Science fashion

C’est en faisant mes recherches pour mon article sur le réel/virtuel que j’ai découvert ma nouvelle obsession.

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Fondée en 2009 par Vice et en partenariat avec Intel, cette plateforme réunit plus de 600 artistes visionnaires « utilisant la technologie pour repousser les limites de la création ». De grands noms de la musique (David Bowie, Florence And The Machine, Robyn, Roysköpp, M83, etc.) côtoient les ingénieurs et designers aux idées folles sur toutes les pages consacrées à The Creators Project: un véritable puits de créativité, d’innovation et d’inspiration!

C’est ainsi que, parti du site d’Anouk Wipprecht, et fasciné, du haut de mon agoraphobie, par sa Smokedress, j’ai passé cette semaine (y compris au travail dès que possible) à éplucher en long et en large, sautant de lien en lien, la plateforme The Creators Project et le site d’Intel dédié au projet Make It Wearable. Il y a des années de projets, toute catégorie artistique confondue, à explorer.

Mais parlons un peu de mode: parmi plusieurs centaines d’artistes référencés, on trouve, bien évidemment, de jeunes créateurs. Loin des fils et des aiguilles des grands couturiers qu’ils rêvent probablement de détrôner, ceux-là sont les enfants du virtuel, sans cesse appelés Génération Y ou 2.0.

Quoi qu’il en soit, le virtuel et la technologie sont, pour eux, pour nous, partie intégrante de la vie présente et promesse du futur. Le vêtement, dans sa définition pure, est là pour protéger et vêtir le porteur. Mais, comme tout aujourd’hui, avec la confusion totale entre réel et virtuel et l’explosion des nanotechnologies, le sens du vêtement et de l’accessoire évolue tout comme sa conception.


Noa Raviv

Designer de vêtement féminin originaire de Tel Aviv, Noa se décrit comme quelqu’un de « fasciné par la tension entre l’harmonie et le chaos, la tradition et l’innovation » recherchant toujours la « balance parfaite ». Gagnante du prix « Fashion Designer of the Year » en 2014 pour la catégorie Impression 3D et inspirée par la tension entre le réel et le virtuel, Hard Copy, sa collection, est on ne peut plus dans le thème. Après avoir volontairement créé des modélisations 3D défectueuses, Noa Raviv se retrouve avec une collection entièrement virtuelle.

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C’est grâce à la technologie avancée de Stratasys, et ses imprimantes 3D multifonctions, hyper efficaces et très, très chères, que la créatrice peut donner vie à ses modélisations premièrement irréalisables, en assemblant vêtements et impressions 3D. D’abord émerveillée face à la beauté de l’imagerie des volumes et des mouvements sur son logiciel tridimensionnel, Noa Raviv a parfaitement retranscrit ces aspects virtuels dans la réalité.

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Toujours dans l’idée de l’opposition, les distorsions et l’asymétrie des pièces de la collection Hard Copy sont inspirées des statues grecques classiques, souvent brisées, dépecées en plusieurs morceaux par le temps. Dans le détail, les quelques lignes orange de certaines pièces ont été inspirées par le logiciel de création utilisé par Noa. En effet, les objets modélisés en 3D étant noirs et blancs, ces couleurs sont utilisées pour mettre en évidence les arêtes.

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Le résultat est magnifique. Des lignes inédites, du mouvement dans l’immobilité, de la distorsion harmonieuse, tout cela offre un aspect irréel mais pourtant bien matérialisé! La collection fut présentée lors d’une Double Exposition (Double Exposure) à New York avec le géant Taïwanais HTC qui présentait, à l’époque, ses nouveaux produits (RE, une micro-caméra et le HTC Desire Eye). Cet évènement lui vaudra une place dans le Vogue Italy (parmi bien d’autres publications).

Anouk Wipprecht

Anouk Wipprecht, au-delà de l’utilisation de l’impression 3D pour l’esthétique futuriste de ses pièces, tend vers le vêtement technologique. Deux de ses créations ont particulièrement attiré mon attention: la Smokedress, à l’origine de mon obsession et de cet article, et Synapse, le robe fourrée aux biosenseurs.

Synapse Dress © Jason Perry
Synapse Dress © Jason Perry

Dans un monde où notre vie personnelle est sans cesse exposée, plus ou moins volontairement, et parfois donc menacée par le virtuel, il est bien bon de se sentir protégé. Facebook vous propose de configurer vos paramètres de confidentialité pour que seules les personnes que vous connaissez et acceptez en amis voient votre vie, volontiers et volontairement étalée sur la Toile.
Mais votre pull, que fait-il pour vous protéger des intrusions physiques, réelles, d’éventuels individus, plus ou moins mal intentionnés, dans votre bulle personnelle?

La Smokedress, elle, libère de la fumée qui vient matérialiser le dérangement de l’intrusion, indiquant ainsi aux personnes trop proches de tenir leur distance. La robe Synapse va, elle, envoyer une forte lumière au nez de « l’assaillant ».
Synapse indique aussi, grâce aux capteurs et micro-processeurs intégrés, votre degré de concentration et de stress (toujours à l’aide des LED incrustées). Mais qu’est-ce qui vous fait donc tant stresser pour déclencher la lumière? Vous ne vous en souvenez plus? Il suffit de regarder ce que la caméra, située au niveau de la poitrine, a filmé lors de votre montée d’adrénaline.

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Smokedress

Sans titre

J’avoue que ma fascination est fortement liée à ce sentiment dérangeant d’intrusion dans mon espace au moindre contact physique. Mais Anouk Wipprecht, c’est bien plus qu’un designer pour agoraphobe, c’est un génie très productif!
En travaillant avec différents laboratoires (Intel, V2_Lab….), ses créations ont été présentées à de nombreux évènements dans le milieu (Fashion Week de Vienne). Fergie, lors du concert des Black Eyed Peas pour la mi-temps du Superball de 2010, a aussi porté l’une de ses robes.

A cette collection de mode technologique s’ajoute la robe Intimacy, qui va de l’opacité à la transparence selon la fréquence de votre rythme cardiaque; la Spider Dress et ses pattes d’araignées futuristes montées sur épaulettes; la Pseudomorphs, qui se peint toute seule, laissant à la robe sa propre finalisation et sa touche d’unicité qui la distingue des autres Pseudomorphs; ou encore la Daredroid, qui vous sert un cocktail sans alcool auquel le porteur ajoutera de la liqueur si vous jouez honnêtement à Action ou Vérité avec elle. Une jolie collaboration entre humain et robot! En revanche, si vous êtes trop proche du porteur, le système s’arrête. La protection de l’intimité et de l’espace personnel est semble-t-il, un sujet important pour la jeune néerlandaise.

Intimacy dress
Intimacy dress
DareDroid dress
DareDroid dress
Pseudomorphs
Pseudomorphs

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Anouk Wipprecht (en collaboration avec Polaire) a aussi créé l’Open Source Element Dress, première « robe participative » ou tout le monde peut imprimer (en 3D) de petites pièces de soixante deux millimètres, appelées « particules » qui, assemblées, vont former une robe.

Le design virtuel des particules est entre vos mains après téléchargement de ce fichier sur instructables.com.
Le design virtuel des particules est entre vos mains après téléchargement de ce fichier sur instructables.com.

Tout cela m’amène, au delà de mon excitation, à me demander si l’avenir de la mode est ici, dans les microprocesseurs Intel. L’art de la couture sera-t-il dépassé par l’impression 3D et l’intégration d’intelligence au vêtement? L’avenir de la Haute Couture sera-t-il technologique? Et le prêt-à-porter?
Nos attentes, surtout, vont-elles changer? Serait-ce nous, consommateurs, qui allons forcer les grands couturiers à côtoyer les grands ingénieurs?

Pour aller plus loin (et il le faut):

The Creators Project

Blog The Creators Project

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