« Tout le monde est fou ici » : Représentations d’Alice au pays des merveilles

Tenniel

Les aventures d’Alice au pays des merveilles est, comme beaucoup le savent, un roman écrit en 1865 par l’incroyable Lewis Caroll (incroyable et cinglé serait, cependant, plus juste). L’histoire d’Alice, c’est celle d’une petite fille qui rechigne totalement à lire les livres « sans images, ni dialogues » et qui, lors d’un après-midi particulièrement ennuyeux, va croiser et suivre un lapin blanc jusqu’à son terrier. Mais pas n’importe quel lapin blanc, non Monsieur ! Un lapin blanc vêtu d’une redingote avec une montre à gousset qui ne cesse de s’exclamer « Je suis en retard ! En retard ! En retard ! ». Elle entre dans son terrier et Bim ! C’est une chute interminable qui l’emmène dans un monde à travers lequel elle va rencontrer un panel de personnages retors et découvrira ainsi le monde de l’absurde et du bizarre.

Lewis Caroll, ce génie de l’étrange, a écrit ce livre pour Alice Liddell, une petite fille pour laquelle il avait une véritable fascination. Au commencement, ce livre n’était pas destiné aux enfants. L’écriture fut reprise une seconde fois pour les enfants, en gardant les personnages merveilleux qui rendaient cette histoire si curieuse, si attrayante pour le jeune public.

Alice Liddel
Alice Liddell

Il y aurait énormément de choses à dire sur cette œuvre délirante, surtout quand le thème du mois n’est autre que « La folie ». J’ai pourtant choisi de m’attarder plus sur les différentes représentations que nombre d’artistes en tous genres ont pu faire du personnage d’Alice. En effet, Alice, cette gamine curieuse, très curieuse même, d’une insouciance totale, attentive et patiente, a été représentée de milles et une façon. Les voici.

Alice dans la littérature

« Mais alors, dit Alice, si le monde n’a absolument aucun sens, qui nous empêche d’en inventer un ? »

Il ne faut pas oublier que le premier illustrateur d’Alice n’était autre que Lewis Caroll lui-même ! Cependant, il opta pour un certain John Tenniel, dessinateur dans la presse satirique, afin d’illustrer son histoire à grande échelle. Aujourd’hui, ses illustrations semblent inséparables du texte de l’auteur. Cependant cela n’a pas empêché un nombre impressionnant d’illustrateurs (environ 200 artistes) de tenter leur chance et de représenter leur Alice, faisant ainsi revivre sans cesse la jeune héroïne. Ne pouvant toutes les représenter ici (sinon je vais encore me lancer dans une thèse folle et grandiloquente !) voici une sélection de mes préférées.

La première représentation d’Alice après celle de Tenniel fut celle d’une femme : Gertrude Thomson, une amie peintre et photographe de Lewis Caroll. Les personnages sont très inspirés des originaux de Tenniel, mais elle y ajoute une certaine sensualité ainsi qu’une instabilité propice grâce à des petits détails presque imperceptibles dans ses dessins (la présence du lapin, de la simili tortue, du cochon…). La première version réellement originale fut celle de Blanche Mac Manus qui, avec ses dessins d’ombres en pointillés, révèle une dynamique, un mouvement. Mais surtout, ce fut la première à représenter Alice chutant dans le terrier du lapin, donnant ainsi au conte une allure totalement nouvelle.

Chauvel et Colette
Chauvel et Colette

Les dessinateurs s’enchaînent. Et ainsi on voit passer, par exemple, Arthur Rackham (1907) qui joue et s’amuse avec les irrégularités, alternant images en couleurs et image en noir et blanc, texte en légende, dans le cadre, en dehors du cadre … offrant ainsi un rythme nouveau. Sa représentation très romantique d’Alice est au cœur (n’en déplaise à la Reine) de chaque dessin, les décors et les personnages construits autour d’elle. René Bour, Adolphe Pécoud, Adrienne Ségur, Angèle Dominguez, Nicole Claveloux… tous nous présentent une Alice personnelle et pourtant si reconnaissable. Dagmar Berkova représente particulièrement bien le côté absurde de l’œuvre de Caroll, précédemment de beaucoup d’autres qui, petit à petit, viennent se greffer à l’illustre collection des illustrateurs d’Alice.

Arthur Rackham
Arthur Rackham

Dans notre société contemporaine, Alice continue de hanter les étagères de nos salons, les cartables des collégiens et les stands des librairies. Elle envahit l’univers de la bande dessinée et du manga, à travers les travaux de Camille Rose Garcia ou encore de Chauvel et Colette. Mais que ceux qui souffrent de bibliophobie se rassurent, Alice est présente dans l’univers si singulier de la littérature, mais elle envahit aussi celui du son et de l’image.

Camille Rose Garcia
Camille Rose Garcia

Alice au cinéma

« Qu’on lui coupe la tête ! »

Alice in Wonderland, Disney
Alice in Wonderland, Disney

Il est clair que la représentation que nous avons tous en tête reste celle de l’adaptation d’Alice au pays des merveilles de Walt Disney en film d’animation (film d’animation qui a dû déclencher des années de psychanalyses chez certains enfants, croyez-moi !). Et pourtant, Alice a envahi le 7ème Art dès l’apparition du cinématographe avec le film de Cecil Hepworth Alice in Wonderland en 1903. Elle apparut à travers de nombreux courts métrages, séries, films d’animation, comédies musicales…

La première série réalisée et produite par les studios Disney ne fut autre que les « Alice Comedies » dans laquelle Alice gravitait au milieu de personnages animés sortis tout droit de l’univers de l’auteur. Puis vint en 1951 le long métrage d’animation, culte depuis plusieurs générations Alice au pays des merveilles, dont je connais ardemment toutes les répliques pour les avoir répétées avec ardeur au fond de la classe de première L du lycée Corneille avec ma meilleure pote (qui se reconnaîtra ardemment, vous pouvez me croire).

Alice comedies
Alice Comedies

En 1972, William Sterling en fit une comédie musicale. Elle réapparait en 1989 dans le film surréaliste, Alice, de l’artiste tchèque Jan Svankmajer et remportera le titre de Meilleur Film D’animation au festival d’Annecy. Puis, elle fut reprise par messire Tim Burton dans son film pour les studios Disney Alice au pays des merveilles.

Alice Burton
Alice in Wonderland, Tim Burton

Tout comme dans l’univers fringant de la littérature, Alice est ici une source inépuisable d’idées pour les cinéastes et les techniciens de l’image. On ne s’en lasse pas, et moi, je m’en porte bien de voir cette gamine inépuisable que j’aime tant prendre tant d’aspects et d’attitudes différentes derrière l’écran.

Alice dans les jeux vidéo

« Ils sont là, dans ma tête ! Dans ma tête ! »

Amis geeks, potes gamers, ouvrez vos esgourdes, c’est à vous que je parle ! Alors oui, je ne suis pas une grande mordue de la manette et du clavier, mais cela ne m’empêche pas de me perdre parfois dans les méandres des jeux vidéo et de trouver ça mortel !

Alice: retour au pays de la folie
Alice : retour au pays de la folie

Mais le jeu vidéo qui m’a complètement retourné le bide (et fait briller mes yeux de larmes de joie) c’est le superbe jeu « Alice : retour au pays de la folie » développé par Spicy Horse et édité chez Electronic Arts. Ce jeu n’est autre que la suite du premier volet American McGee’s Alice sorti en 2000. Mais là, c’est grandiose ! Les scénaristes, se basant bien entendu sur L’œuvre de Lewis Caroll, ont recréé un univers complètement badant autour de l’histoire d’Alice, reconnaissant ainsi ce que tout le monde pense depuis le début : cette gamine est complètement tarée !

C’est dans cet univers à la fois glauque et merveilleux que la jeune fille coule afin de retrouver la vérité sur l’incendie qui lui a fait perdre sa famille plusieurs années plus tôt. Oscillant entre magie et santé mentale désordonnée, ce jeu est un petit bijou d’image. Alice est véritablement envisagée sous un angle dément, flippant et pourtant complètement attachant. Je le recommande à ceux qui aiment passer des heures devant un écran de jeu, à ceux qui aiment Alice, et aux amoureux des univers Steampunk Gothique de s’enfermer et de se lancer dans cette aventure badass.

Alice dans ma vie

« – Inutile d’essayer, dit Alice. Qui pourrait croire en l’impossible?
- Vous péchez, selon moi, par manque d’entrainement, dit la Reine. Quand j’avais votre âge, je m’y exerçais une demi-heure par jour. Eh bien, il m’est arrivé parfois, avant même l’heure du petit déjeuner, de croire jusqu’à six choses impossibles. »

Bon, pour le moment cet article, je l’ai joué un peu à la Scolaire. Je n’ai pas encore balancé mon amour de la demoiselle avec perte et fracas. Je suis réellement intriguée par ce personnage et cet univers. Petite, je le détestais. Ados, ça me faisait marrer. Adulte, ça me passionne. Et je crois que je ne suis pas la première. Il a fallu faire court, simple et épuré. Disons que vous allez là un échantillon d’artistes, de penseurs qui se sont jetés sur ce bouquin de Lewis Caroll, qui ne se rendait sûrement pas compte en écrivant cette histoire pour son amoureuse de 7 ans et demi de l’impact qu’elle aurait sur la population plus d’un siècle plus tard. Alice, c’est le refuge de l’imaginaire. C’est le petit coin de ceux qui n’ont pas de limites, qui ne se retrouvent pas dans les règles et les choses logiques. C’est là où vont se planquer tous les rêveurs, les utopistes. Ce qui est sûr et certain, c’est qu’il fallait en avoir de l’imagination pour imaginer la Reine de cœur, le chapelier fou et le lièvre de Mars, les champignons qui font grandir et les lézards grimpants sur des échelles. Lewis Caroll a permis d’offrir un personnage d’une naïveté incroyable qui reste pourtant malin et plein de curiosité face aux choses de la vie. J’adore Alice ! Tous ceux qui sont venus trainer près du plafond de mon ancienne chambre pourront l’attester. Alice c’est ma tanière, mon terrier. Il est grand temps de ré-autoriser les folies, qu’elles soient amoureuses, incongrues, irrationnelles, sans but précis, dans notre monde au lieu de les y laisser au pays des merveilles. Soyons fous ! Déjantés !

Alice, c’est un repère de fou, et comme le dit si bien le déjanté Chat du Cheshire :

« Tout le monde est fou ici, dit le chat, je suis fou, vous êtes folle. »

Bien entendu.

Ps : Les plus curieux écoutent le chapelier.

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