La recette du génie

Le génie. Un terme aussi vaste ne peut qu’être difficile à définir. Nous, jeunes adultes, véritables cerveaux vivant au rythme des théories philosophiques de Sartre, Kant, Nieztche; des références permanentes à de grands artistes comme Picasso, Leonard De Vinci, Hitchcock, Mozart, Baudelaire (pour faire dans le très cliché), nous ne saurions distinguer un génie d’un « simple» homme talentueux.

A l’inverse, demandons à un enfant de 4 ans ce qu’est un génie, il nous répondra, le plus simplement et innocemment du monde : «Un génie ? Bah…c’est bleu, ça sort d’une lampe et même qu’il aide Aladin à devenir un prince !» La vérité sortant toujours de la bouche des enfants, nous avons la réponse : un génie fait rêver… et un génie est aussi très rare. (Désolé de vous décevoir, mais, en effet, on ne croise pas une lampe magique tous les quatre matins.)

Le plus souvent, un génie est tellement rare qu’il n’est désigné comme tel qu’après sa mort. Einstein, exemple sans doute le plus évoqué pour parler du génie, impressionnait pour ses capacités intellectuelles hors du commun et ses découvertes scientifiques révolutionnaires… A tel point qu’un journaliste américain du nom de Steven Levy, 22 ans après sa mort, se mit en tête de retrouver son cerveau afin de révéler au grand jour le « secret du génie » et d’en réaliser un film. Une sorte de chasse au trésor à la Indiana Jones… en plus intellectualisée. Après de longues recherches, il finit par retrouver le fameux cerveau… au Kansas, chez un certain Thomas Harvey, le pathologiste qui avait procédé à son extraction et qui, sans doute par nostalgie, l’avait gardé en souvenir (un truc glamour quoi). La presse s’empare du sujet : enfin, nous allions savoir comment nait un génie et même, peut-être, en devenir un. Malheureusement pour nous, et je suis au regret de vous l’apprendre, après de nombreuses études scientifiques, personne n’a jusqu’alors décelé de «traces atypiques de génie» dans le cerveau d’Einstein.

Ainsi, nous ne naissons pas génie, nous le devenons.

Mais alors, comment se convertir en génie ? Si l’on s’en tient au génie bleu d’Aladin, il semble qu’un génie puisse réaliser les rêves les plus fous et inimaginables. Un génie, ce serait quelqu’un qui dépasse les limites imposées. Qui rêve de quelque chose de grand. Qui innove. Qui crée. Qui touche, qui marque les personnes qu’il l’entourent. Qui sublime ce qu’il fait. Tout le monde pourrait donc devenir un génie ou du moins, un jour, être considéré comme un génie. Bon, peut-être pas pour des choses aussi futiles que réussir à ouvrir un pot de confiture jamais ouvert… quoique. Vraiment ?

Non, les génies semblent avoir ce petit plus, cette chose inexplicable qu’ils arrivent à transmettre pour accomplir des projets grandioses. Le génie dans Aladin est grandiose parce qu’il est magique. Dans la vie réelle (je ne voudrais pas vous ôter votre âme d’enfant mais non, le pays des merveilles n’existe pas), un génie est grandiose parce qu’il apporte quelque chose de différent. Là, tu te dis que, toi aussi, tu as réalisé tes rêves; toi aussi, tu crois en l’amour éternel et toi aussi, tu apportes quelque chose de différent parce que tu fabriques des bobs en laine et que, par conséquent, tu es un génie. Pas faux. Et pourtant, si je ne m’abuse, tu n’es pas considéré comme tel. Ce monde serait magique, si l’on considérait que les génies le sont tout simplement parce qu’ils possèdent des sensibilités ou des talents prodigieux.

C’est la société qui décide qui est génie, qui ne l’est pas. Le génie est arbitrairement désigné par le collectif. Je ne veux pas remettre en cause ici le génie musical de Mozart, loin de moi cette idée. Je veux seulement montrer qu’aujourd’hui, être un génie demande aussi et inévitablement d’être considéré comme tel. Une sorte de monopole du talent incontestable.

Et pourtant, j’ose encore espérer qu’un homme qui ne fait pas l’unanimité puisse être vu comme un génie. Si tu divises la critique, c’est que ta création mérite débat, et qu’elle est, par conséquent, intéressante. Tout le monde connaît Tarantino, et alors que certains l’érigent en une sorte de prophète des temps modernes d’autres le considèrent comme simple faussaire. Mais une chose est sure : dans l’imaginaire commun on ne pense pas à lui en entendant le mot génie. Non, toujours les mêmes références : Einstein, Mozart, Proust, Hitchcock, Dolan (et oui essayez de critiquer Mommy en ce moment, vous verrez).
Pourtant selon moi, Tarantino est un véritable génie…. Tout comme l’est mon grand père d’ailleurs.

 

Such a genious
Such a genious

Et toi c’est qui ton véritable génie ? Mozart parce que tout le monde le dit ou Jaco Van Dormael parce que Mister Nobody (son dernier film) t’a incroyablement chamboulé ? Mais oui, voilà c’est ça : le génie devrait être subjectif et l’on a trop tendance à penser qu’il ne l’est pas.

Bref… pour être considéré comme génie en 2014, il faut : faire rêver, être différent, réaliser des choses qui paraissent impossibles, croire en des valeurs universelles, être connu et adulé incontestablement de tous… et ce, encore et surtout, après sa mort.

Comme vous pouvez le constater une vie de génie ne doit pas être facile tous les jours. Et si nous nous contentions de vivre pour ce que l’on aime ? Le génie ne s’attend pas, on ne devient pas génie parce que nous le voulons. Prenons plaisir à vivre, à créer, accomplir nos passions et, sait-on jamais, notre génie jaillira peut-être, sans crier gare, au détour d’une rue, en percutant une lampe… magique.

Jeanne Gouinguenet

image_pdf
Spread the love !
  •  
  •  
  •   
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
More from Jeanne Gouinguenet

Les séries ou l’art de la folie collective

Alors qu’au cours de l’histoire la folie a souvent été redoutée, rattachée...
En savoir plus

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *