Aloha Coelho, ou le romantisme sauce West Coast

Philadelphia, c’est un projet qui germe depuis 2016, entre deux frères qui ont baigné dans la musique, le rappeur Coelho, et le beatmaker Be Dar. Ce projet sera concrétisé par la sortie en mai 2017 d’un EP de huit titres. Huit titres, vingt-six minutes pour nous parler d’amour et de hasard.

Même s’ils avaient déjà collaboré ensemble sur certains projets, quand Coelho ne s’appelait pas encore Coelho (le mystère restera entier sur son précédent nom de scène), cet EP, c’est un nouveau départ pour les frères, leur ticket d’entrée dans la cour des grands.

Ce changement de nom pour Coelho est symbolique, car ce projet est le premier enregistré dans un vrai studio. Il était important pour lui que ce projet ne soit rattaché à rien du tout, qu’il soit neutre.

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© Benoit Coutansais

Leur EP, ils l’ont enregistré à Paris dans les studios du nouveau label d’Espiiem.

« On a vu sur internet qu’il avait ouvert son studio, ça nous parlait, on s’est dit, autant faire ça chez des gens qui vont comprendre le projet. On aurait pu faire ça dans un studio classique, pas forcément spécialisé sur le rap, mais là on était sûrs qu’il y allait avoir un feeling » explique Be Dar.

Coelho avait déjà rencontré Espiiem lors d’une scène à Nantes. « J’avais vu qu’il avait l’air cool. Du coup on les a captés, et on est allés une semaine là-bas pour tout enregistrer. L’ingé son comprenait ce qu’on voulait, il nous a surpris sur certains mixes… »

L’EP Philadelphia respire la sincérité, et ce grâce à une écriture sans extravagance de Coelho. Les thèmes abordés sont les difficultés rencontrées par le jeune moyen, l’amour…

« Avant je faisais plus d’ego trip, je parlais beaucoup de la réussite, des trucs comme ça, et finalement je me bridais, je ne sais pas si c’est de la censure, mais je n’osais pas parler de ce qui me tracassait réellement. Cette fois-ci je l’ai fait, j’ai été sincère dans ce que j’ai écrit. Voilà pourquoi je parle de l’amour, des difficultés de la vie. »

Une fille en particulier : c’est le fil rouge du projet Philadelphia, orné de tout ce qui entourait cette relation.

Tout est réfléchi, les thèmes par rapport aux différentes productions, le travail sur le track listing fait par les deux frères, avec pour résultat un EP qui s’écoute sans temps mort. Be Dar explique que « Même si Philadelphia est un EP, il a été conçu comme un album. ».

Les deux frères qui en ont écouté beaucoup, regrettent qu’aujourd’hui, il est devenu plus rare de voir des albums réellement inscrits dans un projet cohérent et global. « Ça ressemble plus à des compilations de musique. On dirait qu’ils essaient de faire placer un maximum de singles » se désole Coelho. Même s’il reste des perles. Solange Knowles, Franck Ocean, Kendrick Lamar, autant de références inspirantes pour lui.

Pour le rap francophone, il suffit de comparer Ipséité de Damso, un album hyper structuré et Commando de Niska, qui ressemble plus à un pot-pourri de hits à chicha. On est effectivement sur deux CDs, deux ambiances.

« Faire un album qui t’embarque, avec des interludes dès le début, ça lui permet de durer dans le temps. Lauryn Hill a fait l’album le plus intemporel, elle ne parle que d’amour, et à un moment tu vas avoir des interviews avec des enfants, où ils se confient sur ce qu’ils pensent de l’amour par exemple. »

C’est un ami comédien des Nantais qui a enregistré les interludes, Edouard Cheny.

Le travail mis dans la structure montre aussi l’importance qu’ils apportent à la théâtralité, à la mise en scène de leur musique. Philadelphia, c’est un projet complet, hyper abouti, et les deux frères sont prêts à continuer dans cet esprit de transversalité artistique.

« Ça va plus se jouer sur des clips, on pourrait mettre vraiment un scénar’ sur un son, à la XY (le clip de Kery James réalisé par Matthieu Kassovitz, ndlr), où là ça vaudrait le coup d’avoir des vrais comédiens. Tu vois je prenais l’exemple de XY, de Kery James, le son il n’est pas fou, mais avec le clip, il est incroyable. C’est vraiment un son à clip, quand il rappe à l’envers, musicalement, c’est chiant à écouter, mais quand tu regardes les images ça prend son sens ».

Quand Coelho parle de musique, et en écoutant ses sons, on se rend compte d’une grosse influence r’n’b.  « Le rap j’ai toujours écouté ça, mais j’écoute de plus en plus de chant, maintenant, avec le streaming, Internet et aussi mes potes j’ai aussi découvert de nouveaux trucs, genre la musique anglaise, James Blake par exemple ».

On se met d’accord pour dire que malheureusement, le r’n’b en France ne se porte pas au mieux.

« Toutes les meufs stylées, qui pourraient faire de la musique stylée ils chantent en cain-ri en fait. On avait Kayna Samet, Wallen, c’était fou, mais c’est des meufs à l’ancienne. Aujourd’hui il n’y a plus personne. Les cain-ri, ils ont trop de chanteuses r’n’b chez eux. »

Les influences musicales des deux frères se complètent parfaitement. S’ils écoutent sensiblement la même chose, Be Dar est plus dans le jazz, pas mal de musique où il n’y a pas forcément de chanteur, contrairement à son frère rappeur.

Le beatmaker joue de la basse, et de la batterie électronique, mais toutes les prods de Philadelphia, sont faites sur clavier midi. Il se réjouit du nombre de sonorités différentes que l’on peut faire avec peu d’instruments aujourd’hui.

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© Benoit Coutansais

Le seul featuring de l’album est très r’n’b, et se fait avec Ran, groupe composé d’une chanteuse qui donne son nom au groupe et d’un producteur, Dusty Goldstein. Leurs collaborations sont pour l’instant en voie de continuation, et on entendra certainement parler du duo début 2018, lors de la sortie d’un EP et d’un clip. Bientôt, on pourra également entendre Coelho en featuring sur un EP de Heskis, autre jeune rappeur qui habite à Nantes.

S’il y a aussi peu de collaborations sur cet EP, c’est tout simplement parce qu’ils n’en ressentaient pas l’envie particulière, mais également, parce qu’ils n’ont pas encore accès à un réseau d’artistes très étendu. « Je n’avais pas envie de forcer un featuring, payer un truc, je m’en foutais un peu. Et vu que c’est hyper personnel ce que j’écris… Puis ce n’était pas la vision du projet, de faire trop de feats. »

Si après ce projet vous êtes déjà pressés de retrouver Coelho sur les réseaux sociaux, il va falloir prendre son mal en patience, car ce n’est pas son truc. « Je trouve que ça fait un peu rêver aussi de ne pas connaitre la personne qu’on écoute, je trouve ça intéressant de ne pas trop le voir, et quand tu le vois, il fait des trucs de ouf, ou un album incroyable… Le fait d’être toujours en contact avec quelqu’un, tu ne l’oublies jamais, tu n’as jamais de retrouvailles avec l’artiste. Orelsan par exemple pour ne citer que lui, ça fait six ans qu’il sort que dalle, on ne le voit que dans des émissions comme Bloqués, et là il arrive, il fait la plus grosse vente d’albums de l’année. »

Pour voir les deux frères sur scène, il faut aller à la Roche-Sur-Yon, où ils feront le 9 décembre la première partie de Panama Bende. Ensuite, on partira déjà sur un nouveau projet…

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