« TRASH YOURSELF », ou comment l’insulte « white trash » est devenue la nouvelle street tendance

christopher makos photographie/welcome to the riley
Christopher Makos / Welcome to the Rileys

Comment les white trash sont entrés dans la culture européenne ; entre mouvement et insulte, le white trash est devenu une icône du style chez les jeunes Européens. Son style laisser-aller, mêlant marques bas de gamme et bling-bling s’est mélangé avec une certaine élégance urbaine loin des campagnes dans lesquelles le redneck évolue.

D’où viennent-ils ?

Il est bien des synonymes à notre « raclure blanche », les poor white, redneck, ou surnommés mean white par l’écrivain James Gilmore. La vermine véritable étant pourtant le white trash, originaire la plupart du temps des États traversés par les Appalaches. En somme le white trash est le blanc pauvre, bien en dessous de la classe moyenne.

La première trace écrite que l’on ait de l’insulte « white trash » remonte à 1833. Les premiers esclaves blancs seraient les ancêtres de cette minorité, en effet l’actrice londonienne Fanny Kemble surnommait ainsi les serviteurs blancs de ses hôtes américains.

Cette touchante vermine a toujours été et est méprisée par les wasps, comment des blancs peuvent-ils vivre dans des conditions aussi insalubres ? En effet ils sont alcooliques, parfois drogués, souvent consanguins. Selon les blancs au-dessus de la classe moyenne les white trash auraient des origines indiennes ou se seraient métissés avec des Afro-Américains. Tout est bon pour le wasp, Donald Trump en fond d’écran, pick-up de luxe garé devant son domicile, pour se différencier du mean white, et même l’exclure. Si pour beaucoup les rednecks sont des bouseux violents racistes mais travailleurs, petite qualité qui dans la tête d’un Américain fait toute la différence, les white trash, eux, sont la vermine du pays au plus bas de l’échelle. Défoncé au crack ou à la meth, mangeant de l’argile pour se remplir l’estomac, le white trash n’est pas dans la décadence puisqu’il ne peut tomber d’un perchoir pour se pervertir, car le vice et la saleté sont ce qu’il a toujours connu.

Une icône récente

Si l’insulte « white trash » est employée et connue par un Américain, le reste du monde lui était protégé par ce fléau états-unien. Il faudra attendre les année 90 pour que le terme white trash arrive en Europe par le biais de chansons telle « White Trash » de Marilyn Manson. Mais celui qui fera peut-être le mieux sortir les mean white de leurs campagnes c’est Eminem, en effet le rappeur prône littéralement ses racines avec le titre « W.T.P. » pour « white trash party ». Bien que l’on parle d’eux dans beaucoup de chansons, on retrouve aussi des figures white trash un peu partout.

Dans la culture populaire, Kenny McCormick dans South Park par exemple, ou dans bon nombre de films d’horreur tels que Halloween 2, en effet le tueur psychopathe est souvent un white trash fou. Il semble également naturel, que de toutes les minorités pauvres et blanches, ce soit la minorité white trash de la superpuissance dominant le monde qui soit la plus populaire.

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Petite Fille à la cigarette, Marie Ellen Mark
Petite fille à la cigarette, Mary Ellen Mark

Pourquoi regarder en bas ?

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Le white trash est au bas de l’échelle sociale, rien à voir avec les modèles que la mode met en avant. D’abord la tendance white trash est une tendance street look, elle est très peu réutilisée dans le prêt-à-porter de luxe, peut-être chez Vetements bien que le style de la marque soit encore trop propre pour être totalement mean white. Ensuite comme l’explique la sociologue Sylvie Laurent, il y a quelque chose d’exotique chez eux, ils sont tellement de mauvais goût, sans le savoir ils sont d’un chic ultime, à la toute dernière mode, une sorte de kitsch. Il y a un côté profondément exotique chez le white trash.

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Pourquoi le white trash plaît et inspire les hipsters

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Les mean white ont inspiré bon nombre d’artistes, ce qui expliquerait peut-être comment les hipsters finissent par s’approprier lentement leur style. La culture hipster est parsemée de clins d’œil white trash, que ce soit les clichés de Mary Ellen Mark (petite fille à la cigarette), ou ce fameux bar rock branché à Berlin « White Trash Fast Food » ou le cinéma d’Harmony Korine centré sur l’Amérique des campagnes white trash, ce blanc filiforme et édenté a fini par nous séduire.

« Un physique accrocheur » pour emprunter l’expression à délit de faciès dans Cry-Baby de John Waters. En effet les premiers à récupérer le style et le dédain white trash sont les jeunes rockers et les beatniks. Mépris de l’esthétique lisse et polie du wasp, la jeunesse rebelle des années soixante emprunte aux white trash leur vulgaire pour choquer, dans un mouvement d’opposition face aux riches bourgeois blancs, premiers et éternels oppresseurs de nos rednecks. Ce qui séduit aujourd’hui c’est ce physique brut, malformé, consanguin, loin des canons de beauté façon Kardashian, le physique de la vermine blanche n’est pas passé sous le scalpel d’un chirurgien californien, fier de leur laide beauté sans retouches.

White Trash, Christopher Makos
White Trash, Christopher Makos
Two Boys, Christopher Makos
Two Boys, Christopher Makos

Les influences white trash dans la mode

En Europe, ces gueules charismatiques seraient celles de jeunes hommes des pays de l’Est. Jeune homme que l’on voit de plus en en plus apparaître dans la mode, notamment par le biais de l’agence LUMPEN.

La mode cherche de plus en plus ce genre de physique dur et étrange, mais c’est surtout le style trash qui plaît énormément, jean déchiré, troué, délavé, cheveux gras, plus sophistiqué quand on l’appelle « wet hair », t-shirt Lidl ou DHL, sneakers cheap et sales, après la séduction totale du normcore c’est le white trash qui domine avec ses tatouages ringards, son côté bling-bling assumé.

Un air de white trash cette saison-ci

Tout d’abord, parlons de la flagrante ressemblance entre le vestiaire white trash, et la collaboration Justin Bieber pour Barney’s. Sweat et t-shirt à messages ringards « Bigger Than Satan Bieber », overdose de superposition, et association de vestiaires opposés sans harmonie, le jogging et le perfecto.

Justin Bieber collaboration pour Barneys
Justin Bieber, collaboration pour Barney’s

Une collaboration qui va à merveille avec la « Now Genération », série photo du magazine Antidote qui dépeint une jeunesse hétéroclite aux inspirations variées mi-rock mi-sportswear avec toujours une bonne dose de denim.

Si le style vestimentaire est clairement inspiré du white trash, la jeunesse qui s’est approprié ce style prône pourtant l’ultra-tolérance et l’abolition du genre. Un goût pour la bisexualité, ou le refus de se définir sur le plan sexuel et sexué. Une jeunesse aux apparences pauvres et possédant pourtant une richesse culturelle aiguisée.

« Love Your Other », c’est la dernière collection capsule de la marque de denim Mother. Un message de tolérance, « Love Your Other » est une collection capsule mixte mettant en avant l’Être plutôt que le genre ou le sexe. On retrouve les codes de nos white trash, sportswear, denim, t-shirt à message et de véritables gueules plutôt que des minois ultra-glamour.

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L’abolition de l’hyper sexualisation de la femme

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Collection capsule
Collection capsule « Love Your Other » par Mother Denim

En effet si les mean white inspirent la mode, c’est surtout le style masculin qui l’emporte. Peu de minijupes, de mules à talons compensés. Une génération mixte qui s’habille des mêmes nouveaux basiques et partage les mêmes références culturelles. Ou plutôt les réutilisant de la même manière.

Sneakers ou converses les moins chères aux pieds, de l’oversize troué et mal assorti, Guerrisol ou ligne bis bas de gamme pour temple vestimentaire, acharné de littérature et/ou de musique, à l’affût du moindre bar où la pinte est à 3€. Il est friand de toute expérience, pourvu qu’elle soit peu chère et qu’il la vive à l’excès. Il a donc une fascination pour le cheap, bien que son milieu social ne soit pas le plus démuni. Comment 2016 vient de mettre au monde un être trash en apparence, et pourtant cultivé et tolérant contrairement à la vermine américaine.

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Chloé Coppola

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