Rencontre avec Morfine, dj/productrice parisienne

Manifesto XXI – Comment as-tu commencé la musique ? Tu viens d’un parcours classique ?

Morfine : J’étais au conservatoire depuis toute petite, j’ai aussi été en classe à horaires aménagés musique en clavecin. J’ai tenu jusqu’au troisième cycle, et après j’ai dû arrêter car ça demandait un temps et une discipline que je n’étais plus prête à supporter. Et puis, le classique c’est bien, mais je ne me voyais pas jouer des préludes et fugues toute ma vie, et j’aimais déjà bien l’électro…

Manifesto XXI – Tu as découvert la musique électronique plutôt à l’adolescence du coup ?

M : Oui, et j’ai eu de la chance, vu que mes parents ne pouvaient pas m’acheter un vrai clavecin, ils m’ont acheté un synthé un peu bas de gamme mais rigolo, et j’avais téléchargé Fruity Loops pour m’enregistrer. C’est à partir de là que j’ai commencé à bidouiller. Ensuite, vers mes 19 ans je m’y suis vraiment mise plus sérieusement, j’ai téléchargé Ableton, acheté un contrôleur MIDI, etc…

Manifesto XXI – Tu travailles aussi dans la musique à côté de la production ?

M : Oui, en ce moment je travaille pour Concrete et Weather Festival, et je suis pigiste pour Tsugi ! Je suis aussi inscrite en master d’Arts Plastiques en parallèle, histoire de voir d’autres horizons.

Manifesto XXI – Tu as des sorties de prévues pour bientôt ?

M : Là, j’ai plein de morceaux dans les tiroirs, mais il manque juste quelques finitions dessus avant de les sortir, et un peu de temps ! Sinon avec Goldmin, le label sur lequel je viens de publier l’EP, on parle d’un album, d’un petit clip…

Manifesto XXI – Tu te produis déjà en DJ set ou en live ? Ou tu as des projets en ce sens ?

M : Le live c’est vraiment ce que j’aimerais faire, mais ça me fait un peu flipper d’être seule à gérer ça. Il faut que je m’y plonge sérieusement… ou sinon j’aimerais vraiment travailler avec quelqu’un là-dessus, mais il faut trouver le bon binôme. Par contre je fais déjà des DJ sets, oui !

Manifesto XXI – Si tu montes un live tu te verrais jouer quoi ?

M : Clavier, voix, puis tout ce qui est gestion de l’électronique. Avec l’ordi on peut devenir femme-orchestre !

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Manifesto XXI – Quelles sont tes influences ?

M : Je ne me limite vraiment à rien… J’écoute beaucoup de techno, pas mal chelou, expérimentale, toujours beaucoup de classique, du hip-hop, des vieux trucs des années 80… Je pense que c’est important de se nourrir de tout. J’ai même écouté du Michel Delpech à l’annonce de sa mort ! Et j’avoue régulièrement regarder ce qu’il se passe dans la pop commerciale. Sinon je sors beaucoup à Paris, il y a toujours mille choses qui se passent, j’ai vu par exemple de bons lives cette année comme Voices From The Lake, Drew McDowall, Fatima Yamaha…

Manifesto XXI – Est-ce que tu peux nous parler un peu de comment tu composes ?

M : Je ne me pose pas de questions, je compose vraiment au feeling. Je pars souvent d’une mélodie, d’un sample, puis j’ajoute un rythme, et enfin la voix. Après l’inspiration varie, je peux faire une track en une nuit comme en six mois… En général, c’est toujours sur le coup d’une émotion forte.

Manifesto XXI – Comment tu caractériserais ton style ?

M : Je dirais que c’est un peu de l’électro mignonne, un peu mélancolique… Là l’EP que j’ai sorti c’était exclusivement des chansons d’amour donc ça ne pouvait pas trop être autre chose… Morfine pour moi ça sera toujours quelque chose d’un peu sentimental. Je le vois vraiment comme ça. C’est vraiment quand j’ai besoin de déverser un trop-plein, c’est là où parfois je vais faire une track en une nuit, un peu comme une « thérapie » !

Manifesto XXI – À côté de Morfine tu as aussi un autre projet électronique, Roman Delore, pourquoi ce choix de deux projets différents ?

M : Le projet Roman Delore est beaucoup plus techno, ambient, bizarre… Alors que Morfine, je chante dessus, c’est plus ‘deep’, etc… c’est pas le même délire. Stylistiquement pour moi c’était incompatible de mélanger ces projets. Donc j’essaie de jongler entre les deux, c’est clairement de la schizophrénie ! Il y a des jours où je me sens Morfine, et d’autres Roman Delore. D’ailleurs j’ai deux EPs qui sortent en ce début d’année sous cet alias (sur les labels Aperçu et Unsold Family).

Manifesto XXI – Un mot de la fin ?

M : Je trouve que les gens hésitent de moins en moins à se lancer dans la musique électronique, et je trouve ça cool. Par contre je trouve que c’est toujours difficile d’être une femme dans ce milieu. J’ai l’impression que les gens sont plus critiques, que tu dois fournir plus d’efforts et qu’on te juge plus durement, en particulier en ce qui concerne la production et notamment dans le milieu techno. J’ai l’impression que c’est moins naturel pour les gens de voir une fille aux machines. C’est sans doute lié à la tradition masculine de l’ingénierie… Par exemple récemment, j’ai entendu des critiques insupportables de mecs sur Nina Kraviz, alors qu’elle a clairement fait ses preuves, et qu’elle mène super bien son label. Quand il s’agit d’une femme on entend trop de « c’est grâce à son physique », « elle a couché pour réussir »… et tu ne peux pas t’empêcher d’avoir peur qu’un jour on te jette les mêmes réflexions à la figure.

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