaucoup, j’ai beaucoup d’anxiété. Elle m’aide à relativiser, calmer le truc, parce que j’ai tendance à trop en parler, et à paniquer…  

Avoir des styles différents c’est assez intéressant. Quand Gilda disait qu’elle ne connaissait pas trop la mode, il lui manquait les connaissances pratiques mais sinon elle avait déjà des connaissances sur le vestiaire masculin, ou les couleurs à assortir, toutes les règles que moi je ne connais pas.

Le truc avec @george.garbage, c’est porter des valeurs haut et fort. Sur les réseaux il y a beaucoup de personnes racisées militantes qui m’ont déçu en acceptant certains partenariats commerciaux pour des questions de représentation. Même si je sais que c’est important, ça ne change pas la vie des gens. Je trouve qu’il y a un piège avec cette question de représentation dans les médias et les mondes de l’art, de la mode. Beaucoup d’artistes noir·es et racisé·es se font exploiter et ne sont pas payé·es, quand bien même ce sont elleux qui sont prétendument mis·es en avant. C’est hypocrite et déshumanisant. C’est du profit individuel plutôt que commun. Notre but c’est de créer un espace communautaire avec plein de personnes différentes et que chaque voix puisse porter. 

George porte les 1460 Pascal Optical White Virginia
Gilda porte les 1461 Black Zebra Gloss Emboss Smooth
© Hélène Tchen pour Manifesto XXI et Dr. Martens

Est-ce que vous pensez fêter la Saint-Valentin ?

Gilda : Ça va être notre première ensemble, donc oui on va la fêter. On veut essayer de faire quelque chose d’assez spécial. Même si on sait que c’est une fête commerciale et tout le tralala, ça nous tient grave à cœur d’au moins fêter notre première Saint-Valentin. Petit dîner, petit cadeau et puis ça part quoi !

George : Comme on ne s’entendait pas à ce moment-là l’année dernière, on n’a rien fait. On s’était embrouillé·es juste avant. J’étais un peu dégoûté. On aime bien se faire des dîners chez moi, on met de la musique, on allume des bougies et on fait des ateliers cuisine… L’idée c’est qu’on sera ensemble ! Tu peux m’offrir des trucs aussi… (rires)

Melody et Laure-Anne, amies intimes (elle/elle)

Melody porte les 1461 Hearts White & Black Smooth and Patent Lamper
Laure-Anne porte les Sinclair White Milled Nappa
© Hélène Tchen pour Manifesto XXI et Dr. Martens

Melody : On est amies avant tout. Il n’y a pas d’attentes, de jalousie, de possessivité, car c’est justement de ce genre de comportements qu’on essaye de se défaire. Chacune de notre côté on s’est posé pas mal de questions sur les façons existantes aujourd’hui d’être ensemble, et sur comment faire pour sortir des schémas qu’on nous impose et qui nous paraissent contraignants. 

À ce propos, dans La Pensée straight, Monique Wittig pense l’hétérosexualité comme un système politique. Ce qu’on définirait comme une chose « naturelle » ne serait en fait qu’une norme établie afin de valider les discours dominants, soutenue par un discours historico-scientifique.

© Hélène Tchen pour Manifesto XXI et Dr. Martens

Laure-Anne : Quand on a envie de se voir, on se le dit. Ce ne sont pas des rituels, mais ce sont des choses un peu routinières. On fait nos vies comme on veut, mais comme on a beaucoup de goûts en commun et de choses qui nous font rigoler, on arrive toujours à se retrouver. Je ne me sens pas enfermée, ni dans des comptes à rendre. 

On en a naturellement parlé, je fais ce que je veux et nous ne sommes pas dans un formatage « couple » ou « amitié ». On trouve ça plus intéressant, et c’est agréable de se sentir comprise dans ce besoin de sortir de l’hétéronormativité. 

Melody porte les 1461 Hearts White & Black Smooth and Patent Lamper
Laure-Anne porte les Sinclair White Milled Nappa
© Hélène Tchen pour Manifesto XXI et Dr. Martens

Plus je m’écoute et plus je suis contente des chemins que je m’autorise à prendre. J’ai plus de liberté et moins la sensation de devoir porter un masque social ou devoir rentrer dans des cases préconçues de la société normée. Ça peut convenir à plein de personnes, mais dans mon expérience, je me suis rendu compte que ça me rendait plutôt malheureuse, les rôles que l’on établit dans un couple hétéro.

Je laisse de moins en moins mon intimité être colonisée par le regard des autres et je me donne enfin assez d’espace dans ma vie pour me connaître mieux, sans homme cis pour me dicter quoi faire.

Gabin, célibataire affirmée (elle)

Gabin porte les 1460 Mono White Patent Lamper
© Hélène Tchen pour Manifesto XXI et Dr. Martens

Gabin : Je ne pense pas être vraiment tombée amoureuse. Je ne crois pas avoir eu de relation romantique, c’était juste du sexe, il n’y avait rien de profond. Ce sont des occasions qui ne se sont pas présentées, mais la sexualité m’a permis de me découvrir, de savoir ce que je voulais, qui je voulais être. Je pense que c’est un des piliers fondamentaux de la société. J’ai aussi eu des expériences assez douloureuses et traumatisantes. Ça fait longtemps que je ne fais rien parce que je sais que je suis mieux comme ça.

Avec ma transition, je me sens beaucoup plus fétichisée. J’ai l’impression qu’elle m’a libérée, mais à la fois enfermée complètement dans un rôle pour le désir masculin, dans une curiosité malsaine… De ce que je vois, nous les femmes trans, on est confrontées à ne pas être vues pour qui on est, mais pour ce qu’on représente. En ça, ma transition m’a rendue plus vulnérable. Mais je pense aussi qu’elle m’a renforcée, parce que c’est se concentrer sur soi et en cela, c’est un empowerment. Bien sûr que ça me fait flipper parfois quand un mec vient m’aborder, je me demande s’il sait que je suis trans, je me demande si ça va poser problème… Et puis finalement, j’en ai rien à foutre. Je m’en fiche un peu parce que si une personne ne te veut pas pour qui tu es en réalité, ça n’en vaut pas la peine. 

© Hélène Tchen pour Manifesto XXI et Dr. Martens

Cette certitude, c’est extrêmement récent pour moi. Ça doit dater d’il y a quelques mois. Je me suis dit qu’il fallait arrêter de se flageller parce que ça n’avance à rien. Pourquoi moi je n’aurais pas le droit d’être traitée comme un être humain normal alors que certaines pourritures sont traitées avec respect ? Je mérite autant de reconnaissance que n’importe qui, parce que pour moi tout le monde en a besoin. 

Je suis des femmes comme Venus Liuzzo. Elle a une manière de parler et d’expliquer qui est très simple, et qui ne passe pas par quatre chemins. Elle dit des choses que j’avais besoin d’entendre pour ma construction personnelle. Dans la mode, il y a aussi Raya Martigny et Dustin Muchuvitz qui ont beaucoup fait bouger les lignes. Il faut les remercier d’avoir ouvert la voie à tellement de personnes trans, non-binaires, celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Elles ont ouvert des portes… enfin je dirais qu’elles les ont un peu défoncées ! Inès Rau aussi. Ce sont des personnes que je regarde, parce que s’iels peuvent le faire, moi aussi je peux faire ce que je veux ! J’ai vraiment de la chance d’arriver à ce moment-là. 

Gabin porte les 1461 Hearts White & Black Smooth and Patent Lamper
© Hélène Tchen pour Manifesto XXI et Dr. Martens

En amour, j’attends juste quelque chose de normal, simple, où la transidentité n’aurait aucun impact. Que ce soit comme n’importe quelle relation amoureuse pour une fille ou un garçon. Je veux juste un truc banal.

Lisa et Ange, duo de choc (elle/iel)

Ange porte les 1461 Iced Pale Pink Smooth
Lisa porte les Sinclair White Milled Nappa
© Hélène Tchen pour Manifesto XXI et Dr. Martens

Lisa : Avant d’embrayer sur une amitié, on était dans une relation de sexe. Enfin, je pense qu’on a toujours été ami·es, dès le début. Dans un date normalement on essaie de plaire, de montrer ses bonnes valeurs, de dire « voilà je suis quelqu’un de bien, regarde. Est-ce que tu as envie de moi ? ». Et nous on a fait tout l’inverse. 

Ange : On s’est rendu compte qu’on avait beaucoup de points communs. Moi en sortant de ce date, je ne me suis pas demandé si je lui avais plu. Je me suis dit : « cette personne est mon amie ». Surtout qu’après cette rencontre on ne s’est pas rappelé·es tout de suite. C’est après l’été que j’ai renvoyé un message à Lisa, et ensuite ça a duré six mois. Puis on est parti·es à un festival à Dijon, et après ça, on n’a plus jamais niqué.

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Lisa : Quelque chose ne matchait pas entre notre relation amicale et le sexe. 

Ange : Si on avait eu une relation de dating classique, ça se serait mal terminé. Parce qu’on n’a pas la même vision des relations amoureuses. Je sais que j’ai besoin de partenaires qui me laissent énormément de liberté. J’ai besoin de rester très indépendant et d’avoir plusieurs histoires. Je trouve mon équilibre en ayant du temps pour moi, pour me développer de mon côté. Je vois mes partenaires comme des personnes qui se développent en même temps que moi, et je sais que ce n’est pas tout à fait ta vision.  

© Hélène Tchen pour Manifesto XXI et Dr. Martens

Lisa : Moi je veux juste qu’on me fasse des offrandes, qu’on vénère ma beauté, qu’on voue un culte à ma personne, qu’on se prosterne… Bon, clairement tu n’étais pas prêt. 

Ange : Je ne suis toujours pas prêt ! Je ne suis pas dans une dévotion pour mes partenaires et je ne veux pas qu’iels le soient non plus. C’est un peu maladroit mais je ne vois pas l’intérêt du couple tel qu’il est, de cette espèce de symbiose des personnalités et des modes de vie. N’avoir qu’un·e seul·e partenaire, ça en vient vite à poser des exigences de relation, et à se conformer à quelque chose. À la fois au niveau du tempérament et de la manière dont j’ai envie de vivre, je n’ai pas envie de me sentir obligé. Et je n’ai pas envie que les personnes qui se relationnent avec moi se sentent contraintes de rentrer dans un schéma.

Ce qui me gêne, c’est cette attente. Je ne vois pas pourquoi il y a cette espèce de schéma, de trouver « ta personne », et pas « tes personnes ». C’est tellement enraciné qu’à part le remettre à ton échelle personnelle, tu ne peux rien faire. Le polyamour n’est pas encore valorisé, ni mis en avant. On décrit souvent les polyamoureux·ses comme des fuckboys, alors que ce n’est pas le cas. Mes deux partenaires, je les aime beaucoup, et je n’ai pas envie d’en avoir d’autres. Je n’arrive juste pas à comprendre cette idée de « chacun·e chez soi et les moutons seront bien gardés ». Ce n’est pas ça qui me correspond, et ce n’est pas ce que j’ai envie de tirer de mes relations. Parce que dans les relations en polyamour, on partage aussi différemment avec chacun·e. C’est ça qui m’intéresse, et non pas me taper des gens.

Ange porte les Sinclair White Milled Nappa
Lisa porte les 1461 Quad White Smooth
© Hélène Tchen pour Manifesto XXI et Dr. Martens

Lisa : J’aime aussi avoir plusieurs relations, romantiques, suivies, pas que des plans cul,  parce que je n’arriverais pas à être monogame. Je l’ai déjà fait et ça ne fonctionne pas. Juste parce que j’aime beaucoup les gens et qu’il y en a quand même 7 milliards et que je me dis qu’il faut en connaître le plus possible. Je ne suis pas sûre que j’aurais le temps et l’envie de les faire tous·tes, mais ce que j’aime c’est le fait de s’ouvrir au plus de monde possible. J’apprends beaucoup de la façon dont les autres se relationnent. Donc le plus le mieux ! 

Je pense qu’il y a des gens à qui ça va très bien la monogamie, et qui sont très heureux·ses là-dedans. Il faut aussi se dire que ça existe, que ce n’est pas forcément subi. Moi ce n’est pas ma façon de faire, et c’est important de voir les options qu’on a au sein d’un couple, de se poser la question de comment construire des schémas de relation qui nous conviennent, tout simplement. Que ce soit la monogamie, le polyamour, l’important c’est que ce soit un choix et que ce ne soit pas une pression. 


Crédits
Chaussures : Dr. Martens
Photographie : Hélène Tchen
Assistant photo : Quentin Farriol 
Stylisme : Alexia Caunille
Make-up : Rika Bitton
Assistante make-up : Cindy Gomez 
Hair : Anita Bujoli
Prod : Le Crime
Textes : Apolline Bazin

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