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Pour sa troisième édition, Le Beau Festival est tout simplement magnifique

Sans se cacher de « son modèle économique bancal, ses prises de risque inconscientes et son nom à la limite de la blague », bien au contraire, Le Beau Festival annonce la couleur de son identité dans un édito franc du collier. « Notre indépendance n’est pas notre étendard, c’est juste un état de fait qui est lié à la manière dont on travaille le festival. C’est à dire bénévolement, quand on a le temps et quand on a envie – et ça nous va très bien comme ça. Même si on ne va pas se mentir, c’est énormément de frustration de devoir renoncer à plein de groupes qu’on adore à cause de notre économie fragile et notre manque de réactivité, c’est finalement ce qui fait notre ADN. »

Nous avons là affaire à un événement simple, humble, sincère et réalisé par passion avec les moyens du bord. Juste pour le plaisir. Et c’est ça qui est vraiment beau. Sous ce joli nom, Le Beau Festival présente depuis trois ans une programmation qui a de la gueule tout en étant raffinée, loin des affiches de festival copié-collées et des noms qui nous bassinent tout l’été. Pour cette troisième édition qui se tiendra les 17 et 18 mai au Trabendo, Le Beau Festival a clairement sorti le grand jeu avec notamment : Jacco Gardner, qui jouera le live de Somnium pour la première fois à Paris, Chris Cohen, Tonn3rr3, Eerie Wanda, l’incroyable et magnifique orchestre du HAHA Sounds Collective, Thurston Moore (co-fondateur puis échappé de Sonic Youth), et bien d’autres à découvrir sur l’événement du festival. Et son fondateur, Nicolas Chiacchierini, nous en dit plus sur ce qui est sans doute le plus beau festival de Paris.


Manifesto XXI – Quelle est la posture du Beau Festival ?

Nicolas Chiacchierini : Le dos cambré, les mains sur les hanches, légèrement de profil et un regard aguicheur. On est un petit événement qui cherche à proposer des choses rares et qui sortent des noms qu’on voit tout l’été dans tous les festivals. On le fait au Trabendo en essayant de transformer le lieu, que ça soit différent de quand les gens y viennent simplement voir des concerts. Il y a des burgers, un terrain de pétanque, une scène extérieure avec des live et des DJ sets. C’est un peu comme le bord du canal sauf qu’au lieu d’écouter un babos qui joue de la guitare il y a Deerhoof ou Jacco Gardner.

Comment construis-tu cette belle programmation ?

En fonction de mes goûts, et donc forcément de ceux des gens qui m’entourent, de mes potes. Je passe ma vie à découvrir des groupes, des artistes. Je parle beaucoup avec d’autres gens qui organisent des événements, on compare nos wishlists, on s’observe un peu. C’est un travail de binôme avec Aurélien qui produit le festival, on met en commun nos contacts pour essayer de choper des exclus cool, on tente des trucs improbables qui des fois marchent… Et puis au bout d’un moment on se rend compte que le festival est dans trois mois et qu’on est trop à la bourre donc on confirme tout ce qu’on peut et on lance la promo.

Avec le recul de ces trois ans, comment regardes-tu l’évolution du Beau Festival depuis sa création ?

Je crois que ça n’a pas trop changé, quand tu regardes l’affiche de la première édition et celle-là, ça reste le même esprit. Il y a eu un petit gap entre la première et la seconde édition puisqu’on a augmenté la jauge, Aurélien est arrivé et le fait de travailler avec le Trabendo nous a obligés à être plus pros. On a un peu ouvert aussi, je ne pense pas que j’aurais programmé un artiste comme Luis Ake il y a deux ans. Mais dans le fond ça reste la même démarche, mettre en avant des artistes qu’on aime et avec lesquels on a fait des belles rencontres. Je pense à Syd Kemp qui revient pour la troisième fois avec trois projets différents (Syd Kemp, Ulrika Spacek, Haha Sounds Collective), aux dj sets de Buvette, Atelier Ciseaux, MOFO, ou à Discovery Zone qui est membre de Fenster, un de mes plus gros coups de cœur artistiques et humains de 2018.

Tu as été programmateur de l’Espace B, désormais tu programmes à La Boule Noire. Qu’est-ce que le Beau Festival t’apporte en plus personnellement ? Comment abordes-tu la programmation d’un festival par rapport à celle d’une salle de concerts ?

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Ça apporte plein de stress ! Mais en même temps ça permet de prendre du recul par rapport à ce qu’on fait au quotidien quand on programme à l’année dans une salle de concert. Ça me permet justement de faire jouer des artistes que j’aurais pas pu faire jouer dans ma salle, et je pense que c’est la même envie qui anime Aurélien qui programme au Supersonic. C’est aussi une manière de montrer une programmation qui nous ressemble à 100%, ce qui n’est forcément pas le cas d’une programmation de vingt dates par mois dans une salle. Et ça nous amène à faire des choses qu’on ne fait pas forcément dans nos métiers, de la communication, de la production… Des choses plus folkloriques aussi : Aurélien a passé une aprèm sur une échelle à installer des lumières sur la terrasse du Trabendo pendant que moi je poursuivais des artistes qui s’étaient perdus dans le parc de la Villette avec tout leur matos parce que leur taxi les avait lâchés n’importe où… Fun.

Quelle est la particularité de cette troisième édition, le concert à ne pas manquer ?

Je pourrais dire que la plus grosse particularité c’est que c’est peut-être la dernière, mais en même temps c’est pareil tous les ans… On va voir comment ça se passe. Point de vue concerts il ne faut surtout pas rater Haha Sounds Collective, un projet hyper ambitieux avec plus de vingt-cinq personnes sur scène dont la crème de la scène indé londonienne (des membres de Stereolab, Broadcast, Ulrika Spacek, Vanishing Twin…) et des invités de marque (Halo Maud, Benjamin Glibert d’Aquaserge, Adrien Soleiman, Amo Vaccaria…). Ils vont jouer des morceaux de David Axelrod qui n’ont jamais été joués en live. Alors d’accord, c’est hyper pointu, mais ça va être magnifique. Le concert de Chris Cohen est aussi hyper attendu, il y a un nouvel album et on sait que ses live sont toujours trop beaux.

En cadeau, on vous offre 2×1 places pour la soirée du 18 mai (tous les noms ici). Pour participer, envoyez-nous un mail à contact@manifesto-21.com.

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