Avec Kasi Royalty, Batuk magnifie la culture populaire d’Afrique du Sud

Kasi Royalty

Après leur premier album Musica da Terra qui dressait un flamboyant portrait du paysage sonore de l’Afrique, le duo sud-africain Batuk est de retour avec un album plus introspectif. 

L’EP et le clip du titre Move! avaient déjà planté le décor de ce nouvel album, celui des townships de Johannesbourg où ont grandi Spoek Mathambo et Manteiga. Kasi Royalty remet en avant un style lié à l’histoire nationale du pays : le kwaito, un genre de house aux basses profondes qui émerge à la fin des années 90 et accompagne la fin de l’Apartheid… La house hybride de l’album se prête ici tant bien à une transe envoûtante, qu’à une douce mélancolie, une bande-son idéale pour tirer de la force de souvenirs d’époques insouciantes. De passage à Paris pour le Festival Magic Barbès, nous avons posé quelques questions Manteiga la charismatique voix de Batuk.

Manifesto XXI – Pourquoi est-ce que vous chantez « Merci beaucoup » en français dans « Move! » ?

Manteiga : On vit dans une ville très cosmopolite, Johannesburg, où les gens parlent 20 langues et plus. Le français est l’une d’elle comme il y a une grande communauté congolaise. Donc quand on chante des choses dans différentes langues, c’est juste parce qu’on parle ces langues au quotidien et on pense qu’elles traduisent ce qu’on veut exprimer avec notre musique… organiquement… simplement. 

Beaucoup de chansons sur l’album donnent un message de confiance en soi et d’empowerment. Vous avez senti qu’avec ce deuxième album vous pouviez être plus explicite qu’avant, jouer un rôle plus affirmé ?

Nos paroles ont toujours parlé d’empowerment et d’amusement ! Notre théorie du son c’est de faire suer les gens, les faire s’amuser et oublier leur inhibitions pour qu’ils puissent aller au plus profond d’eux-mêmes et faire tomber les barrières. Ce nouvel album se focalise sur quelque chose de spécial, dans le sens où nous parlons plus d’un point de vue sud-africain. Donc nous nous focalisons sur des problèmes que nous pensons être importants dans le contexte de l’Afrique du Sud : estime de soi, amour propre, addictions, déconstruire le patriarcat et la pensée dominante. Nous sommes définitivement plus confiants et conscients dans notre mission, tout en étant fiers de notre premier album qui est une vraie réussite !

Vous jouez à Magic Barbès, un festival qui célèbre le mélange des cultures dans un des quartiers les plus multiculturels et aussi un des plus pauvres de Paris. Est-ce que tu vois des parallèles entre ici et les Kasis d’Afrique du Sud ?

Paris c’est Paris, Reiger Park c’est Reiger Park, Soweto c’est Soweto… Ce sont des mondes uniques et très différents. C’est toujours sympa et inspirant de venir à Paris, comme on peut échanger avec beaucoup de cultures auxquelles on n’a pas nécessairement accès à Johannesbourg, aussi cosmopolite que soit la ville. On vient toujours à Barbès pour les cheveux, les trucs de mode et être avec des amis.

Que signifie le titre de l’album ? 

Nous voulions réaffirmer et exprimer à quel point la culture des quartiers populaires est vivante et puissante. Parce que beaucoup de gens ne pensent qu’à la pauvreté quand ils entendent parler des kasis sud-africains. On voulait vraiment créer un projet qui célèbre la réalité des kasis ou des townships. Ils sont la source de la plupart des innovations musicales, culturelles et de mode de la culture populaire sud-africaine : de divers styles vestimentaires et dances, à la langue ou codes, en passant par des genres musicaux comme le kwaito, l’afrohouse, l’afropop, kasi electro, shangaan electro, township tech, qui impactent les tendances globales de rap, rock et soul.

Dans vos compositions vous jouez beaucoup avec les différents sons et cultures africaines. Comment avez-vous reçu la représentation du panafricanisme dans Black Panther ?

Nous travaillons à créer un cadre culturel dans lequel les Africains se représentent eux-mêmes, en opposition à des étrangers montrant leur idée de ce que l’Afrique est, était ou peut être. Black Panther est évidemment un oeuvre puissante, mais nous sommes très excités à l’idée de briser ce cercle du regard étranger… et créer des projets drôles, visuellement impactants, d’Afrique, pour l’Afrique et le reste du monde.

Il y a plusieurs références à l’eau et à la nature dans cet album (Agua Vida, Deep Ocean Deep,  Bamboo Blue…). Pourquoi ? Est-ce que c’est de l’eau d’un endroit spécial ?

Spoek Mathambo est un bébé d’eau, il adore ça ! Donc ça a toujours inspiré ses sons… Il a samplé un robinet qui goutait à l’arrière de notre maison et il en a fait une mélodie. Il y a aussi des samples de l’Océan Indien qui est près de notre autre maison à Inhambane au Mozambique.

Qu’est-ce que ça veut dire « Niks Mapha! » ?

(rires) C’est une expression qu’on utilise quand on est enfant… La règle c’est que quand tu es le premier à le dire, tu n’est pas obligé de donner un bout de ton chocolat, ou un peu de ta glace ou de tes chips. Ça te dispense de devoir partager. Si tu ne le dis pas, tu dois tout partager. Cette chanson c’est à propos de moi qui ne partage pas mon homme ! Avec personne ! Jamais !

Quelque chose à ajouter ?

Nous voudrions exprimer notre immense reconnaissance envers le public français et nos fans présents et futurs, qui sont si ouverts d’esprit.

En concert le 13 octobre au Trabendo.

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