Tomber amoureux de sa tablette, voire coucher avec

En lisant le titre on se dit : Option 1 : l’auteure est tarée. Option 2 : elle a vu Her, le brillant film de Spike Jonze récompensé en 2014 d’un Oscar et d’un Golden Globes dans la catégorie « meilleure scénario original ». Option 3 : elle fume trop.

Réponse : probablement 1 et 2.

Pour ceux qui ne l’auraient pas vu, Her raconte l’histoire d’un mec cool un peu paumé qui tombe amoureux de son système d’exploitation qui parle avec la voix de… Scarlett Johansson (accordons-lui le bon goût, le mec n’est pas complètement dingue non plus). Dans ce film de science-fiction, le système d’exploitation est si perfectionné qu’il est capable de se créer une personnalité propre. Ainsi, le personnage principal finit par tomber amoureux de cette fille si intelligente, qui le connait si bien…mais qu’il n’a jamais vu pour la bonne raison qu’elle n’existe pas (un peu comme Ginny Weasley avec le journal de Jedusor).

Pure science-fiction me direz-vous ? On le sait, la fiction finit toujours par dépasser la réalité. Mais si, en réalité ce film était plus contemporain que nous le pensions ? Et si l’auteur du scénario, loin de nous parler des dérives de la société actuelle tournait en dérision ce que nous vivons actuellement ? En 2012, l’IFOP constatait que 40% des Français se verraient bien s’inscrire sur un site de rencontre pour rencontrer l’amour. Science-fiction, l’amour virtuel ?

Ode à l’amour virtuel.

Que celui qui n’a jamais été sur Tinder, sur adopteunmec.com, sur Badoo, etc lève le doigt. Au sein de notre génération, l’amour et les rencontres virtuelles n’ont rien d’étonnant. Parfois, certains tombent même amoureux sans n’avoir jamais vu la personne. Parfois, certains font l’amour par webcam. Pendant ce temps-là, d’autres regrettent la fin des temps de la poésie et des belles lettres. Ah… ces rabat-joies qui pleurent les vers en amour – permettez-moi de vous demander si vous écrivez encore des lettres à vos amis. Je suis sûre que non. Alors plutôt que de pleurer le passé regardons l’avenir et les immenses possibilités offertes par Internet et le numérique. Franchement que l’on envoie des messages le soir à un système d’exploitation ou à un mec qu’on ne verra jamais, quelle différence ?

L’avantage, c’est que l’on converse dans sa bulle, son espace vital et que personne ne met ses pieds sur la table basse en mangeant une pizza. On reste pépère bien au chaud et bien tranquille à parler à quelqu’un qui nous correspond vraiment, pas comme dans le cas où on aurait rencontré cette personne dans un bar. En effet, sur les sites de rencontre, on peut cocher des cases pour rencontrer quelqu’un à notre image, qui soit un nous en quelque sorte, pas un relou qui parle de foot (même si j’aime bien le foot moi). De toute façon, l’âme soeur n’est probablement pas au coin de la rue (si tant est qu’il existe) alors autant brasser des populations bien plus larges pour avoir un espoir de rencontrer son double.

Ode à l’amour égoïste.

Tiens d’ailleurs pourquoi on cherche un double ? Peut-être l’amour virtuel est-il fondamentalement égoïste et égocentrique.

Comme le montre le sociologue François de Singly, l’amour est de nos jours pensé au service de l’individu. Ensuite, dès lors que l’on ne s’épanouit plus, on divorce, on se sépare. Regretter la famille traditionnelle ? Regretter la perte de valeurs de la société ? Regretter de ne plus se sentir obligé de rester avec un mari que l’on déteste pour ne pas être la risée du village ? Ce n’est sûrement pas moi qui vais dire ça. Certains croient à l’amour pur, le-beau-le-vrai. N’est-ce pas se leurrer fondamentalement ? Ce que l’on aime généralement chez l’autre c’est la personne qu’il fait de nous, on aime ce que l’on est quand on est avec. J’aimerais pouvoir croire en l’amour entre deux individualités distinctes, quelqu’un qui aime l’autre sans y voir une idéalisation de sa propre personne. L’amour est égoïste et égocentrique.

Dès lors, pourquoi ne pas assumer qu’en plus de choisir les critères de l’être parfait, il ne soit là que quand on en a besoin ? Allez, maintenant que vous êtes convaincus, on a tous hâte aux systèmes d’exploitation qui parlent avec les voix de Scarlett Johansson et de Bradley Cooper. Et encore, j’imagine qu’on ne serait toujours pas satisfait car on ne pourrait pas parader, sa poule au bras et dire …  « Ouais c’est ma meuf. »

Eternels insatisfaits que vous êtes, salut !

Chloé Quintin

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