Rencontre avec Charles Moothart de CFM

Derrière l’acronyme CFM, il y a Charles Frances Moothart que vous connaissez sûrement comme le guitariste de Fuzz, le batteur du backing band de Ty Segall et le coéquipier de Mikal Cronin dans Moonhearts. Après avoir bourlingué avec tous les protagonistes de la scène garage de la côte ouest américaine, Moothart s’essaye en solo avec un premier album, Still Life of Citrus and Slime, sorti en 2016, puis un deuxième Dichotomy Disaturated, en avril dernier. On a profité de son passage au Levitation France pour en savoir plus sur le petit génie du riff.

Manifesto XXI – Tu as toujours tourné avec des groupes, qu’est ce qui t’a poussé à te lancer en solo ?

Charles : Ce n’était pas une décision réfléchie, j’ai juste commencé à écrire des chansons et je voulais voir comment je me débrouillais tout seul, jusqu’où j’arrivais à pousser certaines idées. J’ai traversé une période assez sombre et dure et j’avais besoin de sortir des souffrances enfouies en moi. Les chansons se sont enchainées les unes après les autres et sans m’en apercevoir, j’avais assez de morceaux pour faire un album. Une fois l’album terminé, je voulais voir ce que ça donnait en live donc j’ai appelé quelques amis pour jouer avec moi.

Tu as l’impression que d’avoir fait partie de Fuzz et du groupe de Ty Segall t’a fait grandir musicalement ? C’était une expérience d’apprentissage ?

J’ai beaucoup appris de toutes les expériences musicales que j’ai pu avoir et ça continue encore à ce jour. À chaque concert, j’apprend quelque chose de nouveau sur mes capacités. Naturellement, je m’inspire des gens avec qui j’ai joué et vice versa.

Si tu avais sorti ton projet solo avant qu’il ne se passe quoi que ce soit avec ta bande, ton son aurait-il été différent ?

C’est difficile à dire. On a tous grandi côte à côte. Bien sûr, si c’était sorti quelques années en arrière, ça aurait été extrêmement différent. J’essaye de faire en sorte que les choses changent constamment et avec ce nouveau projet, j’ai voulu m’éloigner de tout ce que j’ai pu faire auparavant, parce que je veux grandir et en apprendre davantage sur la composition et l’écriture. Globalement, je pense que l’album aurait été similaire parce que j’aurais suivi la même volonté d’être le plus sincère possible et en symbiose avec ce que je traverse à un moment précis.

Peux-tu me raconter l’histoire derrière l’élaboration de ton premier album Still Life of Citrus and Slime ?

J’étais dans une humeur très introspective. Je traversais une rupture difficile et je m’enfermais dans ma chambre durant douze heures d’affilée. C’est à ce moment là que j’ai commencé à enregistrer des idées et que je commençais à me demander ce que je voulais faire exactement. J’écrivais des paroles pour sortir tout ce que j’avais sur le cœur. C’était vraiment dans un esprit expérimental, que ce soit dans la manière d’enregistrer ou de composer.

Le dernier titre de l’album me fait penser à « Deutsch Nepal » de Amon Düül II, c’est un groupe que tu écoutes ?

J’adore ce groupe mais je ne suis pas sûr de connaître ce morceau-là. C’est super que ma musique te fasse penser à Amon Düül II !

L’enchaînement des morceaux sur l’album peut paraître déroutant puisque certaines chansons s’arrêtent brutalement comme si on changeait de piste. C’était voulu ce sentiment d’urgence ?

Oui, complètement. Sur certains titres, c’était intentionnel. J’aime bien quand un album ne s’arrête jamais, comme un flux constant. Certains des enchaînements sont accidentels, parce que quand j’enregistrais, il m’arrivait d’arrêter brutalement et j’ai trouvé que ça sonnait plutôt bien donc je l’ai gardé.

Tous tes morceaux ne sont pas enregistrés de la même manière, quelle dynamique voulais-tu créer en changeant de matériel ?

Le dernier morceau a été enregistré sur une enregistreur 8 pistes à cassette, dans ma chambre avec des synthés, mais le reste est fait avec un Tascam 388. J’étais dans une phase d’expérimentation donc au fur et à mesure que je traversais les chansons, j’apprenais de nouvelles techniques d’enregistrement. Le dernier morceau a été fait avant d’enregistrer quoi que ce soit d’autre et finalement j’ai bien aimé le rendu très brut. Je ne pourrai jamais recréer ce son, c’est littéralement de la musique de chambre.

Tu as sorti ton deuxième album Dichotomy Desaturated en avril dernier, un LP qui sonne beaucoup plus lourd. 

Lorsque j’ai composé mon premier album, j’enregistrais le second album de Fuzz en même temps donc tout le côté « heavy » allait dans la direction de Fuzz. En écrivant Dichotomy Desaturated, je suis allé du côté de styles que j’avais l’habitude de jouer tout en expérimentant avec les mélodies. Trouver des mélodies est la partie la plus difficile pour moi. Je ne sais que faire des riffs. (rires)

Ça t’arrive d’être à court de riffs ?

Carrément. Mais je suis constamment en train de jouer et trouver des idées que j’enregistre avec mon téléphone. S’il m’arrive d’être à court d’idées, je peux fouiller dans mes archives et les jouer à nouveau. Si tu écris un riff et que tu n’y penses plus pendant trois mois, lorsque tu te penches dessus à nouveau, tu peux l’emmener dans une toute autre direction. Tu l’entends de manière totalement différente. Ça m’amuse beaucoup.

Tu expérimentes beaucoup avec des machines et des synthés au quotidien ?

Je ne suis pas un nerd de ces trucs-là mais j’aime beaucoup jouer avec des synthés. Je ne les comprends pas très bien donc c’est toujours un peu aléatoire. Les meilleures choses viennent d’essais sur des machines qui te sont plus ou moins inconnues, ça donne quelque chose de pur. Toi-même, tu ne sais pas ce que tu essayes de faire.

Avec ce projet solo, c’est plus facile pour toi de passer plus de temps à improviser sans personne pour valider ton travail ?

Oui et non. J’ai davantage confiance en mon habilité à créer quelque chose de toutes pièces mais je continue à apprécier le travail en équipe. C’est toujours intéressant d’avoir une perspective extérieure. Je pense que, bizarrement, travailler seul peut avoir ses limites. J’ai quand même réussi à écrire des morceaux et en être satisfait.

Tu as quand même reçu de l’aide de ta bande de potes musiciens ?

Je jouais souvent mes morceaux pour mes potes et je leur demandais leur avis. Lorsque j’ai enregistré le deuxième album, Ty Segall l’a mixé et était à mes côté pendant la majorité du processus d’enregistrement. Quand je faisais une prise de voix, je lui demandais ce qu’il en pensait, c’était important pour moi d’avoir son avis.

La scène garage californienne est bien connue pour ses nombreux groupes aux esthétiques similaires. Vous vous inspirez mutuellement ?

Tous les gens que je connais sont très ouverts et sont prêts à tout partager avec leurs amis mais en même temps ils ont envie de faire leurs trucs à leur manière et de leur côté. Pour être franc, il y a des groupes qui commencent à sonner un peu pareil. En conséquence, beaucoup de groupes autour de moi essayent de se distancer de cette scène parce que ça devient saturé. Tu peux toujours savoir si un projet est pur et sincère et ce n’est pas toujours le cas. Il n’y rien de mal de s’inspirer de groupes que tu aimes mais il faut le faire bien et respectueusement. J’espère que c’est un tremplin pour des groupes qui trouveront, éventuellement, leur propre son.

Tu penses que la Californie est un endroit qui offre beaucoup d’opportunités pour un groupe qui débute ?

Mon avis est probablement un peu biaisé mais je dirais que oui. Il y a énormément de groupes et énormément de monde. C’est bizarre parce que j’ai du mal à décider où je veux vraiment faire des concerts, pas que je sois en mesure d’être exigeant. C’est une période étrange pour Los Angeles, beaucoup de salles indépendantes ont dû fermer. Le rock se popularise à nouveau, ce qui est bien mais qui rend les choses plus difficiles pour la communauté DIY puisqu’il y a plus de monde intéressé mais pas autant qui sont prêts à soutenir la scène indépendante. C’est triste.

Il y aussi eu un regain d’intérêt général pour le doom et le stoner, un avis sur le phénomène ?

En réalité, ce n’était jamais parti mais il y a juste une nouvelle partie de la population qui s’y est mise. Des groupes de stoner, il y en a eu depuis toujours. C’est l’exemple classique d’un groupe de gens qui commencent à faire ou aimer quelque chose, ce qui en encourage d’autres à faire de même. Quand j’ai commencé à jouer de la musique, ce n’était pas très cool de faire du rock « classique ». À ce moment-là, tout le monde faisait du punk et la culture populaire était sur un tout autre hémisphère. J’ai vu le garage revenir en puissance et maintenant ça se mue en quelque chose de plus heavy et fuzz. Je pense que les gens sont juste influencés par leur entourage et les effets de mode.

Black Sabbath semble aussi être plus populaire que jamais. Qu’as-tu pensé du dernier album, d’ailleurs ?

J’ai bien aimé. Pour ce que c’est, j’ai trouvé ça pas mal. Par contre, je ne suis pas très content de la situation Bill Ward. C’est impardonnable. Concernant la musique, je dirais que c’est un album cool. Ça me fait plaisir de voir ce genre de groupe revenir sur le devant de la scène. Je suis content de voir que Sleep joue encore devant des milliers de gens.

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Retrouvez CFM sur :

In the Red Records

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