All Tribes Welcome

Il est 22h30, peut-être un peu plus. Nous avons parcouru plus de 2500 kilomètres sur les routes d’Europe et nous y sommes enfin. L’O.Z.O.R.A. Le festival dont nous rêvions tous depuis deux années, les yeux brillants devant les quelques after-movies postés sur le net.

Nous sommes passés au contrôle des billets, où l’on nous a remis notre bracelet. Le guichet était caché dans l’ombre d’un chapiteau, sous lequel des lumières vertes et bleues donnent déjà une légère idée de ce qui nous attend à l’intérieur. La musique retentissait au loin. Devant les phares de notre brave 207, des gens passent, colorés, portant de gros sacs sur le dos ou dans leurs mains. Devant nous, nous apercevons une sorte de laser géant braqué vers la voûte céleste. Des lumières apparaissent, installées par les festivaliers. À notre gauche, un campement est recouvert de guirlandes chamarrées et brille de mille feux. Encore un peu plus loin, avançant tout droit dans le but de trouver un emplacement pour poser notre tente, nous apercevons la tête d’une mouche géante, qui après examen fait plus de deux mètres de long et est entièrement faite de bois… Mais où avons nous mis les pieds … ?

Finalement, nous posons notre tente dans une pente douce, sous des arbres et en face de l’une des scènes du festival, la tente Pumpui. Il faut savoir que le festival officiel dure six jours, mais en réalité le son démarre quatre jours avant et finit quatre jours après. Dans cette tente justement. Nous sommes arrivés la veille du lancement officiel du festival et nous pouvons donc déjà écouter la musique.

Pumpui
Pumpui

Nous sommes fascinés, car même dans la nuit nous pouvons apercevoir les multiples couleurs, des tissus et des lumières. Nous sommes dans un autre monde. Nous nous dépêchons de manger et courrons sous la scène, n’en pouvant plus d’être loin. Et ici, la magie opère. Le son nous prend à l’intérieur, nous capte, nous remue, fait de nous ce qu’il veut. Et nous dansons. Encore, et encore. Nous avons oublié les 33 heures passées sur la route, les deux heures de sommeil dans un parking à Regensburg en Allemagne. Nous sommes dans un autre monde.

Les jours suivants seront tout aussi magiques. À l’O.Z.O.R.A, le son ne s’arrête jamais. Pendant 144 heures, la musique retentit partout, répartie sur différentes scènes. Durant tout le long du séjour, elle nous fera le même effet. Devant les enceintes de la scène principale, la pulsation et les basses deviennent les battements du cœur d’un seul être gigantesque formé par tous les danseurs. Un sentiment d’unité d’une puissance extraordinaire nous chamboule. Les gens sourient, ils sont heureux. Il faudrait un article entier pour parler des habitants de l’O.Z.O.R.A. Tous différents, tous vêtus de tissus mutlicolores, venant de plus de 70 pays du monde ( Hongrie, Allemagne, Italie, Russie, Serbie, France, Israël, Japon, Corée du Sud, Autriche, Espagne, Portugal, Bulgarie, Croatie….) et tous réunis pendant cette courte semaine. L’anglais est parfois approximatif mais ce n’est pas important ici. À nul moment, aucune bagarre, aucune prise de tête avec l’habituel mec bourré qui ne vous lâche plus. C’est une expérience que l’on ne peut que recommander à tous…

Subjugués, nous continuons d’avancer sur le site, découvrant chaque jour de nouvelles choses. Le festival prend l’entièreté d’une vallée, à 20 kilomètres de tout. La verdure nous entoure de partout, et nul part sur le festival vous ne trouverez de fer ou de plastique.

Devant la scène principale, à la tombée du soir
Devant la scène principale, à la tombée du soir

La folie du lieu nous a finalement imprégné. Car il s’agit bien de folie, mais pas d’une folie pathologique ou morbide. Il s’agit d’une folie de vie, d’un amour fou de la vie et de tout ce qu’elle a à offrir. Les gens présents ici ont l’autorisation d’être qui ils veulent durant une semaine, de faire tout ce qu’ils ont toujours rêvé de faire sans oser; mettre pour la première fois un pied devant l’autre. Durant les deux derniers jours, des panneaux surgissent un peu partout sur le site, demandant aux festivaliers de rester sur place pour que jamais cela ne se termine. En prêtant l’oreille, on entend parler de gens qui voudraient s ‘établir ici pour de bon. Dans une interview publiée dans le Ozorian Prophet, le journal officiel du festival distribué tous les matins (!), un des organisateurs n’exclue pas la possibilité de construire quelque chose de durable sur le site, comme une sorte d’utopie dans son écrin de verdure. Un endroit où toutes les tribus, où toutes les personnalités seraient les bienvenues. Un endroit où pour toujours nous serions autorisés à être qui nous sommes au fond de nous, à être des soleils d’homme.

Lever de soleil depuis le Mirador, tour de 40 mètres en bois, surplombant tout le festival
Lever de soleil depuis le Mirador, tour de 40 mètres en bois, surplombant tout le festival

Arrêtez moi car je pourrais continuer à en parler pendant des heures et des heures. Cette expérience est tellement unique qu’elle m’a marqué comme aucune autre. Et ce que je sais, c’est que j’y retournerai. Car là bas, nous avons tous trouvé quelque chose qui nous a changé. Nous avons pu goûter à la liberté, à la folie. Et nous en redemandons.

Luc Bruneau

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