Toujours et partout, il est urgent de vous déclarer anarchistes

Se déclarer Anarchiste
Affiche du Salon du livre anarchiste de Montréal 2016

Le mouvement de contestation face à la Loi Travail a éveillé en nous de nombreuses aspirations. La plus importante ? Une soif de liberté, la volonté de penser par nous-mêmes les questions de notre destin collectif. Dans la rue, sur les places, nous avons scandé « Le Monde ou Rien » comme l’affirmation de notre volonté de reprendre le pouvoir sur nos vies. Cette prise de pouvoir nous la concevions comme le rejet du capitalisme entre autres, et par là, de toutes les formes de domination.

Ce beau projet a pourtant eu une faiblesse dès ses premiers instants : la majorité des participants aux mouvements sociaux se sont d’emblée positionnés pour « plus de démocratie », une « nouvelle constitution ». Des idées peut-être à l’honneur de leurs émetteurs, mais néanmoins bien naïves.

Il n’y a pas d’alternatives… Dans la démocratie représentative.

De Thatcher à Manuel Valls, les libéraux nous assènent qu’il n’y a pas d’alternative. C’est vrai. Dans le prisme du capitalisme, il n’existe aucune alternative à l’exploitation de l’homme par l’homme, l’idée de la domination est au fondement du système.

Entendons-nous bien, là-dedans, le problème ce n’est pas le manque de démocratie, c’est que la démocratie ne peut être qu’une vague légitimation de la pérennité de l’exploitation. Catalyseur symbolique du pouvoir, la démocratie agit comme un somnifère. L’idée qu’un vote majoritaire suffirait à gagner le gouvernement et ainsi acquérir le droit de remodeler de fond en comble l’organisation politique et sociale, calme toute contestation qui va se dissoudre dans la quête d’un (contre)-pouvoir factice.

Mais voilà, comme le note le comité invisible, sous l’empire capitaliste, le pouvoir est logistique, « la véritable structure du pouvoir, c’est l’organisation matérielle, technologique, physique de ce monde. Le gouvernement n’est plus dans le gouvernement. La « vacance du pouvoir » qui a duré plus d’un an en Belgique, en atteste sans équivoque : le pays a pu se passer de gouvernement, de représentant élu, de parlement, de débat politique, d’enjeu électoral, sans que rien de son fonctionnement normal n’en soit affecté ».

L’utilisation de l’article 49.3, le gazage systématique des manifestants et les entraves répétées au travail journalistique ne sont pas un « déni de démocratie », ce sont les pénultièmes convulsions d’un système de dépossession du pouvoir dont la façade explose. Aussi, il n’est pas bien étonnant que les derniers parangons de la démocratie soient les éditocrates à la botte des plus grandes fortunes du pays (citons Poloni, Couturier, Apathie). Il faut en prendre conscience, la restitution du pouvoir au peuple, en somme, la « révolution  démocratique », ne se fera pas par la négociation avec l’État, les urnes, ou à l’aide d’un énième mouvement citoyen. Elle ne peut se faire qu’à l’aide d’un mouvement culturel et social qui viendra remettre en cause les bases mêmes de l’ensemble des structures de domination.

SCH-Anarchie-Anarchiste
Être anarchiste, ce n’est pas (forcément) se baigner dans le sang des bourgeois.

Le pouvoir au peuple, c’est l’anarchie.

La grande victoire du capitalisme, c’est d’avoir fait du communisme son ultime contradicteur, lui qui n’en est pourtant qu’une version atrophiée. Dans la bataille des idées, l’anarchie, elle, en est réduite à un état de désordre et de terreur. Le Larousse dicte élégamment : « Anarchie : État d’une société caractérisée par un gouvernement ne disposant pas de l’autorité nécessaire, et en prise à des conflits désordonnés ».

L’absence de gouvernement n’est pourtant pas l’absence d’organisation et de pouvoir. En revanche, c’est la condition préalable à la restitution au peuple des moyens de la conduite de son existence. Ainsi, le modèle des syndicats avec postes révocables immédiatement sur vote majoritaire (le mode de fonctionnement historique de la CNT) est l’un des exemples effectifs d’une répartition égale du pouvoir décisionnaire dans une organisation (qui aurait par ailleurs aussi le bénéfice de nous conduire à repenser le politique localement).

Ces constatations faites, considérons l’anarchisme comme une injonction morale, celle que Kropotkine énonçait ainsi : « Traite les autres comme tu aimerais à être traité par eux dans des circonstances analogues ». C’est une pensée, mais surtout une manière de vivre ensemble et de faire société. Se déclarer anarchiste ce n’est évidemment pas vivre dans le conflit, mais ouvrir les yeux, mettre au jour les structures de domination et les déconstruire.

C’est aussi rappeler aux plus dubitatifs les conquêtes historiques de la révolution sociale espagnole de 1936 : la gestion collective par les travailleurs de la CNT de 70% des commerces et entreprises, l’autorisation de l’avortement en Catalogne, la vaste campagne d’alphabétisation mise en place avec, notamment, la création de nombreuses écoles rationalistes où sont appliquées les méthodes de Ferrer ou Montessori. C’est aussi souligner la parenté évidente des mouvements d’occupation des places (tels que Nuit Debout) avec les « athénées populaires » proposant de l’information à la santé, des excursions aux champs, des bibliothèques en accès gratuit, des représentations de théâtre, des débats politiques ou des ateliers de couture…

Finalement, se déclarer anarchiste, c’est surtout briser un mythe médiatique afin que sous le survet’ noir chacun retrouve l’ami, le voisin, le collègue, l’instituteur, le compagnon. Il est grand temps de prendre la mesure du travail politique à accomplir, afin qu’un jour, chacun ose déclarer, « Je suis anarchiste ». La question n’étant pas de savoir si oui ou non nous arriverons un jour à un état d’anarchie, mais de quitter les brumes toxiques de l’idéal de la « démocratie » pour enfin entrevoir l’horizon. « Je n’ai jamais cru en hier, laisse-moi croire en demain ».

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