Touche pas à mon portrait!

Qui n’a jamais utilisé Photoshop ou Picasa pour retoucher une photo de vacances où l’on voit apparaître un petit bidon ou un bouton pour la publier sur Facebook ? Personne ? En êtes-vous sûrs ? Les retouches de lumière, d’ombre et de contraste ou les filtres d’Instagram… Peu d’entre nous sont capables de prendre une photo avec son smartphone en affichant fièrement le hashtag #nofilter. Le numérique nous a enfin permis d’apparaître comme des tops models ou des beautés naturelles au réveil. Car, oui, ce que nous voulons aussi c’est ressembler à ces personnalités que nous envions tant : un teint parfait, une taille de guêpe, un grain de peau lisse, un ventre plat, des jambes interminables… Beyoncé, Jennifer Lawrence, Scarlett Johansson, ou encore Jamie Dornan (je n’oublie jamais nos lecteurs masculins), parmi tant de célébrités, sont d’ailleurs habitués au traitement Photoshop. Pour autant, croyez-vous que nous soyons la seule génération à avoir accès à la retouche photo ? Eh bien non ! Voici toute l’histoire…

Cara Delevingne au naturel
Cara Delevingne au naturel

Dès ses débuts, la photographie a été l’objet de retouches grâce à la découverte en Angleterre du procédé négatif-positif par Talbot. Surtout, les premiers photographes, comme Nadar, étaient bien souvent des artistes peintres ou dessinateurs. Ainsi, ils retouchaient tout simplement au crayon ou au pinceau leurs photographies pour leur donner une touche de perfection. Même en partant d’un mauvais cliché, ils pouvaient obtenir un tirage de qualité. Jean Poyet, photographe, excelle dans cet art : il parvient à faire des pires photographies de superbes portraits. Beaucoup de familles demandaient d’améliorer les clichés afin de conserver une plus belle image de la personne photographiée au fil des décennies : l’envie de paraître plus beau et plus jeune de façon permanente grâce à une simple retouche photo était déjà bien présente au XIXè siècle.

AVANT   

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APRES

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L’apparence n’est donc pas exclusive à notre temps ! Pour autant, la perfection de l’apparence est exacerbée à notre époque, car nous avons érigé la représentation des personnes et surtout des célébrités en l’art de la sublimation. Ceci est d’autant plus vrai depuis l’arrivée de Photoshop dans les années 80 : son inventeur John Knoll a rendu la retouche et la perfection numérique accessibles, immédiates et surtout faciles. Vous souhaitez perdre ce tour de taille disgracieux ? Un clic, et vous voici aussi mince que Kate Moss. Votre crâne est quelque peu dégarni ? Comme par magie, les cheveux d’Elvis sont vôtres ! Le numérique et l’avènement du digital ont rendu la retouche photo instantanée et surtout… indispensable.

Il n’y a qu’à ouvrir un magazine pour s’en rendre compte : toutes les publicités sont retouchées, les visages lissés, les courbes estompées, les corps magnifiés. À tel point que la retouche photographique a inventé un idéal… qui n’existe pas. La course à la perfection impossible est désormais lancée depuis plusieurs années. Ironie du sort : qui pourrait ressembler à cette Madonna, Jennifer Lawrence ou encore Gisèle Bundchen, si même ces dernières ne ressemblent pas à elles-mêmes en apparence ? Avez-vous déjà fait l’expérience de comparer l’une de ces femmes en photo pour la dernière campagne Dior ou Chanel à une photo tout à fait normale qui aurait filtré sur le web ? Irait-on jusqu’à dire qu’elles n’ont rien à voir ?

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La retouche photo a donc façonné un idéal féminin inexistant, lui même rejeté par les stars ! Keira Knightley a d’ailleurs exprimé sa colère face à cet engouement pour la perfection systématique et l’acceptation d’un corps unique et idéalisé. Ainsi, estimant que son corps a été trop de fois retouché pour ne plus y ressembler, Keira a posé sans artifices pour dévoiler la réalité : un physique normal, une petite poitrine… et alors ?

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Keira Knightley par Patrick Demarchelier

Pourquoi avoir autant uniformisé le corps de la femme, dans une société incapable de se détacher de l’apparence ? Surtout, cette réalité rappelle que l’apparence est au centre de la vie des femmes d’aujourd’hui, qui jugent en permanence leur corps et celui des autres, à s’en rendre malade. « Les corps des femmes sont des champs de bataille et la photographie en est en partie responsable. Cela demande un immense talent d’être capable de mettre en valeur le corps d’une femme tel qu’il est dans la réalité. Notre société accorde tellement d’importance à l’image qu’il devient quasiment impossible de voir toutes sortes de silhouettes représentées. » (Keira Knightley)

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Cindy Crowford

À tel point que le nouveau ton est aujourd’hui donné par les marques de luxe : tournez-vous vers le naturel. Le fait est que les plus belles femmes, comme Beyoncé, Cindy Crowford ou encore Uma Thurman viennent d’être rattrapées par la réalité de leur condition : photos non-retouchées volées, normalité affichée, chirurgie esthétique ratée. Et, ce qui peut paraître encore plus fou est que l’on va louer le courage d’une femme capable de se montrer sous son vrai jour, comme si elle devait avoir honte de ce qu’elle est vraiment.

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On a donc désormais le choix : ne pas tricher et subir le regard des autres ou devenir un autre et être sublime (ou pas). Arrêtons la mise en scène, être soi n’est pas si mal.

Gwénaëlle Gonzalez

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