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Anetha, raconte nous une histoire
Portrait d'Anetha

Figure de la scène techno parisienne, Anetha embarque les foules dans son univers mystique, d’une acidité mélancolique. Architecte de formation, elle fait bouger les murs –  à défaut de les dessiner. Et pas n’importe lesquels : ceux de la techno. Elle met des images sur des sons, elle titille notre imagination. Cette année, à Dour, elle était l’invitée d’Amélie Lens sur la scène Redbull Elektropedia. On l’a rencontrée, irradiante, en casquette et survet’ blancs. C’était une heure avant le début de son set. Une heure avant qu’elle fasse danser la plaine dans une même synergie. Avant qu’elle remercie la foule, mains jointes et sourire immense.

À 16 ans, Anetha commençait à manier les platines. À 17 ans, elle s’initiait aux sets en clubs. À 23 ans, elle faisait ses premiers pas au légendaire Berghain berlinois. Anetha est un peu l’enfant précoce de la techno : elle s’est imposée en douceur sur la scène parisienne. Doucement, oui, mais sûrement : après avoir co-dirigé le collectif Blocaus pendant plusieurs années, après avoir joué dans les salles notoires de Paris, à la Concrete comme à Bassiani, la bordelaise vient de lancer son label Mama Told Ya. Le premier EP collaboratif intitulé Don’t Rush to Grow Up –  et c’est pas n’importe qui qui le dit – sortira au mois de septembre 2019. Anetha faisait partie de notre sélection d’artistes à aller voir à Dour. Bingo. On n’a pas été déçus.

Manifesto XXI – On est à une heure de ton set, comment tu te sens ? 
Anetha – Un peu stressée mais en même temps, super excitée. Vue de loin, la stage a l’air immense. On m’a dit que la capacité était de 15 000 personnes ! Je crois que c’est l’une des plus grosses scènes que j’ai jamais faites. J’avais déjà joué devant 8000 personnes en Amérique du Sud. Mais, 15 000 ça va être énorme, quoi. Et puis j’ai plus l’habitude des clubs que des festivals alors…

D’ailleurs, Dour c’est une première pour toi…
Première fois à Dour, oui ! En plus, j’ai jamais trop joué en Belgique. Je joue beaucoup en Hollande et en Allemagne, mais pas trop ici. Donc je suis contente de pouvoir être ici.

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Thanks @dourfestival 🤘🖤🤘

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Tu joues sur la scène Redbull Elektropedia qui prévoit beaucoup de VJing. La vidéo semble être une chose à laquelle tu accordes aussi beaucoup d’importance : tu as sorti plusieurs clips pour tes tracks. Tu trouves qu’il y a une forme d’indissociabilité de la musique et des images ? 
Oui, je pense justement qu’on ne joue pas assez avec les images. Surtout dans la techno. Beaucoup de clips ont déjà été réalisés dans le hip-hop par exemple, mais je trouve que c’est important d’ouvrir aussi la techno au visuel. Mon père est cameraman. J’ai travaillé avec lui sur tous mes clips. C’est important, pour moi, de raconter une histoire. Notre musique peut parfois être brute, donc c’est bien de pouvoir l’imager. Parfois, des gens qui n’apprécient pas forcément ma musique voient les images que j’y associe et disent : “D’accord. On comprend mieux ton univers”.

D’ailleurs, pour mon dernier clip, j’ai collaboré avec une danseuse butō. La techno, c’était pas du tout son domaine. Mais c’est toujours intéressant de confronter différentes personnes, issues de différents milieux. Et puis, c’est vrai que, quand je créée de la musique, j’ai souvent des visuels en tête. Ou des films qui m’inspirent. Pour mon premier EP, j’avais appelé toutes mes musiques d’après David Lynch. Pour moi, l’image est importante, oui. 

Le dernier clip d’Anetha, MIYUKI & PATRIZIA, produit par Caméra Plume prod.

Donc, tu racontes des histoires, avec tes sons ?
Oui, j’essaie. Souvent ce sont des morceaux assez longs, pendant lesquels on traverse plusieurs états d’âme. C’est un peu mon but : de surprendre. Mes sons peuvent être très rythmiques et assez brutes à certains moments. Et puis, ils deviennent plus mélodiques à d’autres : les gens peuvent alors imaginer des choses. Enfin, ils redeviennent brutes. On passe par plusieurs émotions.

Si tu devais donner une couleur à ce que tu joues, ou à ton style en général ? 
Je pense qu’il n’y a pas forcément de couleur. Mes sons peuvent être très noirs et très roses. Le but est justement de surprendre ! Ce n’est pas parce que je fais de la techno que ça doit être full black. Aujourd’hui par exemple…je suis en full blanc ! L’idée c’est d’être toujours différente, et de chercher des choses qui ne se font pas d’habitude, des choses qui interpellent. 

Tu as fait des études d’architecture, tu as été diplômée…
Oui, je suis architecte.

Et ces études t’ont influencées dans ta musique ? Est-ce que tu as un rapport particulier à l’espace quand tu joues ? Tu viens par exemple de parler de Dour comme d’un espace extérieur alors que tu as l’habitude de jouer dans les clubs…
Oui, ça a un impact. Justement, parfois, dans des festivals où tu joues devant une grande foule, tu ne te rends pas trop compte de l’énergie qui s’y dégage. Alors que dans un club, on est plus proche du public, plus connecté à lui. Mais chaque expérience est intéressante : je viens de jouer à Solidays et j’ai été impressionnée parce qu’il y avait une énergie de fou ! Je ne m’y attendais pas. Il m’est arrivé d’avoir du mal à jouer dans des festivals…notamment lors des tous premiers : c’était dur de trouver mes repères. Quand tu joues au Berghain ou à Bassiani, ce sont des lieux incroyables, des lieux que tu te dois de respecter. Tu t’installes dans un mood. Le lieu est hyper important. Je rêve de pouvoir organiser un festival dans un lieu d’architecture qui me plait.

« Quand tu joues au Berghain ou à Bassiani, ce sont des lieux incroyables, des lieux que tu te dois de respecter »

Anetha

T’as un lieu en particulier, qui te fait rêver ? 
Récemment, je suis allée visiter d’anciennes caves à vin, vers Saint-Emilion. L’espace était tout en béton. Il a été construit dans les années 60. C’était magnifique. Je me suis dit qu’un jour il faudrait y faire quelque chose. Mais bon, il faut encore pouvoir l’acheter, et ça c’est une autre histoire ! 

Si je pouvais, j’aimerais surtout faire quelque chose qui soit respectueux de l’environnement. J’ai vu que Dour a aussi beaucoup pris l’écologie à coeur cette année. C’est très important quand on connaît l’impact écologique des grands festivals. À Dour, on nous donne des cendriers de poche, on nous a mis des serviettes en tissu dans les toilettes. Moi je ne quitte plus ma gourde, je n’achète plus de bouteilles en plastique. J’essaie aussi d’adopter des petits gestes pour la planète.

Tu as commencé ta carrière très tôt, tu mixes depuis tes 16 ans. Tout à l’heure tu parlais du Berghain où tu as aussi commencé à jouer à seulement 23 ans. Tu as été résidente pour le Blocaus à Paris, puis tu y as co-dirigé des soirées… 
Le Blocaus c’est un peu terminé. On fait un peu moins de soirées. On continue le label, mais moi je ne m’en occupe plus trop parce que j’ai monté le mien. J’avais envie de faire quelque chose à moi. Quelque chose qui m’appartienne. Mais c’était une belle expérience. Ils m’ont aidé à me lancer dans le milieu parisien. Comme je venais de Bordeaux, c’était un peu compliqué de se faire un nom dans la capitale. Après, les choses sont arrivées assez rapidement. Mais j’ai gardé une progression équilibrée dans ma carrière. Une belle progression, sans trop exploser non plus. 

« J’aime bien garder cette balance, entre les petits clubs et les grosses scènes »

Anetha
Portrait d'Anetha
Anetha / crédit Julien Bernard

On aurait quand même tendance à vouloir te demander : quoi de plus ? Tu as déjà fait tellement de choses à même pas 30 ans… d’autres projets sont en cours ? 
J’aime bien garder cette balance, entre les petits clubs que j’affectionne et les grosses scènes. Être invitée par Amelie Lens sur cette grosse stage à Dour, c’est énorme. Mais c’est quand même cool de garder un équilibre entre les petites et les grandes scènes. Maintenant, j’aimerais me concentrer sur mon label. J’ai aussi des projets de remix pour des gens un peu plus connus. Ce ne sera pas forcément dans la techno, mais plutôt dans le hip-hop. J’ai des projets à venir dans le milieu de la mode aussi. Des nouvelles choses vont arriver bientôt…

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