Schiaparelli ou la renaissance du phénix

Phénix (nom masculin) : oiseau fabuleux vivant plusieurs siècles, se brûlant lui même avant de renaître de ses cendres. Il ne renonce jamais, parvenant toujours à se régénérer, immortel. Soixante ans après sa fermeture, la griffe Schiaparelli semble aujourd’hui connaître la même destinée que cette créature mythique. Laissé à l’abandon depuis sa fermeture en 1954, « Schiap » est racheté en 2007 par Diego della Valle, CEO du groupe Tod’s. Annonçant son véritable retour en 2012, la marque revient petit à petit sur le devant de la scène. Saura t-elle retrouver ce qui fit son succès pendant l’entre-deux-guerres ?  

Marco Zanini et Farida Khelfa, égérie publicitaire de la griffe- extraite de parismatch.com
Marco Zanini et Farida Khelfa, égérie publicitaire de la griffe- extraite de parismatch.com

Nommé directeur artistique le 30 septembre 2013, Marco Zanini s’efforce aujourd’hui de redonner vie à cette maison de couture légendaire. Invité par la Chambre syndicale de la haute couture fin 2013, le premier défilé de Schiaparelli « nouvelle génération » était particulièrement attendu. En effet, le monde de la mode garde toujours en mémoire les créations de l’illustre fondatrice de la griffe, Elsa Schiaparelli. « Une femme visionnaire et innovante »: en un mot, avant-gardiste.

Née en 1890 en Italie, Elsa Schiaparelli, fille d’un célèbre égyptologue, grandit dans une famille riche et aristocratique. Après son divorce, elle s’installe à Paris en 1927 et ouvre Schiaparelli-Pour le Sport. Avec son pull noir orné d’un noeud blanc en trompe l’oeil, elle devient mondialement connue. Rapidement, elle crée de nouveaux motifs pour son fameux pull : squelettes, tatouages de marin… Son style respire la liberté et tourne définitivement le dos aux créations luxueuses et exotiques de Paul Poiret, figure emblématique de la mode française du début du siècle.

Elsa Schiaparelli portant  son pull trompe l'oeil
Elsa Schiaparelli portant son pull trompe l’oeil

Grande rivale de Coco Chanel, leurs styles sont diamétralement opposés. Schiaparelli très proche des artistes de son époque, utilise d’une manière originale et novatrice le mouvement surréaliste. Collaborant avec Jean Cocteau ou encore Christian Bérard, elle détourne de manière savante des objets du quotidien en véritables œuvres d’art. L’une de ses plus célèbres, le chapeau-chaussure créé avec Salvador Dali, témoigne de l’inventivité de « Schiap ». De nouveaux imprimés, de nouvelles couleurs « shocking », elle révolutionne le monde de la mode. Avec sa collection « cirque » en 1938, elle inaugure les collections thématiques et les défilés-spectacles semblables aux défilés actuelles.

Photographie de la chaussure -chapeau de Schiaparelli pour le numéro d'octobre 1937 de l'Officiel par Georges Saad- image extraire de lofficielmode.com
Photographie de la chaussure -chapeau de Schiaparelli pour le numéro d’octobre 1937 de l’Officiel par Georges Saad- image extraire de lofficielmode.com

En avance sur son époque, Schiaparelli confectionne des modèles révolutionnaires pour les femmes. Sa soif de liberté passe aussi par leur émancipation. Lili Alvarez fait scandale en 1931 en portant la première jupe-culotte de l’histoire du sport lors du tournoi de Wimbledon. Les femmes doivent être libres de leurs mouvements, les codes doivent être écartés. La seconde guerre mondiale aura cependant raison de la griffe. « Schiap » doit s’exiler aux États-Unis et confie sa maison de couture à son bras droit. Son statut d’italienne à Paris devenant risquée, elle abandonne sa maison de couture. A la fin de la guerre, elle reprend son activité mais ses créations plaisent moins, dépassées par le « New Look » de Christian Dior. En 1954, elle décide donc de fermer sa maison de couture et se consacre à son autobiographie Shocking Life.



Port de la jupe-culotte par Lili Alvarez, image extraite de http://www.ykone.com/
Port de la jupe-culotte par Lili Alvarez, image extraite de http://www.ykone.com/

Ce passé glorieux aurait pu handicaper le retour de Schiaparelli en 2013. Créatrice, inventrice et visionnaire, son génie est inégalable. Une nouvelle ère s’est cependant ouverte lors du défilé automne-hiver couture de Zanini. Conçus comme un hommage à Elsa Schiaparelli, Zanini incorpore des motifs et couleurs rappelant l’univers de « Schiap ». Des feuilles de lierre irisées d’un tailleur en brocart font écho à la célèbre collection païenne créée par Elsa en 1938. Mais le styliste y apporte aussi sa touche, rendant ce défilé résolument moderne, adaptée aux femmes d’aujourd’hui. C’est ce mélange des styles et des genres qui permettra la renaissance de la marque. Marco Zanini -qui n’en est pas à sa première résurrection d’une griffe – l’a compris. En 2008 déjà il avait été choisi pour relancer Halston, icône de la mode américaine des années 1970.

Detail défilé Printemps-Eté 2014, image issue de http://www.style.com/
Detail défilé Printemps-Eté 2014, image issue de http://www.style.com/

A la sortie de son premier défilé, le créateur confia : « J’ai la chance de pouvoir écrire un nouveau chapitre de l’histoire de la maison. En la replaçant dans un contexte moderne. Plus que sur les références stylistiques, je me suis intéressé à Elsa Schiaparelli la femme, sa manière de penser, son irrévérence, son excentricité. » Marco Zanini a donc compris l’essence de la griffe. Plus qu’un style, Schiaparelli est une façon de penser, libre et toujours en avance sur son époque. Les futures collections de Zanini pour Schiaparelli montreront si la magie opère. Si le phénix a bel et bien repris son envol vers le ciel. 

Lucile Fauviaux

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