SCH : Les larmes du Prince

Ouch. SCH. Trois lettres brûlantes comme le feu qui agitent les bouches de tous les amateurs de peura depuis quelques mois. SCH sont les trois premières lettres de Schneider, ancien blaze du rappeur qui dévoile ses origines allemandes. Special export from Aubagne, la ville a apparemment produit sa pépite la plus brillante. Il est difficile de saisir SCH et c’est cela qui le rend aussi intéressant. Longtemps loin des lumières, la rencontre avec le producteur DJ Kore fut l’évènement qui sortit la tête de la baignoire de l’artiste, ainsi que sa première mixtape sortie mi-novembre : A7. L’alchimie entre les deux gadjos fut évidente, les productions planantes de Kore sublimant le flow de SCH. Il en découla par la suite des featurings avec Lacrim (l’entremetteur de ces deux derniers), Hoss ou bien encore Sadek. Et des validations par quand même Kaaris et Gradur. Le rappeur ne se contente pas d’être validé, il fracasse tout simplement le rap game.

La balafre

Mystérieux est son passé. Ou du moins, il ne veut pas l’étaler. Ce qui est sûr, c’est que SCH y a laissé quelques plumes, entre la perte de certains amis et l’incompréhension d’autres quant à son rap. De ces blessures il garde une rancœur, et la cicatrisation n’est pas finie : « Le temps d’un soupir je revois mes souvenirs mais j’ai pas fait mon deuil. »

Nietzsche a dit : « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort », je crois que ce dicton illustre bien l’exemple de SCH. Comme un poisson particulièrement coriace, l’artiste semble s’être nourri de toutes les petites crevettes de la rivière pour affronter l’océan.

Le gars revient de loin, ayant commencé à charbonner à 12 ans dans sa chambre de collégien. Le rap est définitivement pour lui un exutoire plutôt qu’un métier fantasmé :

« SCH, c’est quelque chose qu’il faut que je fasse ressortir. » Ce qui lui fit réaliser qu’il pouvait en faire quelque chose de plus sérieux ? Sa rencontre avec le label marseillais Braabus Musique qui est maintenant pour lui « bien plus qu’une famille » (ndlr : Rapelite.com).

SCH vient du Sud comme Chimène Badi mais ses textes sont glaçants.

SCH est sombre. Si ses textes sont obscurs c’est parce que c’est « le noir qui l’habite » (ndlr : Booska-p). L’artiste cultive un certain pessimisme mais joue sur la contradiction. Le clip limite démoniaque de A7 à base de flammes, gros serpent et demoiselle zombie s’oppose à la pureté montagnarde de celui de Fusil. Ce dernier son nous laisse entrevoir un aspect presque fragile du rappeur. « J’suis le diable avec une auréole », le mal comme le bien coule dans ses veines. Comme tout le monde j’imagine. Mais le rappeur semble en avoir pleinement conscience et assumer ses démons comme ses faiblesses.

Sapé comme jamais

Comme un pokémon, SCH a beaucoup évolué depuis ses débuts. Il dit avoir laissé pousser ses cheveux pour sa maman mais ce n’est pas l’unique raison. Le rappeur s’est forgé un personnage d’une classe sans pareille à base de petits blousons bien taillés et de jolies chaussures italiennes. Un swag lisse et parfait comme ses cheveux mais des idées dures comme un menhir. Mais ne prendre en compte que le style serait stupide. En prenant son image en main, l’artiste avoue avoir même « évolué dans sa façon de concevoir les choses ». ( Rapelite)

Le délire de SCH va beaucoup plus loin que sa coupe de cheveux. Très inspiré par les films de gangsters et en général par la violence, on retrouve aisément ces thèmes dans ses clips. Par exemple, celui de Gommora est un hommage direct à la mafia italienne de La Camorra. « J’ai foutu mon plus beau manteau, ciré mes plus beaux souliers pour crosser l’taulier. » Bien sapé pour tuer.

Le banditisme n’est pas l’unique source d’inspiration du rappeur.

De Mario Götze à 8 Mile en passant par Le Voyage de Chihiro, le S possède une liste incroyablement riche de références. Ce qui apporte donc une légitimité encore plus importante à sa musique.

Vie dure et luxure

L’artiste laisse également entrevoir un nouveau rapport avec l’argent, ou du moins, peu exploité chez les rappeurs : celui de la nécessité plutôt que la frime.

Oui mais Champs-Élysées, vous me direz. Justement, c’est l’exemple parfait.

L’appart sur les Champs n’est pas loué mais il « fuck le monde des mondains ».

Tiens tiens, encore une antithèse.

SCH sort le Ruinart du frigo parce qu’il l’a gagné, parce qu’il a travaillé.

Si pour lui « se lever pour 1200 c’est insultant », c’est parce qu’il a connu cette paie et qu’il souhaite que cela ne lui arrive plus.

Le S explique que « dans le Sud, la notion de l’argent est beaucoup plus importante », qu' »elle n’est pas qu’un accessoire ». Peut-être une revanche sur la vie pour cet Aubagnais qui dit avoir grandi avec les huissiers. (ndlr : Bosska-p)

« Vie dure et luxure», voici la devise du rappeur.

SCH a travaillé son articulation, perdu son accent, et s’est approprié le vocodeur comme un chef. Il s’est adapté pour le public, pour ses scélérats mais avant tout pour lui. Parce que SCH ne fait pas dans la langue de bois. Parce que SCH ne met « qu’un doigt » aux rageux. Parce que SCH est comme un corbeau dans le ciel en guerre de Damas : fier et libre.

Clara Nimpon

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