Bernhari, douce hypnose from Montréal

Un univers élégant, atmosphérique et envoutant. Une ambiance nocturne, brumeuse et contemplative, sur laquelle s’invitent des reflets lynchiens. C’est dans un état de douce hypnose que nous plonge le montréalais Bernhari avec son EP éponyme. Auteur, compositeur, interprète, il réalise également ses propres clips. Rencontre avec un artiste aux talents multiples, et dont l’oeuvre s’inscrit avec humilité et naturel dans le sillon des plus belles pages de la chanson française comme du rock progressif.

Tu viens du Québec c’est bien ça ?

Oui, je viens de Montréal.

Tes influences musicales sont plutôt québécoises, françaises, américaines… ?

J’ai écouté beaucoup de chanson française quand j’étais adolescent, Ferré, Brel, Bashung… J’ai découvert Noir Désir quelque part en chemin. Aujourd’hui ce serait d’avantage des influences anglaises et américaines.

À quoi ressemble ton parcours musical ?

Je suis autodidacte en musique, j’ai étudié la musicologie, mais pas d’instrument.  À la base j’ai commencé la guitare assez jeune, par des covers.

Pour séduire les filles sur la plage ?

Non pas vraiment, j’ai toujours été un peu timide, pas très feu de camp !

Après j’ai découvert le piano, je suis tombé amoureux de cet instrument. Je trouve que c’est incroyable, et malheureusement aujourd’hui on n’en voit plus tant que ça sur les scènes.

Et le chant, c’est venu comment ?

À force d’écouter de la chanson je crois. J’ai commencé à chanter tard, vers 16-17 ans. En allant au travail qui m’emmerdait, je chantais dans ma voiture. C’est bien la voiture pour ça, tu peux crier très fort sans déranger personne.

Et l’envie d’écrire t’est plutôt venue de la chanson ou de la littérature ?

Peut-être plus du cinéma, qui m’influence beaucoup dans mon travail en général.

Musicalement je suis allé piocher un peu partout, j’écoute beaucoup de choses.

Cet élan-là d’écrire des chansons vient sans doute plus du fait que je vivais des choses très intenses émotionnellement, et j’ai rapidement compris que la musique allait m’apaiser. Ces émotions étaient belles mais trop puissantes, douloureuses.

En vieillissant j’ai un peu mis un mur entre moi et ces émotions-là, et parfois je le regrette. Des fois je me surprends à avoir un regard un peu éteint, et je ne comprends pas, je me dis qu’est-ce qui se passe ? Puis je me regarde et j’essaie de retrouver l’étincelle dans mes yeux.

Comment est venu le déclic de monter ce projet ?

J’ai eu beaucoup de groupes avant, dans lesquels je composais, et dans le dernier l’un des musiciens a eu des soucis de santé mentale, je me suis un retrouvé seul un peu du jour au lendemain. Je me suis rapproché des membres de Godspeed You! Black Emperor, et ils m’ont accompagné sur un concert. Un label était là et m’a proposé de travailler ensemble. C’est comme ça que ça a commencé, assez naturellement.

Ensuite, c’est beaucoup de rencontres.  Il y a encore cette ambiguïté de savoir si c’est un groupe ou pas, parce que les gens avec qui je travaille sont comme une famille, ils apportent des choses aussi importantes que moi au projet.

Comment se déroule le travail de composition ?

Souvent je compose d’abord beaucoup en yaourt, les textes viennent sur le tard. J’arrive avec une maquette assez précise pour entamer le travail de groupe. Ce disque je l’ai co-réalisé avec le réalisateur, donc je me suis beaucoup impliqué dans les arrangements et la production. Je me dirige pas mal vers ça.

Et pour l’aspect visuel du projet, quelle part y prends-tu ?

J’ai un côté touche-à-tout, je suis un grand fan de cinéma aussi, et j’ai du mal à laisser ma musique sur laquelle j’ai travaillé pendant un an à quelqu’un qui va faire un clip en une journée pour l’incarner.

Faire les choses moi-même me permets de prendre beaucoup plus de temps que si je les délègue à quelqu’un d’autre.

J’ai commencé à m’intéresser au montage, puis à l’étalonnage, puis à la réal… et là je commence à faire de la direction photo. J’adore ça, ça m’intéresse autant que la musique.

Un live a été monté autour de cette sortie ?

Oui, pour l’instant en France j’ai fait un live au Silencio, la salle de David Lynch, ce qui était comme logique, dans la continuité de l’esthétique de l’album. Quand on m’a proposé ça je me suis dit que ça collait parfaitement. J’ai aussi fait quelques concerts avec Feu! Chatterton.

Il y a plusieurs options pour développer le live. Au Silencio par exemple mon groupe de Montréal est venu m’accompagner ici, alors que les premières parties de Feu! Chatterton je les fais en solo en réinterprétant les morceaux dans des versions plus électroniques. 

Je réfléchis beaucoup en ce moment à la manière de présenter mon live, parce que mes morceaux sont basés sur beaucoup de recherche sonore, et sont le fruit de collaborations avec des gens, puis la musique est un langage, un partage entre êtres humains. J’ai fait ces albums-là comme ça, puis j’arrive pour les présenter sur scène, et c’est toujours un peu complexe, notamment car je suis loin de chez moi, ce n’est pas simple d’avoir mon groupe avec moi ici en France pour jouer. Donc voilà je médite sur tout ça.

Qu’est-ce qui te plaît le plus et le moins dans ton cheminement et ta carrière de musicien ?

Ce que je trouve le plus douloureux c’est d’avoir à fonctionner dans une époque où c’est si difficile de s’en sortir dans la musique.

Le travail de musicien est devenu un travail de communicant, et ça me déplait beaucoup d’avoir à contribuer à ça. J’envie l’époque de Led Zeppelin où les artistes s’occupaient de faire de la musique, et d’autres gens s’occupaient du reste. Mais je reste et je m’accroche par amour pour la musique.

J’aime aussi la scène bien sûr, quand ça connecte avec le public. Mais je crois que ce que j’aime le plus c’est d’être en studio dans une bulle de création, travailler la nuit, se déconnecter. Tout est possible, et en même temps tu ne sais pas trop où est-ce que tu t’en vas. C’est une introspection qui me fait du bien.

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