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ascendant vierge. « On rêve de raves »

ascendant vierge. « On rêve de raves »

Vierge. Le premier EP d’ascendant vierge – sorti sur le label berlinois Live From Earth Klub – était l’éclat de lumière que l’on attendait depuis le début de cette année obscure. Les sept titres de ce projet nous sortent du brouillard du passé pour nous faire entrer dans le spectre sonore d’aujourd’hui. Nous présageons un futur radieux à cet EP qui saura, sans aucun doute, nous faire « raver ».

Depuis 2019, Mathilde Fernandez et Paul Seul (Casual Gabberz) croisent leurs univers (astrologiques) respectifs sous le pseudonyme d’ascendant vierge. Le premier titre sorti « Influenceur » , suivi de « Faire et refaire » ou encore plus récemment « Discoteca » avaient déjà signé la fusion déroutante, transcendante et obsédante des deux artistes, entre techno hardcore et gothpop. À travers leur collaboration, ils présentent un son singulier et avant-gardiste issu de leurs sensibilités respectives où les kicks sombres et acérés de Paul s’alignent parfaitement aux envolées lyriques de Mathilde.

© Victoria Hespel


MANIFESTO XXI –  ascendant vierge, ça part d’une première collaboration pour le remix du morceau « Oubliette » sur l’EP Hyperstition de Mathilde. Pourquoi avoir décidé de monter ce duo ?

Paul : J’ai fait le remix en 24h et ça a été une vraie expérience de passer une nuit avec la voix de Mathilde. C’était hyper intime et étrange comme truc.

Mathilde : C’était comme une évidence, un sentiment d’urgence commun de continuer à travailler ensemble, quelle que soit la forme, le nom… C’est comme ça que l’idée de faire page blanche et de monter un nouveau projet s’est imposée à nous.

Dès notre rencontre, on savait qu’on serait exigeant sur tout et c’est un vrai plaisir d’arriver à trouver l’écrin qui mettra notre musique en valeur.

Paul Seul

ascendant vierge, c’est aussi la rencontre autour d’une passion commune qu’est l’astrologie. Paul, tu es ascendant vierge, Mathilde, vierge. Un titre s’intitule aussi « Horoscope ». Vous pouvez m’en parler ?

Paul : C’est une discussion qu’on a eu dès notre première rencontre IRL – on était en studio en train de travailler sur la prod de ce qui allait devenir « Faire et refaire ». On a nommé le fichier de travail « ascendant vierge » et on s’est dit direct que c’était cool.

Mathilde : Et c’est Paul qui est vierge et moi ascendant vierge (rires).

Vous avez un rapport particulier à la spiritualité ?

Paul : J’ai grandi sans éducation religieuse mais j’ai toujours aimé discuter spiritualité. J’englobe tout un tas de trucs là-dedans. J’aime à la fois les grands récits, les leçons de vie qu’on en tire… J’aime me dire que c’est une sorte de « best-of » des intuitions et de la sagesse de notre espèce.

Mathilde : Je suis très proche de mon oncle qui est astrologue et pianiste. Ça ne tombe donc pas de nulle part cette passion pour l’astrologie.

Lors d’une interview, vous avez dit que vous sortiriez cet EP – initialement prévu pour juin – avec des titres en plus. Vous avez eu une grande période de productivité pendant le confinement, comme une sorte de résidence artistique. Les morceaux supplémentaires ont été composés pendant cette période ?

Paul : Pendant le confinement on a effectivement produit plein de choses mais les tracks de l’EP étaient déjà existants. On avait déjà des titres comme « La vie d’avance » ou « Horoscope », qu’on pensait garder pour un futur projet, mais on a décidé de les inclure pour combler l’attente avec un premier opus plus généreux que dans sa forme initiale.

Mathilde : On a bien avancé sur la suite, c’était un moment étrange qui a amené aussi des productions teintées par cette période bizarre. Il y a eu aussi la production d’un titre un peu bonus que nous avions démarré il y a longtemps « Où sont nos rêves ? ». On l’a retravaillé à ce moment-là pour le sortir car cela avait du sens avec l’époque.

On qualifie souvent votre musique comme du « gabber lyrique », la rencontre entre la chanson lyrique et le hard dance gabber. J’ai lu que vous vouliez vous extraire de ces étiquettes qu’on vous colle, dans l’idée d’un décloisonnement des styles. Quels mots mettez-vous sur sur la musique que vous faites ?

Paul : Tout le monde a besoin de se raccrocher a des codes pour décrire quelque chose et ces références sont bien évidemment présentes. On espère – avec l’EP notamment – montrer que notre spectre est plus large et que notre ambition est juste de faire des chansons qui nous ressemblent et résonnent un peu avec l’époque.

Le track « Jamais raison » est assez représentatif de ce qu’est le résultat de votre duo. Quelle est l’histoire de ce morceau, et notamment de ce drop si percutant et fulgurant ?

Paul : C’est une compo de Mathilde que j’ai complètement remodelée. Originellement à 110bpm, l’idée m’est de suite venue de faire un drop 220bpm. C’est la même chose ! Mes collègues DJ comprendront ! Krampf m’a aidé a finir ce track et a complètement assumé la référence uptempo – style moderne de hardcore super à la mode – avec ce kick ultra identifiable qui fait « pouic ».

On fonce tête baissée ; tous les deux, ça va vite et on a peu de limites.

Mathilde Fernandez

Ta voix Mathilde est aussi un élément à part entière dans la définition de ce qu’est ascendant vierge, entre le timbre lyrique à certains moments et le phrasé. Quelles en sont les influences et les références ?

Mathilde : J’ai appris le chant en suivant une technique plutôt lyrique qui m’a été enseignée par une chanteuse d’opéra. Après, j’utilise certaines choses là-dedans mais pas tout. Je suis une bonne imitatrice aussi, donc il y a de tout qui y passe et notamment des grandes références qui ont fait mon oreille et ma voix si je puis dire. Kate Bush, Nina Hagen, Klaus Nomi, Catherine Ringer, Diamanda Galas, Armande Altai, Lisa Gerard…

Au-delà de votre identité musicale, vous développez un objet artistique total. La création sonore a autant sa place que l’esthétisme des clips, la performance scénique ou encore le stylisme. Quelle est votre intention à travers cela ? 

Paul : C’est un cheminement naturel. On veut défendre notre musique et tout compte du mix au mastering, de la pochette aux clips, jusqu’à l’attitude sur scène. On a tous les deux un peu roulé notre bosse à travers nos expériences respectives. Dès notre rencontre, on savait qu’on serait exigeant sur tout et c’est un vrai plaisir d’arriver à trouver l’écrin qui mettra notre musique en valeur.

Mathilde : L’intention, c’est d’aller au bout de nos idées et de nos exigences et ça passe par tous les aspects dont parle Paul. On fonce tête baissée ; tous les deux ça va vite et on a peu de limites.

© Victoria Hespel


C’était important pour vous de vous ouvrir à d’autres formes artistiques via ascendant vierge ?

Mathilde : C’est du 360 degrés, perso j’ai toujours envisagé mes projets comme ça et je pense que Paul aussi. Je pense au travail avec Casual Gabberz et leur film Inutile de Fuir réalisé par Kevin Elamrani-Lince.

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Vous jouez à la fois sur l’esthétisme gabber des années 90, sur l’esthétisme cyberpunk à l’ère du digital. Il y a un côté rétro-futuriste dans l’univers d’ascendant vierge non ?

Paul : Oui ! Il ne s’agit pas d’un calcul ou quoi. C’est la résultante de nos influences et aussi du travail de nos collaborateurs comme le réalisateur Kevin Elamrani-Lince ou notre styliste Natalia De Assis, qui nous ont aidés à poser les briques de notre identité.

On espère – avec l’EP notamment – montrer que notre spectre est plus large et que notre ambition est juste de faire des chansons qui nous ressemblent et résonnent un peu avec l’époque.

Paul Seul

En termes de mode, vos tenues se répondent toujours en shooting/sur scène (je pense notamment aux pièces de Marine Serre), quel est votre rapport au stylisme ? 

Paul : Assez vite on voulait s’éloigner de l’imagerie de nos projets personnels respectifs. Il y a donc eu cette idée d’alter egos spécifiques à ascendant vierge.

La performance scénique semble être un réel moteur pour vous. Musique et club/scène sont-ils indissociables selon vous ?

Paul : J’aime le travail de l’ombre avec le studio, etc. Mais c’est sur scène que tu récoltes le fruit de ton travail. C’est hyper cliché de dire ça, mais il n’y a rien de plus grisant que la scène et la rencontre avec le public.

Mathilde : Pareil, la scène c’est la communion. C’est cliché aussi… Cette sauvagerie nous manque.

Enfin, où sont vos rêves/raves aujourd’hui ? Vous rêvez de quoi en ces temps incertains ?

Paul : On essaie de rester positifs et de prendre ce temps pour faire des choses qu’on aurait peut-être mis des années à faire si on tournait. Mais oui, bien sûr, on rêve de raves !

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