« Rust & Gold », l’album de tous les contrastes pop d’Isaac Delusion – Rencontre

Issac Delusion
© Pe Testard

C’est dans l’ambiance chaleureuse du Pop-Up du Label que nous avons rencontré Loïc et Jules pour essayer d’en savoir un peu plus sur le deuxième album d’Isaac Delusion, le mystérieux Rust & Gold qui sort le 7 avril prochain chez microqlima. Rencontre aussi riche en anecdotes que drôle ; ça commence par parler d’amour et ça finit sur les 2Be3.

Manifesto XXI – Alors, comment se sent-on avant la sortie d’un deuxième album ? L’Élysée Montmartre est déjà plein à craquer pour le 26 avril… Comment vous sentez-vous ?

Loïc : Ça fait plaisir ! On a énormément de chance d’avoir des gens qui nous attendent, on sait qu’au moins ce sera écouté, que les gens vont réfléchir, analyser… On va avoir une interprétation de ce qu’on a fait et c’est génial !

Pas trop la pression ?

Jules : Si, on a quand même de grosses choses qui arrivent. On a remanié tout le live. Plein de choses vont changer par rapport au précédent, donc on travaille là-dessus maintenant que l’album est fini. La pression n’est pas énorme mais elle est quand même un peu là.

Loïc : Oui, c’est de la pression positive.

En tout cas, vous avez lâché un sacré teaser avec la chanson et le clip « Isabella ». Qui est Isabella, à la base ? L’ex de l’un d’entre vous ? L’histoire est assez triste !

Loïc : Ce que je dis souvent, c’est que quand j’écris des chansons, j’aime bien faire comme un tableau, en me servant de plusieurs éléments différents de gens que j’ai rencontrés, différents cas qui m’inspirent, et j’essaie de créer une entité qui est totalement fictive. J’ai écrit cette histoire et je n’avais pas vraiment de nom. J’aime bien les chansons qui ont un prénom de fille – en tout cas, ça marche bien. J’ai une amie qui a eu une fille et qui l’a appelée Isabella. J’ai trouvé que le nom était joli, mais il n’y a pas de lien particulier.

Jules : C’est un personnage complètement fictif mais on peut s’y retrouver. Le clip a donné une dimension complètement universelle au morceau. Il y a plein de gens qui peuvent se reconnaître. C’est ça qui est génial avec ce clip, et c’est pourquoi on est complètement fans et fiers d’avoir travaillé avec Nadia Lee Cohen. De ce morceau qui parle vraiment de quelqu’un, elle a tiré quelque chose de complètement universel et fort. À travers ce clip, elle a donné la parole à toutes ces Isabella, à tous ces gens qui se ferment à l’amour.

Comment s’est organisée cette collaboration avec Nadia Lee Cohen ? Qu’est-ce qui vous a séduit dans son univers ?

Loïc : C’est un univers hyper défini, qui a beaucoup de personnalité – contrairement à ce qu’on a pu voir, des choses très dans la « hype » mais qui sont au final très fades. Ce qui nous a séduit chez Nadia, c’est qu’elle avait une personnalité hyper forte, un univers visuel hyper défini que tu peux reconnaître entre mille. Et puis ce côté décalé. Il peut y avoir des choses un peu gore mais toujours avec un côté loufoque, une interprétation, une critique de cette société américaine. C’est un travail qui me fait un peu penser à David Lynch, d’une certaine manière. Et en fait, je n’ai pas adoré direct ; Jules a trouvé ça bien tout de suite. Moi, j’ai eu un temps de réaction où sur le coup ça m’a interpellé, mais je n’ai pas tout de suite aimé. C’est en réfléchissant et en approfondissant que j’ai vu que c’était génial.

Jules : Pour l’histoire, on l’a rencontrée parce qu’avec microqlima on a été chercher plein de boîtes de production et de réalisateurs. On a eu plein de retours, de pitchs, mais comme le disait Loïc, c’est vrai que beaucoup de choses nous paraissaient déjà convenues, pas très originales. Et un jour, on a eu un retour de Nadia qui a adoré le morceau. Elle nous a d’abord proposé quelque chose qu’elle avait déjà fait. On n’a pas pu l’utiliser, mais elle aimait tellement le morceau qu’elle a refait quelque chose spécialement pour nous. On lui a un peu laissé carte blanche.

Loïc : Ce qu’on aime particulièrement dans son clip, c’est qu’il y a quelque chose de dérangeant. On avait envie de sortir de cette espèce de beauté un peu pure qu’on nous avait attribuée. Bon, pas nous personnellement mais à notre musique ! (rires) On voulait sortir de cette espèce de truc de rêve, de « dream pop », et aller chercher les gens là où ils ne s’y attendent pas. Je pense que ça a pu choquer ceux pour qui Isaac Delusion était un truc très propre.

On voit un vrai shift de direction artistique, et le début de la chanson en elle-même est différent. « Isabella » a une couleur très particulière, très américaine, R’n’B. Qu’est-ce qui vous a amenés à ça ?

Loïc : On ne sait pas trop en fait, on a testé des centaines de trucs. On avait trente morceaux sur l’album, même plus, et on en a choisi douze entre lesquels on trouvait qu’il y avait une cohérence. Mais on a beaucoup remanié.

Jules : « Isabella », c’était un morceau que Loïc avait écrit, et quand on est arrivés en studio avec la démo, on l’a retravaillé on ne sait combien de fois. Il n’était pas du tout comme ça à la base. C’est en expérimentant qu’on est tombés sur ça, à un moment. C’est marrant que tu dises R’n’B, on n’y avait pas du tout pensé, mais c’est vrai qu’il y a ce côté un peu hip-hop langoureux.

Loïc : C’est marrant parce que c’est un peu le seul morceau dans cette lignée, l’album ne ressemble pas du tout à ça. Nous, on a beaucoup aimé un mec qui s’appelle Jay Pol, qui fait un genre de R’n’B un peu futuriste – ça a un peu été une influence. C’est un des mots qu’on a le plus dits pendant l’enregistrement !

À part « Isabella », le seul indice que l’on a est le titre de l’album, Rust & Gold. Que pouvez-vous nous en dire ? Quel est l’esprit de ce nouvel album ?

Loïc : On voulait justement faire quelque chose de contrasté, et dans « gold », il y a le brillant, une sorte de texture un peu magique. D’un autre côté, c’est un album qui est un peu plus sombre que celui d’avant, et qui traite de thèmes un peu moins joyeux, plus torturés. Donc on a bien aimé ce contraste.

Jules : Pour le son, contrairement au premier album, on voulait revenir à quelque chose de très organique. On a enregistré la basse et la batterie sur bande pour avoir un son très chaud. À côté de ça, on a cette esthétique beaucoup plus clavier, très brillante. Rust & Gold, c’est ça : la brillance et le côté plus organique, plus sale. Ça se retrouve dans les sons et dans les thèmes de l’album, ça traduit une intention générale.

Loïc : On voulait un album qui sonne raffiné, esthétiquement beau à écouter, mais qui soit en même temps un peu crado.

Jules : Il y a des morceaux où on ressent plus le « rust and gold » que dans « Isabella ». C’est le premier morceau de l’album et c’est celui qui ressemble le plus à ce que l’on faisait avant, donc on voulait introduire l’album comme ça, avec le premier single, pour ne pas perdre tout le monde. C’est vraiment la transition, « Isabella ».

« Isabella », « She Pretends »… Pourquoi s’agit-il de personnages féminins ? Est-ce que ça vous permet d’exprimer quelque chose de particulier, ces héroïnes malheureuses ?

Loïc : Les personnages féminins sont hyper inspirants. C’est la sensualité… Je ne sais pas, en fait… Les plus belles chansons parlent de femmes et d’amour. Parce que c’est une source d’inspiration intarissable.

Jules : La question, c’est plutôt pourquoi faire des chansons d’amour tristes ? (rires)

Loïc : J’ai souvent cette image de nana un peu superficielle, qui a quand même du fond et qui est malheureuse parce qu’elle est tiraillée par son côté superficiel. Mais en même temps, elle s’en rend compte. J’ai rencontré pas mal de nanas comme ça, un peu starlettes, hyper lumineuses, mais qui au final sont tristes parce qu’enfermées.

Jules : Pour moi ces deux chansons sont complémentaires. « She Pretends », c’est un peu l’enfance, le « je fais n’importe quoi et ça me rend malheureuse ». Bon, je synthétise le morceau (rires). Et « Isabella », c’est plus la prise de conscience de ça. Comme si c’était la même, qui a évolué, qui a pris conscience de la superficialité, qui essaie de travailler là-dessus et qui se ferme à l’amour pour mieux se découvrir elle-même et arrêter de tomber sur des connards.

Loïc : Le refrain, « Still begging for vengeance », c’est aussi un sentiment que j’ai pu rencontrer. Il y a des gens qui sont guidés par la vengeance, qui ont eu des déceptions sentimentales assez tôt dans leur vie et qui sont conditionnés par ça tellement ils ont pris cher… La vengeance est aussi un thème assez intéressant.

On vous a un peu collé l’étiquette de « dream pop« …

Jules : C’est un mot interdit ça, normalement ! (rires)

Justement ! Quelle est votre définition de la pop ?

Jules : C’est de la musique accessible. C’est là que ça peut prendre une tournure négative – surtout avec « dream pop », ça fait encore plus mielleux… C’est juste de la musique pour un plus grand nombre, donc ça part d’un bon sentiment. Je pense que c’est bien. Ce n’est pas comme faire du free jazz incompréhensible pour la plupart des gens.

Loïc : C’est de la musique accessible sans trop réfléchir, instinctive. Sucrée. Mais que ce soit accessible au plus grand nombre est le meilleur moyen de faire passer des messages. Comme Gainsbourg et les sucettes à l’anis, c’est un des meilleurs exemples de ce que peut cacher la pop. (rires)

Dans votre pop, on sent différentes influences. Qui apporte quoi ?

Jules : C’est compliqué aujourd’hui, on avait tous des styles assez distincts au début et tout s’est un peu mélangé. On avait très envie pour cet album de faire de la soul, et c’était une envie commune. J’ai l’impression que sur cet album, comme on a fait beaucoup de travail en studio ensemble, on s’est concentrés sur les influences qu’on avait tous, comme Jay Pol.

Loïc : Il y a quand même un mélange, mais on l’a créé ensemble. Ce qui est intéressant, c’est de voir qu’on ressort avec un album qui ne ressemble pas à ce qu’on peut chacun écouter. Quand je l’écoute, je me dis : « Je n’aurais jamais pu composer un truc pareil ». Je ne dis pas qu’on a créé un truc nouveau parce que c’est un peu prétentieux de dire ça, mais je pense qu’on est arrivés à créer un truc un peu hors influences. Et un peu décomplexé, parce que ça change beaucoup de style en fonction des morceaux. Musicalement, c’est un album où il y a de la recherche…

Jules : Et très sincère !

Loïc : C’est là que je pense qu’on a réussi exactement ce qu’on voulait. On voulait faire quelque chose d’assez complexe mais qui soit digeste, pop malgré tout.

Vous sentez cette vague un peu plus globale d’hybridation dans ce que font d’autres personnes ?

Jules : Oui ; enfin c’est un peu la tendance, j’ai l’impression, en ce moment. Par exemple, le retour aux années 1980, on n’y aurait jamais pensé il y a quelques années, parce que c’était ultra kitsch. Tout est un éternel recommencement. Aujourd’hui, on rigole des 2Be3, mais il est évident que dans quelques années ça reviendra ! C’est comme la mode vestimentaire, graphique, l’histoire ! Aujourd’hui, le FN fait 30% des intentions de vote ; le IIIe Reich, c’était il n’y a pas si longtemps… Les gens oublient…

Loïc : Je n’ai pas tout compris mais okay ! (rires) La musique électronique est une hybridation, à la base. La musique, c’est des mélanges, donc l’hybridation est partout. Est-ce que le génie, ce n’est pas plutôt d’aller chercher des influences que personne n’avait pensé associer ?

[Digression à l’arrivée de Cédric, le petit nouveau. S’ensuit un débat passionné sur les raisons du succès de Christine and The Queens, Stromae, Jul et Maître Gims.]

Et sinon, jamais de chansons en français, ou peut-être un jour ?

Loïc : Écoute l’album, tu auras peut-être une surprise. Peut-être qu’un petit morceau en français se promène dans l’album, mais peut-être hein ! (rires)

Sortie de Rust & Gold le 7 avril chez microqlima.

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