Rencontre avec Ulrika Spacek

On est un samedi à la Route du Rock, et à 18h pétantes, il y a le concert d’Ulrika Spacek, sous le soleil de plomb du Fort de Saint-Père. En descendant du bus, il est 17h57 et je cours, haletante, jusqu’à la scène. Rien ne peut m’arrêter, ni la queue de festivaliers à l’entrée ni l’appel de la bière. Au loin, j’entends les premières notes de « Beta Male », j’y suis presque.

Après un des plus beaux concerts du festival, j’ai pu rencontrer Rhys Edwards et Rhys Williams, les deux musiciens délicats et sombres à l’origine du projet. Ils tournent depuis moins d’un an mais Ulrika Spacek a su rapidement se faire une place dans la scène rock indé, devenant une très belle révélation de l’année 2016.

Comment s’est formé le groupe ?

Rhys Williams : On est amis de longue date, on s’est rencontrés à l’école. L’idée du groupe a vraiment commencé quand Rhys est parti vivre à Berlin pendant quelques mois et que je suis venu lui rendre visite.

Rhys Edwards : Oui, on a commencé à en parler quand on était là-bas. Le concept a été imaginé à Berlin.

L’idée de former un groupe est partie d’un concert en particulier auquel vous avez assisté ?

Rhys Williams : Je me souviens qu’un soir on avait écouté beaucoup de chansons dont « Bunker Buster » de Viet Cong.

Rhys Edwards : Oui, on a passé une superbe soirée à écouter de la musique et on s’est dit qu’on voulait en faire ensemble. Ça faisait des années qu’on écoutait de la musique ensemble mais c’était la première fois qu’on osait franchir le pas d’envisager d’en créer. Ce soir-là on a plaisanté sur le fait que notre musique sonnerait comme si Wooden Shjips reprenait Television. Bizarrement, ce n’est pas si éloigné du résultat.

À cette époque-là, quelles étaient vos plus grosses influences musicales ?

Rhys Edwards : Je me souviens avoir beaucoup écouté White Fence et Ty Segall. On avait aussi l’idée de faire un duo de voix mais ça ne s’est jamais passé.

Rhys, tu as habité quelques temps à Berlin, que pensez-vous de la scène musicale là-bas ?

Rhys Edwards : Il y a bien sûr une très bonne scène techno, la plupart de mes soirées se passaient dans des clubs. Je n’y étais pas assez longtemps pour découvrir une scène plus rock, je ne sais même pas s’il y en a une. Enfin si, il y a un groupe qui s’appelle Camera qu’on aime bien tous les deux.

Le règne de la techno à Berlin a eu une influence sur votre musique ?

Rhys Edwards : Je crois qu’en revenant à Londres de Berlin, le côté répétitif de la techno a sûrement eu un effet sur notre musique. On ne sait jamais vraiment. En comparant la musique que j’avais faite avant, il y a quand même eu un vrai changement. Au lieu de répéter une idée quatre fois, on la répétait dix-sept fois.

Comment se passe le processus de l’écriture ? Vous commencez par trouver un loop de guitare ?

Rhys Edwards : Oui, exactement. La plupart des chansons commencent avec une pédale loop et en ajoutant couche après couche, ne sachant pas vraiment où ça va mener. Parfois j’écris une partie et Rhys en écrit une autre et en général ça fonctionne ensemble.

Vous avez joué au Paris Psych Fest, c’était comment ?

Rhys Edwards : C’était cool. Mais, un peu comme aujourd’hui, on a joué en journée sous le soleil. La plupart du temps, à nos concerts, on aime bien avoir les lumières éteintes et des projections vidéos. Pour un festival psyché il y avait très peu de visuels donc c’était un peu différent de ce à quoi on s’attendait. Peut-être que si on était passés à 23h on aurait pu avoir une ambiance qui nous ressemblait plus mais on reste un petit groupe. C’est vrai que c’est plus difficile de se révéler dans certains contextes. Mais sinon on a bien aimé voir Jacco Gardner.

Rhys Williams : Moi j’étais content de voir Woods.

Où avez-vous produit l’album ?

Rhys Edwards : Dans nos chambres. On aimait bien cette manière de faire. La première chose qu’on a écrite est la première chanson de l’album et la première chose qu’on ait faite c’est le looping riff qui débute la chanson, et on a construit l’album en partant de là. On a tout enregistré avec une drum machine et ensuite lorsqu’on a rajouté les autres membres du groupe, on a pu ajouter une vraie batterie. On avait à peu près finalisé l’album et ensuite on a dû former un vrai groupe pour imaginer des versions live des chansons sans trop se soucier de copier l’album. Je crois qu’on pourrait aller plus loin sur cet aspect, on joue encore les chansons de manière trop similaire à l’album pour le moment, en termes de structure. On ne fait des concerts que depuis six mois mais c’est tout de même important de garder les choses nouvelles et fraîches.

C’est quoi vos prochaines dates prévues ?

Rhys Edwards : On a un tour prévu fin septembre à travers le Royaume-Uni et quelques dates en Europe.

Vous vivez tous dans l’est de Londres, comment vous sentez-vous dans la scène musicale londonienne ?

Rhys Edwards : Je ne peux pas critiquer Londres, ça nous a tout apporté. On a organisé notre soirée, on a un studio que l’on partage avec d’autres groupes et tu n’as pas forcément ces choses-là partout. Mais ça devient de plus en plus compliqué avec le prix des loyers. Je pense que Londres et Paris sont des villes très similaires, il y a une certaine difficulté en tant qu’artiste, il faut travailler très dur, enfin sauf si tu es riche bien sûr. Un jour il y aura un basculement où cette lutte pour y arriver deviendra too much. Quand tu essaies de faire de la musique mais que tu bosses cinq nuits par semaines pour payer ton loyer, tu es exténué et à un moment donné les gens vont dire « Fais chier, je me tire autre part ».

À propos de ces soirées que vous organisez à Londres, « Oysterland », pensez-vous les exporter dans d’autres villes ?

Rhys Williams : C’était l’idée initiale. On doit juste s’assurer que l’on peut se permettre de défrayer le voyage des artistes que l’on soutient jusqu’à Paris par exemple. Pour le moment on peut à peine se payer notre propre voyage.

Vous allez jouer en France prochainement ?

Rhys Edwards : Il y aura un concert à Paris et un à Lyon.

Vous en êtes où avec votre deuxième album ?

Rhys Edwards : On est en train de le mixer en ce moment. On profite du fait que l’on a encore toute notre créativité, ça peut s’évaporer à tout moment. Là, on est vraiment prêts à sortir le deuxième projet. Pour tout te dire, après la sortie du premier album, on l’a écouté une fois lorsqu’on a reçu le vinyle, pour des raisons sentimentales, puis on s’est tout de suite mis à préparer le second.

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