Sébastien Marchand, photographe de la grâce urbaine

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© Sébastien Marchand

Sébastien Marchand est un jeune artiste rennais, qui s’est distingué plusieurs fois par les récompenses attribuées à ses photographies. Photographe de mode, mais aussi photographe artistique, il nous parle de son rapport au monde de la photographie, mais aussi de son rapport à l’image. Entre impulsion, danse et grain, son travail nous amène dans une profondeur visuelle authentique, et nous questionne sur ce qu’est photographier aujourd’hui le monde urbain actuel.

Manifesto XXI – En quelques mots, qui es-tu, que fais-tu ?

Je suis Sébastien Marchand, photographe, artiste et auto-entrepreneur.

Tu as été un peu autodidacte, il me semble ; comment s’est passé ton apprentissage de la photographie ?

Au début, je n’étais pas du tout destiné à être photographe. J’ai appris la photo au fur et à mesure en regardant des tutoriels sur Internet. Et en pratiquant la photo. C’est tout. Avec le temps, c’est venu tout seul. Mais il y a plein de techniques que je n’ai pas. Mais je me fous de la technique.

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© Sébastien Marchand

Tu as passé quelques mois dans une école de photographie ?

Oui, à Londres, à la City Academy. J’ai étudié pendant neuf mois surtout les photos portraits, les photos en studio, les photos de nuit, et de « lifestyle », dans la rue. C’est une école privée, chère, j’ai pu y aller car j’ai gagné un concours de photo.

Tu travailles seul, ou plutôt en collaboration ?

Ça dépend. Pour mes projets personnels, je travaille seul, mais dès qu’il s’agit d’un magazine ou quelque chose du genre, je travaille avec des maquilleurs, des coiffeurs, et j’ai même pris une fois un directeur artistique. Par exemple, à Londres, avec Shoot Me Fab (ndlr : une agence de mode et de street style), on a une équipe avec des mannequins d’agence, des maquilleurs, des stylistes, des coiffeurs… et des blogueurs pour en parler. J’ai travaillé trois ans avec cette agence, et la directrice m’a fait passer co-fondateur de la boîte l’année dernière. Mais je ne travaille plus vraiment avec eux, parce qu’il faut se déplacer sur Londres, et c’est plus compliqué qu’avant.

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© Sébastien Marchand

Quelle est la distinction entre une photo de mode et une photo d’art, selon toi ?

Une photo de mode, c’est quelque chose de plus commercial, avec des techniques qu’il faut absolument maîtriser. Une photo artistique, c’est ce que je préfère. Mais du coup, j’essaie de faire de la photo de mode et de la photo artistique parce que vu que je ne maîtrise pas tellement les techniques, la mode m’aide à les maîtriser. Je fais un peu ce que je veux pour la photo d’art, je laisse mon esprit s’envoler… (rires)

Tu as l’impression d’avoir plus de liberté dans la photo d’art ?

Pas forcément… Après, avec la photo de mode, il faut toujours suivre quelque chose, une idée que tu as en tête, il faut vraiment bien pratiquer, parce que je ne suis pas tout seul dans le projet. La photo artistique, c’est sur le moment, c’est instantané, et après je vois ce que ça donne.

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© Sébastien Marchand

Quelles sont tes inspirations ?

Ma vie ! (rires) C’est bateau, mais c’est ce que j’ai vécu, par rapport à ma famille, à mon enfance, et aussi une musique, une phrase que je vois dans un magazine ou que j’entends dans une chanson qui va m’inspirer, et je peux faire un projet là-dessus juste avec une phrase.

Un artiste inspirant ?

Robert Mapplethorpe. Je n’aime pas forcément les photos qu’il fait, parce que c’est très trash, mais j’aime comment il utilise le noir et blanc. Ce sont des photos érotiques, voire pornographiques, et sa technique d’utilisation du noir et blanc m’a beaucoup inspiré, comme j’en fais beaucoup.

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© Sébastien Marchand

Parle-nous d’un shooting marquant ?

C’était à Londres, mon premier gros shooting. C’était pour un magazine américain dont j’ai fait la couverture. La préparation s’est faite sur trois mois, et ça m’a beaucoup marqué car on a réussi à avoir des vêtements que des célébrités avaient portés. J’ai engagé un styliste. C’est avec ce shooting que j’ai commencé la photo de mode. Il y avait un thème, je devais montrer l’esprit londonien, avec ma patte artistique. J’ai fait quelque chose d’assez sombre, presque bleuté. On a fait ça dans des lieux mythiques de Londres, le mannequin avait une couronne pour rappeler cet esprit londonien. C’était le styliste qui me disait quoi faire, car il faisait aussi le directeur artistique. Donc je suivais. Après, au niveau de la retouche, je faisais un peu ce que je voulais.

Et un shooting marquant dans la photo artistique ?

Celui de la danseuse à Quiberon. C’est elle qui a fait que tout a commencé. Et cette photo fonctionne encore aujourd’hui. Elle avait une robe très cintrée, rose nude, qui partait un peu en tutu, tout ça sur la côte sauvage, et elle m’a sorti une pause à moitié bizarre, et en gros, sur le moment même je n’ai pas du tout fait attention à la perspective, c’est quand j’ai vu la photo après que je me suis dit qu’elle était vraiment cool.

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© Sébastien Marchand

Le rapport que tu as à la danse, et donc au mouvement en photographie, semble t’être inspirant, peux-tu nous en dire plus ?

Si je n’avais pas photographié cette danseuse, je n’aurais peut-être pas eu ce rapport à la danse. Vu que je vois que ça plaît, et que ça permet de donner de la vie à la photo, j’aime bien, et c’est comme ça que je prends des danseurs en photo. J’avais pris un danseur en photo sur Londres aussi. C’est inspirant, et j’aime bien faire un contraste entre la danse classique et l’urbain.

Quelle est la situation d’un jeune photographe en France actuellement ?

C’est horrible. Pas bien du tout. Il faut vraiment donner le meilleur de soi-même tout le temps. Si je voulais réussir très rapidement, il faudrait que je sois 24h/24 sur des photos, que je fasse des shootings tous les jours, que je rencontre du monde, que je bouge par-ci, par-là… Cela ne marche pas tellement au talent, ni aux études que tu as faites dans la photo, mais juste au contact. Si tu n’as pas de contacts, tu ne vas pas réussir, même si tu as un talent de fou. Mais il faut vraiment être motivé un maximum. C’est nécessaire d’avoir un deuxième boulot, rien que pour avancer dans la photo, vu que j’ai des projets d’expositions, pour mettre de l’argent de côté, pour rendre ces projets réalisables et pour pouvoir vivre de mon art.

Tu es né avec le numérique, une nouvelle qualité face à l’argentique, que pense-tu de ce nouveau regard sur la photographie ?

Je n’aime pas forcément le numérique et sa qualité. Car le numérique a trop de qualité. Et justement sur mes photos, j’essaie de rajouter du grain, ça va plus avec mon style un peu dark et mélancolique, plutôt qu’un truc super droit, parfait. Ce n’est pas vraiment ce qui m’intéresse. L’argentique, je trouve ça beaucoup mieux même si je ne pratique pas vraiment. Je préfère avoir une photo floue, avec du grain, qui veut dire quelque chose, plutôt qu’une photo nette avec un visage sans expression.

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© Sébastien Marchand

Finalement, tu recrées la qualité de l’argentique avec le numérique ?

Ça dépend aussi de mes projets. Dans la mode, on ne peut pas forcément faire ça. Si je fais de la photo, il faut aussi que je gagne de l’argent, et donc je dois faire ce que les gens et les agences veulent. Mais pour mes photos artistiques, j’aime bien donner un flou, quelque chose comme ça, qui peut faire penser à l’argentique.

Il me semble que tu es né avec Internet, notamment avec une page Facebook. Penses-tu que le regard du public a changé sur la photographie avec Internet, avec le fait qu’on puisse avoir autant de photos en trois clics, et qu’on puisse les passer très vite ?

Internet m’a beaucoup aidé. D’un autre côté, je pense que cela a fait baisser la valeur de la photo. Beaucoup de gens veulent faire de la photo, ils ont un appareil, ils se disent qu’ils peuvent faire de la photo, sauf qu’ils n’ont peut-être pas le recul derrière, avec Internet la photo va se perdre de plus en plus. Tout le monde peut faire des photos cool aujourd’hui, même avec un téléphone. Beaucoup de photographes sont moins connus parce qu’ils restent dans leur style et qu’ils ne veulent pas se faire connaître via Instagram ou les réseaux sociaux. Après, c’est sûr que sans les réseaux sociaux, je ne serais pas arrivé jusque-là.

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© Sébastien Marchand

Quelles directions pour l’avenir ?

Dans un avenir lointain, ce serait de ne pas forcément travailler dans le milieu de la mode. Parce que de plus en plus, je vois que c’est un milieu qui me plaît moyennement. Je voudrais juste vivre de ce que j’aime, en vendant mes photos, en travaillant pour des artistes, des galeries, en faisant des collaborations avec d’autres artistes… Je préfère prendre une chanteuse qui n’a pas le physique d’une mannequin, plutôt qu’une mannequin toute fine qui reste dans les normes. Dans un avenir proche, j’ai une exposition à la galerie Lug à Rennes, près du Parlement, pendant un an. Mes photos seront en vente. Et j’ai un autre projet, pour octobre ou novembre prochain, je travaille avec une organisatrice d’événements pour faire une exposition dans une salle que je ne connais pas encore. C’est un projet sur le corps humain. J’aimerais travailler avec d’autres artistes, comme une dessinatrice, pour pouvoir assembler photo et dessin. On sera plus sur du gros format, avec une belle qualité d’image. C’est prévu dans un an. En attendant, je vais élaborer un projet financier sur Internet pour récolter les fonds nécessaires.

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