Rencontre avec Halasan Bazar, folk-rock venu du Nord

© Robert McTaggart

À l’occasion du concert d’Halasan Bazar au Supersonic, nous avons pu rencontrer son leader Fredrik Eckhoff, Norvégien installé au Danemark, pour discuter du nouvel album Burns sorti chez Requiem Pour Un Twister. Marchant sur les pas de figures folk-rock des sixties, Halasan Bazar livre des morceaux teintés d’une mélancolie propre aux pays nordiques dans les paroles, mais dont les mélodies contrastent par leur chaleur psychédélique.

Manifesto XXI – Comment le projet Halasan Bazar a-t-il commencé ?

Fredrik : Je viens de Norvège et j’avais deux groupes avant celui-ci, mais j’ai toujours été très ambitieux, d’une certaine manière. Je ne savais pas où j’allais mais j’ai commencé à enregistrer des morceaux « simples », mais pas si simples vis-à-vis des arrangements. Je jouais les parties de guitare et de batterie tout seul, pour me prouver que l’on n’a pas besoin de beaucoup de moyens ou d’organisation pour produire des morceaux.

Ça a donc commencé comme une usine à chansons. J’avais l’habitude de me poser deux fois par semaine pour écrire une chanson, l’enregistrer et passer directement au morceau suivant. C’est comme ça que j’ai fonctionné pendant trois ans. Mes amis ont commencé à s’y intéresser, et quelques-uns d’entre eux ont proposé de se joindre au projet. C’est par la suite que c’est devenu plus sérieux, avec tous les problèmes financiers que ça engendre. Tout l’argent que l’on gagnait partait dans l’essence ou la location de voitures. C’est assez étrange, je n’ai pas encore trouvé ma place dans l’industrie de la musique. Je suis très soucieux d’offrir un concept plus grand qu’un simple album, donc quand les gens me donnent des retours et des critiques constructives, ça me rend d’autant plus ambitieux et perfectionniste, même si la perfection n’existe pas.

Les arrangements de ce dernier album peuvent rappeler ce qui se faisait dans la scène folk des années soixante. Quels musiciens te servent de mentors quant aux arrangements ?

C’est sans nul doute ce qui se passait en Californie dans les années 1960, le mélange entre des groupes de garage et des groupes plus pros comme The Mamas and the Papas. Tu pouvais vraiment sentir la musique, mais tout était très planifié avec chaque chose à sa juste place. C’est une balançoire entre le sentiment d’écouter la musique en live et le son plus produit. Je suis aussi influencé par des auteurs-compositeurs comme Arthur Lee ou Gene Clark de The Byrds.

Sur un des morceaux issus de la collaboration avec Tara King th., j’entends une voix très similaire à celle de Lee Hazlewood.

Je suis un grand fan ! J’ai toujours voulu faire un album qui s’écouterait aussi bien un dimanche matin que pour faire la fête en soirée. Je travaille dans un coffee shop et commence ma journée à sept heures. Quand je fais le café, je mets de la musique pour tout le monde. J’écoute beaucoup de musique française comme Françoise Hardy, Serge Gainsbourg et d’autres musiciens pop des années soixante.

Il semblerait que vous ayez une connexion spéciale avec la France, au vu de la collaboration avec Tara King th. et votre label, Requiem Pour Un Twister.

La France, selon nous, est très réceptive aux détails. Les gens ici viennent nous parler du son, de ce que faisait la guitare… C’est rafraîchissant. Le mec du blog Foggy Girls Club a été le premier à nous interviewer, et il était très fan de ce qu’on faisait. Je lui ai dit que ce serait une bonne idée que l’on vienne jouer à Paris. C’est ce qu’on a fait et l’expérience de la ville était géniale. Beaucoup de gens sont venus nous voir en concert, ce à quoi on ne s’attendait pas. Ici, les gens sont intéressés par l’écriture des chansons, ils ne viennent pas juste boire des bières et draguer. (rires) Ils ont été curieux et il y a eu de supers échanges après le concert. Au Danemark, si les gens aiment ta musique, c’est moins « officiel ». Ce qui leur importe, c’est la scène et le concept plutôt que les chansons.

Votre premier album s’intitulait How To Be Ever Happy : vous l’avez trouvé, ce bonheur éternel ?

C’est impossible, c’est un titre ironique. Ça provient d’un livre que m’avait offert mon ex-petite amie, à cause de ma dépression de l’époque. Il y avait une super couverture eighties et le titre était How To Be Ever Happy, ce qui m’a paru être la promesse la plus ridicule à faire.

La poursuite du bonheur ou le fait que vous n’arrivez jamais à l’atteindre est un thème récurrent dans vos morceaux. Vous êtes tous des âmes torturées ?

On est juste pauvres et un peu philosophes, mais au fond, on est des gens très heureux. On essaie d’être honnêtes dans tout ce que l’on fait. Tu peux toujours revoir tes ambitions à la baisse, mais on ne peut jamais faire de compromis. C’est pour cela que je ne gagnerai jamais d’argent grâce à la musique, je ne jouerai jamais ce qui est requis pour avoir du succès.

La pochette de votre dernier album, Burns, est assez intrigante et rappelle la couverture d’un album d’Amon Düül II. Quelle était votre réelle inspiration ?

C’est lié au thème de l’album qui est un sentiment, paranoïaque, que le monde va s’éteindre bientôt, mais aussi une recherche d’amour et de chaleur. Je voulais que ça ait une certaine grandeur et que ce soit porteur de références sociales. Je voulais aussi que ce soit déconcertant, de façon à ce que rien ne fasse vraiment sens. J’étais avec une bande d’amis à Pâques et on a fait un clip vidéo qui était une sorte de vision de Pompéi. Le feeling de cette communauté – les gens derrière les costumes – brille vraiment et veut dire beaucoup. On choisit de faire quelque chose de baroque à un moment où tout le monde fait du post-punk eighties.

J’ai longtemps suivi la musique, j’étais collectionneur de vinyles, surtout ceux des sixties. Auparavant, je me tenais au courant de toutes les sorties de musique indé, mais c’est beaucoup de boulot ! Nous sommes des gens du Nord qui jouent de la musique californienne ensoleillée, mais les textes sont assez mélancoliques et sombres, très nordiques finalement. Comme des Asiatiques qui font du surf-rock, d’une certaine manière. La friction entre la noirceur et l’espoir amène une grande force, comme le yin et le yang.

Tu es aussi peintre. C’est une activité qui s’est développée en même temps que la musique ou c’est une passion que tu as depuis plus longtemps ?

C’est assez surprenant, parce que je ne peignais pas vraiment quand j’étais jeune. Un jour, j’ai été blessé dans un incendie, mon oreille et une de mes mains ont été brûlées. J’ai dû rester à l’intérieur pendant dix jours sans quitter la maison pour que mes plaies guérissent. Tous les jours, ma seule ambition était de peindre une toile. C’est comme ça que ça a commencé. Étant musicien, j’avais une mission similaire. Tu peux peindre comme un hobby, comme tu peux jouer de la guitare pour le fun, mais quand tu es habitué à le faire dans un but précis, ça prend tout de suite un autre sens. Craig, le batteur, est aussi un artiste – bien plus talentueux que moi – qui fait beaucoup de gravure sur lino. Il m’encourage vraiment à poursuivre mes peintures. Si d’autres gens sont enthousiastes, l’artiste s’enthousiasme : c’est donnant-donnant.

Quels sont les sujets que tu aimes peindre, en général ?

Comme dans la musique, j’aime peindre des gens qui transpirent une émotion et qui mettent du temps à la comprendre. Je suis devenu accro à la peinture de portraits et d’yeux. Passer d’une page blanche à une personne vivante est assez magique, un homme peut se changer en femme en quelques coups de pinceau. J’ai fait une petite expo à Copenhague. J’ai vendu quelques-unes de mes œuvres donc ça s’est plutôt bien passé !

Fredrik Eckhoff, The Outlaw

Quelles sont vos salles favorites à Paris pour jouer ?

L’Espace B était notre première salle de concert à Paris, mais je pense que ça n’a pas beaucoup d’importance. Ce qui est important, ce sont les gens présents au concert. Il y a des gens qui nous suivent depuis un moment et qui viennent nous voir à chaque fois que l’on joue à Paris, qu’importe la salle.

Tu as créé le festival Endless Summer. Peux-tu m’en dire un peu plus ?

Comme tout, ça a commencé comme une excuse pour rassembler tous mes amis musiciens et faire un barbecue. Dans notre scène à Copenhague, on est à peu près sept groupes, donc on s’est dit que ça ferait un beau festival. On aime tous se poser au soleil et boire des bières, c’est une ambiance très relax de fête et de rassemblement lors d’une belle journée d’été. C’est assez drôle que je l’appelle Endless Summer, parce que je suis souvent très stressé pendant l’organisation du festival. (rires) L’année dernière, le festival a eu beaucoup de succès, j’ai trouvé que le nombre de gens présents était supérieur à la qualité de la programmation. Il n’y avait aucune tête d’affiche. Ça veut dire que les gens nous font confiance, ils connaissent le concept sans forcément connaître le contenu. Cette année, ça se passe le 10 juin et il y aura onze groupes, dont des étrangers pour la première fois !

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