Rencontre avec Les Gordon

MXXI – Pour commencer est-ce que tu peux présenter un peu ton parcours personnel dans la musique ?

Les Gordon : Alors moi j’ai commencé par le classique à l’âge de 8-10 ans, par le violoncelle, donc tout le parcours un peu des jeunes musiciens… conservatoire etc… j’ai passé mon diplôme de fin d’études en violoncelle. Après j’ai été aux Beaux-Arts de Rennes pour mes études, donc c’est pas que j’ai laissé le violoncelle de côté mais disons que je me suis un peu plus focalisé sur les études en dessin. Mais du coup j’avais quand même envie de faire de la musique, donc j’ai continué à faire du violoncelle, à donner des petits cours… mais j’avais aussi envie de faire d’autres instruments, parce qu’en fait à la base quand je me suis inscrit au conservatoire je voulais faire du piano, mais il y avait trop de monde pour cet instrument du coup j’ai fait violoncelle… donc je me suis dit ben tiens je referais bien de la guitare, du piano, quelque chose… j’avais envie de jouer d’un instrument harmonique. Du coup je me suis mis plus à la guitare, voilà c’était à l’époque, quand t’as 20 ans… tu te dis allez je vais faire d’un autre instrument! Et en même temps j’ai commencé à m’intéresser à tous les logiciels genre Fruity Loops et tout, et j’ai trouvé ça cool de pouvoir faire soi-même son propre son. Et à partir de là je me suis vraiment intéressé à sampler, à commencer à m’enregistrer moi-même, etc… et à apprendre à jouer de nouveaux instruments mais dans une optique de composition.

MXXI – Et du coup tu as continué tes études d’arts plastiques ? Tu as dû faire un choix au bout d’un moment entre le dessin et la musique ?

LG : J’ai fait 3 ans aux Beaux-Arts, et après j’ai fait une école spécialisée en dessin pendant 5 ans. Donc j’ai fait de longues études en dessin, et à un moment donné je me demandais est-ce qu’il faut que je me rabatte plus en musique ou en dessin… le dessin c’est parce que ça a toujours été très présent dans la famille, donc naturellement je me suis dirigé professionnellement dans cette voie, mais au final la musique a complètement pris le dessus, et là je ne fais quasiment plus que ça.

MXXI – Quand est-ce qu’a débuté le projet LES GORDON précisément ?

LG : Il a débuté il y a 3 ans et demi, j’avais eu un certain nombre d’expériences avant, fait beaucoup de rencontres, j’ai passé beaucoup de temps à apprendre les principes de la composition, la production… Donc là j’ai redémarré sous un nouveau nom, j’ai développé ce projet là à fond, et c’est devenu mon objectif principal. Et je me suis lancé en live il y a seulement 2 ans, parce que j’ai attendu de me sentir vraiment prêt.

MXXI – Dans tes compositions, quelles sont les lignes que tu enregistres en les jouant sur un instrument et non en les programmant ?

LG : Alors la guitare, la basse des fois quand j’ai besoin, des synthés… et sinon des claps ou percussions… enfin tout ce que je peux enregistrer je le fais. Et les voix ce sont toujours des a capella que je récupère.

https://soundcloud.com/les-gordon/sets/saisons

MXXI – L’année dernière tu étais programmé aux Transmusicales de Rennes, qu’est-ce que cette expérience a changé pour toi?

LG : Alors c’était vraiment une super expérience, ça c’est indéniable, mais le problème, on en a parlé en interne avec tout le monde, c’est que je suis passé trop tôt, personne me connaissait à l’époque… En plus je ne suis pas passé vraiment en tant qu’artiste, j’étais dans le line-up entre un groupe chinois et Stromae, ce qui fait que les gens sont tous allés boire des coups avant Stromae, et en plus les gens n’avaient pas l’air de capter que c’était vraiment un live. J’étais plutôt annoncé en dj set, sachant que je suis souvent victime de cet amalgame depuis que j’ai commencé, et je travaille d’ailleurs beaucoup sur mes productions pour leur donner de plus en plus un aspect live dans le but d’éviter cette confusion. En live je joue vraiment mes compositions, et ça je veux le revendiquer haut et fort, il y a une vraie différence entre le dj set et le live, et le public actuel ne fait souvent pas bien la distinction… C’est un peu dur après quand toi t’as bossé à fond que les gens croient que tu passes juste du son qui n’est pas de toi… Donc pour revenir à ta question sur les Trans je suis passé trop tôt, quelques pros qui ont pu avoir le fil des choses, mais tout s’est vraiment déclenché avec mon nouvel EP Saisons, grâce à ma manageuse, que je remercie énormément au passage. Grâce à ses contacts elle a pu envoyer mon nouvel EP à quelques médias très ciblés comme les Inrocks, la Sourdoreille, Tsugi… L’article de Tsugi a eu de grosses retombées, ça a fait beaucoup parler de moi, j’ai eu des propositions, notamment de la part d’ Allo Floride, avec qui j’ai finalement signé.

MXXI – Je pense que je ne dois pas être la première à faire un rapprochement entre ton travail et celui de Fakear, d’ailleurs également signé chez Allo Floride, est-ce que c’est une filiation que tu revendiques ?

LG : Disons qu’on est une génération de beatmakers et que du coup on est nombreux à utiliser les mêmes techniques… Mais par contre mon atout c’est que vraiment j’enregistre tout, tout ce que je fais au niveau guitare, violoncelle… et pour la suite j’aimerais bien que certains instruments soient joués en live. En tout cas je pense que nos chemins artistiques  ne vont pas tarder à se séparer et que nos univers et partis pris vont peu à peu s’éloigner l’un de l’autre.

MXXI – Est-ce que tu peux expliquer un peu le choix du visuel de ton EP Saisons?

LG : Ben l’EP Saisons il s’est fait… voilà je vais en parler un peu mais… il s’est fait pendant une rupture amoureuse personnelle, mais ça ça n’influe en rien par rapport à la composition, enfin peut-être un peu l’état de la musique… en tous cas pour moi cet EP c’est un peu la fin d’une étape. C’était la fin du printemps, donc symbolique de cette période de l’année, de la rupture avec ma copine, d’une certaine émotion parce qu’il n’y avait pas forcément que la rupture, c’était aussi la fin de la collaboration avec mon manageur… il y a toute une étape comme ça qui a pris fin, donc pour moi cet EP représente un renouveau. Et d’ailleurs ça s’entend bien puisque cet EP se différencie pas mal de mes anciens EP, j’avais besoin de repartir sur une autre base. Le sigle japonais veut dire « saison », et en fait mon grand-père était japonais, et pour moi la fin d’une étape c’est toujours un retour aux racines. La photo a été prise derrière chez moi, il y a eu un ciel un moment donné qui était dégagé, je sais pas, voilà, c’est toujours des instants comme ça… et je l’ai prise à ce moment-là, c’était quelques jours après la rupture je crois, j’avais besoin de ce renouveau et quand il y a eu ce ciel là, je l’ai prise. Donc c’est une signification personnelle, mais en même temps, ce qui m’a énormément touché c’est les gens qui m’ont envoyé des messages sur soundcloud en disant qu’ils avaient ressenti la présence d’une émotion, qu’ils étaient vraiment atteints par une émotion en écoutant l’EP, et pour moi c’était le but de ces chansons, de transmettre l’émotion que j’avais au fond de moi. Sur le prochain EP ça va peut-être se ressentir moins mais il y a une espèce de continuité au niveau musical, des guitares surtout, c’est un peu plus positif on va dire, mais ça reste dans cette même lignée.

MXXI – J’ai remarqué que tu publiais un certain nombre de remix à côté de tes compositions personnelles ; qu’est-ce que tu trouves intéressant dans ce travail là, toi qui justement défend beaucoup l’idée de création originale ?

LG : Ah les remix… ça c’est une autre partie ! Alors déjà je différencie les remix et les edits… Les remix j’ai commencé à en faire de manière un peu non-officielle, vraiment pour travailler ma production, ma technique. Donc pour moi les remix c’était une énorme source de plaisir, de travailler justement sur des voix et de pouvoir s’amuser. Au fur et à mesure je me suis dit que c’était super cool et tout, mais que je voulais m’attaquer à des remix officiels, donc au fur et à mesure j’ai commencé à faire des demandes etc… Mais donc oui à la base c’était vraiment pour apprendre, progresser en production. Et du coup j’ai dérivé un peu sur les edits parce que je trouvais ça marrant, c’est très en vogue en ce moment de reprendre de vieilles compositions originales, et d’en faire des edits un peu deep ou chill… et ce concept m’a pas mal plu, du coup j’ai essayé de travailler des edits avec des artistes pas forcément connus avec l’idée de les faire découvrir aux gens par ce biais. Donc les edits c’est pas seulement naïf dans le sens où j’ai envie de m’amuser, c’est aussi une façon d’amener les gens à s’intéresser à des artistes qui me tiennent à cœur.

MXXI – Est-ce qu’il y a certains labels, artistes, morceaux… que tu souhaiterais recommander à nos lecteurs ces temps-ci? 

LG : Alors déjà Future Classics, Hungry Music, Warp toujours aussi, sinon niveau artistes il y a Ashes, Kazy Lambist, Lxury, Imagined Herbal Flaws, Douchka (on fait de la pub pour Rennes hein !)… après faut pas hésiter à aller voir mes playlists et coups de cœur sur soundcloud, je reposte toujours beaucoup de choses…  Sinon comme morceau j’ai beaucoup écouté Pham de Blackouts ces derniers temps…

MXXI – Un petit mot de la fin?

LG : Ben… avec tout ce qui se passe en ce moment j’ai envie de dire… restez unis… surtout pas se dissoudre et continuer à vivre, c’est très important!

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