Wearable Tech War : une menace fantôme?

Il était une fois, dans le monde merveilleux de la consommation, des innovations plus ou moins révolutionnaires qui poussaient comme des champignons (de Paris). En quête de diversification pour conquérir toujours plus de marchés lointains, les géants de la hi-tech vont alors frapper chez leur marraine la bonne fée ! Elle est bien sûr tout aussi puissante et a surtout l’art de transformer une citrouille en carrosse-limousine, et de faire rêver les petites têtes blondes du monde entier : j’ai nommé, la mode.

Pourquoi donc s’intéresser à ce conte de fée plutôt fructueux financièrement ? Le marché le plus porteur de marraine la bonne fée, ce sont les accessoires. Et voilà c’est tout beau, c’est tout chaud : vous obtenez des projets d’accessoires connectés tous plus sophistiqués les uns que les autres. Parce que donc, vous et moi faisons partie de cette génération de gnomes qui rêvent toujours en secret de devenir des super-héros, et comme nous ne sommes pas naturellement dotés de pouvoir surnaturels, acheter des gadgets et devenir son propre Kick Ass représente une alternative honorable.

« Le superflu est le premier des nécessaires » dixit l’ami Flaubert

Qu’à cela ne tienne ! Grâce aux milliards rapportés et investis, le développement toujours plus trépidant des produits intelligents a besoin de se perfectionner. Mais aussi de trouver une stratégie marketing efficace afin de passer le cap quand la demande des produits stars que sont les ordinateurs ou les smartphones, sera bel et bien saturée.
Faisons donc un rapide tour d’horizon des inventions les plus connues à ce jour. Le cas le plus emblématique est sans doute celui des Google Glass. Projet mystérieux nommé X et dont la nature a été révélée en 2009, l’objet a de quoi faire des émules. En 60 ans, nous serions passés d’un ordinateur qui remplissait plusieurs pièces à une version ultra légère et portable de son poste de travail. La collaboration avec Diane von Furstenberg afin de perfectionner le design des montures, les fait entrer définitivement dans la sphère du glamour.

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Plus discret, il existe de nombreux produits à porter autour du poignet. Plus qu’un simple signe extérieur de geek culture, les options sont adaptées à un public qui prend soin de son apparence. Très couture, le bracelet de Mica fuit du travail d’Open Ceremony et d’Intel symbolise parfaitement la nature des liens entre les wearables technologies et le luxe. C’est le duo formé par Caroll Limb et Humberto Leon, direction artistique de Kenzo, qui se cache derrière ces bijoux.

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Cela ne pouvait bien sûr pas se passer sans qu’Apple présente son propre bébé, la iWatch qui débarque justement en France à partir du 24 avril. Un petit casting de rêve avait été monté de toute pièce pour le projet, comprenant en autre Paul Denève ancien d’YSL. Samsung (Galaxy Gear) et Sony (Smart Watch) sont déjà présents sur le marché… Les trois bonnes fées n’ont plus qu’à se partager un nouveau secteur de l’horlogerie.

Voilà, vous savez déjà mieux à quoi vous attendre désormais. Et donc que choisir… Ou ne pas choisir ! C’est un motif récurrent depuis que nous faisons partie du monde merveilleux de la consommation : dénoncer l’envahissement de ces « Choses », comme le dit le titre de l’œuvre de Georges Perec. Joindre l’utile à l’agréable nuit rarement à l’esthétique en revanche, la production de sens et le symbole ne sont pas les mêmes.

Style, identité et consommation : bibidi bobidi bou !

Cela parait anodin, mais c’est justement dans nos accessoires que nous mettons une grande part de notre personnalité, que nous essayons d’afficher nos goûts. Or, ces jolis gadgets ne touchent pas simplement au style, mais surtout au style de vie. Vous n’avez que l’embarras du choix pour choisir qui quantifiera le mieux le nombre de calories dépensées (Nike Fuelband), votre exposition au soleil (bracelet June), les litres sués pendant votre journée… Vous avez le choix oui, mais est-ce bien vous ? C’est là que le bât blesse, on accessoirise pour mieux quantifier, vénérer la performance… Où sont donc l’inutilité et l’esthétisme de ces accessoires ? Il y a une certaine contradiction entre la fonction de l’accessoire et l’intelligence qu’on voudra bien lui prêter.

Il peut désormais être inscrit dans votre tenue qui vous êtes et que vous êtes toujours plus connecté. Vous portez ostensiblement le signe d’une interactivité dernier cri, d’une synchronisation extrême avec le reste de la société. Le mythe du cyborg et d’évolution technologique du genre humain n’est pas loin. Or, l’accessoire c’est peut-être encore plus que le vêtement, l’incarnation de vos goûts, les cerises sur le gâteau que constitue votre look. L’historienne Anne Kraatz, auteure de l’ouvrage Mode et Philosophie, rappelle que l’accessoire permet de se distinguer d’une silhouette ancrée dans une période. Pourtant ne tend-on pas vers une plus grande uniformisation en donnant aux accessoires connectés une allure design ? Une petite révolution est en marche. C’est assez criant lorsque l’on voit par exemple la robe d’I-phones d’Elie Tahari, créée à la mémoire de Steeve Jobs. Au-delà de l’hommage, la métaphore est assez percutante : nous portons l’Iphone ou tout autre smartphone, comme des vêtements.

Extraite de http://www.dailydot.com/
Extraite de http://www.dailydot.com/

Technologie et mode, je t’aime moi non plus.

Peut-être que c’est un peu grossir le trait, mais l’expression « On vous donne un doigt, vous prenez le bras » semble assez à propos et en l’occurrence on commence déjà par le poignet. D’autant que, les critiques qui dénonçaient les risques pour le respect de la vie privée inhérent aux Google Glass ont dû rire sous cape récemment suite au scandale de la relation entre Sergey Brin (co-fondateur de Google et chargé du développement des Google Glass) et Amanda Rosenberg, assistante marketing sur le projet. Toujours plus de transparence, d’hyper connexion alors que le style c’est aussi le secret, le mystère…ou du moins une communication ultra maitrisée ! « Vivons heureux, vivons cachés » restera toujours d’actualité.

Les marques qui choisissent de s’associer avec les géants de la Hi-tech affichent une certaine conception du progrès, de ce qu’est le luxe de demain. Un peu comme Buzz l’Eclair, vers l’infini et au-delà. Mais pour ceux qui seraient convaincus des vertus libératrices du style comme espace d’expression de notre créativité, ces petits joujous fort coûteux sont aux antipodes d’une vision peut-être plus décroissante du futur et peut-être aussi, moins stressante. Impossible quand on a au poignet ou sous les yeux sa boîte mail de ne pas répondre à un message important. Si les Google Glass ont été retirées de la vente en mars, suite à quelques problèmes techniques, il ne faut pas douter que le géant reviendra d’ici quelques temps avec un produit performant. L’association interroge aussi sur la boulimie d’une industrie qui cherche elle aussi toujours plus à s’étendre, utilisant son influence au service d’un consumérisme qui n’apporte que peu ou rien à la réflexion esthétique globale.

En conclusion, à moins d’être une future Totally Spies, les accessoires connectés dits « intelligents » restent pour le moment des gadgets dans le sens le plus vulgaire qui soit. Entre quelques centaines d’euros investis dans un gadget qui sera dépassé d’ici deux ans ou un sac en cuir ou encore de bijoux fantaisie, ça vaut la peine de se poser quelques questions avant de craquer pour la dernière nouveauté Hi-tech. Non, les geeks ne domineront pas tout de suite nos armoires et le Beau « inutile » a encore de longs jours devant lui.

Apolline Bazin

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