Rencontre avec Luis Alberto Rodriguez, Prix du Public au Festival de Photographie d’Hyères

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Les corps de Luis Alberto Rodriguez sont des figures harmonieuses, se mouvant dans une dimension indéfinie. Isolés en dehors du temps, ces personnages étranges apparaissent comme des entités mystérieuses et magiques.

En utilisant des tissus et des matériaux bruts, Rodriguez nous parle plus de vêtements que de tendances et questionne le rôle de la couverture qui cache nos corps. Dans cette série, « Patina », il explore la mutation d’une émotion et sort des chemins battus en proposant une nouvelle définition de l’identité.

Ces figures irrégulières, presque monstrueuses, ne sont pas sans rappeler l’univers magnétique de Rei Kawakubo.

Nous avons rencontré le jeune Prix du Public et Prix American Vintage du Festival International de Mode et de Photographie d’Hyères.

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Manifesto XXI – D’où viens-tu ? 

Luis Alberto Rodriguez : Je suis né à New York. Ma famille vient de République dominicaine et j’ai vécu en Europe pendant seize ans, dont les cinq derniers à Berlin.

Tu as beaucoup voyagé. Était-ce pour le travail ? Comment as-tu commencé la photographie ? 

Oui, parce que j’étais danseur professionnel. Je viens de passer un an et demi à apprendre la photographie, cette série est ma première série complète. Elle est une réflexion autour du corps, développée grâce à mon passé de danseur.

Quelle est l’histoire de cette série ? 

J’ai appelé cette série « Patina », cette chose qui se forme naturellement sur des métaux tels que le cuivre et le bronze quand ils sont exposés à l’air ouvert pendant longtemps.

L’idée était de créer un catalogue complet d’un état émotionnel précis physiquement. Ces figures sont très grandes mais en même temps, elles sont recouvertes. Elles sont entièrement cachées par des vêtements et des tissus variés, c’est une tentative de questionnement de la notion d’identité.

Il était également important pour moi que ces photographies ne soient pas insérées dans un espace-temps précis. J’aime l’idée que cela pourrait se passer maintenant ou bien en 2050.

Comment as-tu cultivé cet intérêt pour les tissus et les textures ? 

Je regarde tout du point de vue des matériaux. J’ai toujours été intéressé par l’esthétique et le design, mais je ne suis pas un créateur de mode ou un styliste. Simplement, j’aime me balader entre tous ces mondes différents. Pour moi, il est très important de dire quelque chose, de faire passer un message, mais l’esthétique aussi compte énormément à mes yeux. Un ami m’a aidé pour le stylisme des photos, mais c’était difficile parfois parce qu’il était aussi protagoniste.

Quelle est ta vision de la mode, et plus particulièrement des vêtements ? 

En termes de mode, j’essaie de ne pas suivre les tendances. Je retravaille constamment mon esthétique. Bien sûr, il y a plusieurs images dans ma tête, parce que nous sommes littéralement bombardés d’images nous indiquant ce qu’il faudrait faire ou acheter.

Je pense que peu importe qui tu es, ce qui est important est d’avoir une vision sur soi-même et sur comment on souhaite interagir avec le monde. Parfois, tu peux voir des gens habillés de façon ridicule, mais tu ne te poses pas de questions parce que c’est cohérent, alors que parfois certaines personnes qui portent la même chose ont l’air déguisées, car ce n’est pas en harmonie avec leur personnalité. Ils souhaitent faire partie de quelque chose et tu le vois.

Comment traites-tu la notion d’identité ? 

Dans beaucoup de mes travaux, je couvre les corps. D’un côté, c’est un choix esthétique, et de l’autre, c’est une manière de me présenter au monde. Je ne suis pas la personne la plus extravertie ; pendant mes années en tant que danseur, j’étais souvent exposé au regard des autres. J’ai donc choisi de couvrir mes personnages et d’offrir une nouvelle vision du concept de corps.

Il est important pour moi que les matériaux qui couvrent ces corps ne soient pas morts, inanimés. J’ai envie qu’il y ait un effet de mouvement, une connexion émotionnelle avec le spectateur. Ces figures représentent peut-être ma propre relation avec le reste du monde.

Le fait d’être issu d’une communauté immigrée a-t-il influencé ton travail ? 

Eh bien, j’ai vécu en Europe pendant plus de seize ans et j’ai toujours été « l’autre ». Quand je vais à New York, c’est la même chose, toute ma famille parle espagnol. C’est vraiment une partie de moi. J’essaie d’en faire une force. Ne jamais considérer comme acquis ce dont on dispose. Il faut bosser dur pour obtenir ce que l’on veut, de la meilleure façon possible.

Quelle est ta maison ? 

Berlin. Sans aucun doute.

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