Sofia Okkonen. Suggérer la délicatesse

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(Left) "Torso" 2015 ©Sofia Okkonen

« La photo de mode rassemble tous les éléments qui m’intéressent le plus dans la photographie : l’imagerie mise en scène, diriger des modèles, maîtriser plusieurs techniques d’éclairage, travailler en studio et avoir un rythme de travail soutenu. » 

Sofia Okkonen, jeune photographe finlandaise, tombe sous le charme du médium lors d’une expérience auprès de la photographe Kira Gluschkoff en 2010. Depuis, elle poursuit ses projets aux côtés de stylistes lui laissant « une grande liberté artistique », tout en développant ses projets artistiques personnels commencés en 2007, ces deux activités étant, pour elle, complémentaires. Sa photographie se démarque en ce qu’elle est imparfaite, intuitive, et revêt des allures de peintures inspirées d’un Fairfield Porter ou d’une Mamma Andersson. Elle confie d’ailleurs : « I like to get my hands dirty ». 

Rencontre avec la délicate photographie de Sofia Okkonen, découverte au Festival de la Mode et de la Photographie à Hyères où elle a présenté la série Rose.

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« Rose » © Sofia Okkonen

Manifesto XXI – Photo de mode vs photo d’art. Comment t’organises-tu pour parvenir à faire les deux ?

Sofia Okkonen : Ce sont deux manières différentes de travailler. Quand je travaille pour des commissions, je dois prendre en compte les souhaits et besoins de mes clients. J’adapte ma vision au vêtement et à son créateur. Bien que la mode autorise le détournement des règles et des conventions, je travaille avec des consignes plus strictes qu’en art. Créer des photos de mode est aussi plus facile pour moi puisque je me focalise beaucoup sur les détails techniques et esthétiques. Mon but est de créer quelque chose de sexy et séduisant.

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« Image for Finnish designers Siren, Laitinen, Raasakka » ©Sofia Okkonen

Quand je me consacre à mon art, le processus est plus lent et très stimulant intellectuellement. J’ai l’impression qu’en photo de mode, on peut prendre des positionnements que personne ne conteste, alors qu’en photo d’art, chaque décision doit signifier quelque chose. Selon moi, ces deux domaines sont complémentaires, je veux continuer à travailler autant dans l’un que dans l’autre.

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« Nylon Glove » ©Sofia Okkonen 2014

Comment travailles-tu les textures et les tissus en photographie de mode ?

Les couleurs et les textures déterminent souvent la lumière que je vais utiliser. J’aime les matières translucides, irisées et réfléchissantes. J’aime l’idée que la peau est simultanément couverte tout en étant révélée.

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« Rose » © Sofia Okkonen

Comment interagis-tu avec les modèles ?

Je donne souvent des instructions très précises. J’accorde beaucoup d’importance au corps et aux possibles mouvements. Je laisse le visage « tel qu’il est ». Je demande juste aux modèles des états émotionnels à suivre. Dans la vie courante, je peux être un peu timide et discrète, mais quand je travaille, je sais ce que je veux. J’en demande beaucoup au modèle mais je ne trouve pas que ce soit déplacé ou bizarre, puisque l’environnement me place comme celle qui donne la direction de la photo.

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« Green Screen » ©Sofia Okkonen 2014

À quelle partie du corps accordes-tu le plus d’importance ? J’ai pu remarquer que le positionnement des mains était souvent très précis et inhabituel. 

Oui, c’est vrai, je fais très attention aux mains. J’aime quand les gens font vivre leur mains. Pour moi, elles symbolisent notre connexion avec l’autre, l’intimité, le toucher et, quelque part, notre part d’intuition.

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« Rose » © Sofia Okkonen

De quoi et de qui t’inspires-tu ?

Je suis beaucoup inspirée par l’art figuratif, en particulier ces artistes : Marlene Dumas, Mamma Andersson, Jockum Nordström, Fairfield Porter, Luc Tuymans et Henri Matisse.

Pour moi, la lecture de fiction est la meilleure des inspirations. Par exemple, les thèmes et personnages de Middlesex de Jeffrey Eugenides, Blonde écrit par Joyce Carol Oates et The American Girl par Monika Fagerholm, ont une grande influence sur mon univers.

« Penny », 1962 © Fairfield Porter
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« Rose » © Sofia Okkonen

Comment ta culture et ton éducation influencent-elles ta création, d’après toi ? Ou peut-être n’influencent-elles pas du tout ton travail…

C’est une question assez intéressante. La philosophie finlandaise est souvent définie par la mélancolie. Je reconnais cette influence dans mon art. Par bien des aspects, mon travail artistique se base sur des expériences de chagrin et de douleur. Je pense que j’ai fini par faire de l’art parce que j’essaie de comprendre ces sentiments face à l’altérité, à la mélancolie et à l’étrangeté, pour les autres comme pour moi-même.

Je suis très reconnaissante de l’éducation que j’ai reçue et des ressources offertes par mon université. L’université Aalto m’a permis de développer mon propre univers, en tant qu’élève et artiste. Le fait d’avoir été entourée par des gens motivés et talentueux a aussi été positif pour moi.

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« Rose » © Sofia Okkonen

Quel critère final te fait dire : « Ça y est, cette photo est la bonne » ?

Je retouche mes photos assez rapidement. Je me fie à mon intuition ; tu sais juste quelle image correspond, et celle qui passe inaperçue.

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