Voyage of Time : Terrence Malick uncovered

Nous avons compris ce que cherchait Terrence Malick. Le cinéaste a cessé de vouloir faire des films.

Dans Voyage of Time, l’un des réalisateurs les plus mystérieux et respectés au monde remonte encore à sa vieille obsession : son origine. Qu’est-ce que l’homme. Qu’est-ce que la nature. Pourquoi. Pourquoi. Pourquoi.

Le documentaire sur quatre-vingt-dix minutes présente la chronologie de la création de l’Univers jusqu’au monde moderne, par le filtre de la seule question – pourquoi. Sa quête acharnée de sens aux choses lui fait regarder la nature, qu’il supplie de lui envoyer une réponse de là-haut. Si les points d’interrogation se prononçaient, Cate Blanchett à la narration s’y serait soustraite. Les monologues répétitifs résonnent dans une longue lamentation de l’âme, cherchant un signe de Dieu dans la nature. La question religieuse, dans un cinéma comme réflexion métaphysique, a toujours été importante dans le cinéma de Malick : désormais il s’affranchit de tout le reste. Il ne reste plus que cette angoisse du néant, presque impudique.

Voyage of Time: L’exploration de tous les mondes, passés et présents

Ses envies de récit cosmogonique ne datent pas d’hier : déjà dans The Tree of Life (2011), maturé pendant près de quinze ans, Malick faisait se répondre la jeunesse d’un homme et la genèse de la vie dans l’Univers. Ambitieux, profond, essentiellement cinématographique. Ses films depuis ressemblaient à des parodies de lui-même, vagues doutes métaphysiques d’homme comme en crise de la quarantaine. Il questionne la grâce naturelle, la perfection innocente depuis La Ligne Rouge – chaque film devient un peu plus panthéiste depuis.

Ce n’est pourtant ici plus du cinéma, c’est un diaporama. Les images sont magnifiques, les collaborations de physiciens, biologistes, d’universités, d’institutions prestigieuses, mais il n’y a plus l’effort de créer un quelconque film. Si Dieu n’est visible nulle part, alors il est visible dans tout : Terrence Malick est dans la contemplation la plus pure, son angoisse scandée par-dessus la vie qu’il filme en mouvement. Mais livre-t-il au moins un bon documentaire sur physique, astronomie, animaux et géologies ? On en a plus appris dans des formats sans voix-off. Malick cherche le principe – fondateur, ultime, essentiel- partout, aux quatre coins du monde et du temps, mais abandonne le cinéma. Il veut persuader le spectateur de la légitimité de son propos par la sobriété dans l’expression de celui-ci. Sans plus tenter autre chose qu’une méditation métaphysique, scénario, montage s’effacent au profit d’une fresque exhaustive de la vie, forcément caricaturale – le Big Bang, les premières cellules organiques, les dinosaures, la découverte du feu se succèdent, mais la beauté de l’image ne permet pas de rattraper la naïveté du propos.

Voyage of Time: malgré tout, visuellement extraordinaire

Malick ne s’adresse plus à l’homme mais seulement à la nature. Beaucoup le critiquaient de son manque de second degré, son rapport comme trop direct au grand tout. À sa fresque présente il retire aussi la médiation de son propos. Il n’y a de place que pour l’observation de son abîme d’homme né du néant. Le spectateur se sent de trop. Malick expose son propos, bien sûr vertigineux, mais il se soustrait à l’art. C’est pourtant honnêtement la plus belle publicité pour les écrans Retina qu’on ait jamais vue.

Voyage of Time de Terrence Malick n’était projeté que ce jeudi 4 mai, à 20 heures, dans quelques salles parisiennes.

Spread the love !
  •  
  •  
  •   
  •  
  •  
  • 2
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
    2
    Partages
More from Victor Chevet

Ugo Bienvenu. Itinéraire d’un puriste

Ugo Bienvenu, avec Kevin Manach, a fait les visuels du Festival du...
En savoir plus

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *