Rebecka Tollens expose à la Arts Factory

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© Rebecka Tollens

Rebecka Tollens, découverte par la rédaction grâce à l’affiche réalisée pour la tournée asiatique de Grand Blanc, est présentée dans l’exposition « DAYDREAM / DARKNESS / DISGRACE » aux côtés de Marie-Pierre Brunel et Wataru Kasahara à la galerie Arts Factory à Paris. Vernissage le lundi 30 janvier de 17h à 21h, exposition du 31 janvier au 25 février 2017 (plus d’informations sur l’événement ici). Rencontre avec la dessinatrice.

Rebecka Tollens

Manifesto XXI – Nous t’avons découverte grâce à l’affiche pour la tournée en Asie de Grand Blanc. Es-tu proche du milieu de la musique ? Comment est née cette collaboration ?

Rebecka Tollens : Je suis depuis mon enfance très proche de la musique grâce à ma mère qui était chanteuse de jazz. Travailler au travers des collaborations avec d’autres personnes, d’autres genres de créativité, me donne le mouvement perpétuel que je cherche. Ça rend le travail 3D. Depuis le début, je travaille avec la musique en faisant mes propres projets en dehors de l’école. J’ai rencontré Grand Blanc suite à l’exposition d’Entreprise l’année dernière.

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Affiche pour la tournée en Asie de Grand Blanc, en décembre 2016 © Rebecka Tollens

Il y a d’autres clins d’œil à l’Asie sur ton Tumblr. Es-tu fascinée par l’Asie ?

Je suis toujours dans une quête d’honnêteté, tout repose sur le sensoriel. Ce sont les relations humaines qui me nourrissent, pour moi le Japon est lié à un grand amour. Les signes sur les dessins forment une phrase liée à la rupture de cette histoire.

C’est vrai qu’il y a un mélange de romantisme et de brutalité, notamment dans ce dessin où une femme se baigne dans l’eau. Et cette personne peut les lire, ces signes ?

Probablement, mais je ne suis pas sûre que la personne les ait encore lus.

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© Rebecka Tollens

Quel est ton lien avec le féminisme ?

Avant de commencer à dessiner, je travaillais dans le domaine des droits de l’Homme. Je me suis vite rendu compte, suite à de nombreux voyages, que mon engagement était auprès des humains mais pas de manière politique, plutôt au travers de leur politiques internes. En tant que femme, on s’examine soi et on s’examine l’une l’autre ; on a énormément à apprendre entre nous, au lieu de perdre notre temps à se percevoir comme ennemies.

Et tu ne trouves pas cela chez les hommes ?

La seule différence entre les hommes et les femmes est que les femmes ont dû subir un long processus de conditionnement. En se libérant, on a cette force de pouvoir fleurir ensemble : nous avons un combat commun. Je suis allée en Colombie l’année dernière, où j’ai vécu avec sept sœurs incroyables qui pendant leur enfance et leur adolescence travaillaient dans la rue à Medellín. Ces femmes se consacrent totalement à la lutte pour les autres femmes, et leur volonté inspirante de toujours se relever et exister m’a remplie de force. Vers l’âge de 20 ans, une des sœurs a un jour dit aux autres sœurs qu’elles étaient capables d’apprendre à lire et à écrire pour ensuite parvenir à rentrer à l’université, pour enfin quitter la rue. Le plupart de ces femmes ont aujourd’hui de beaux diplômes universitaires.

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© Rebecka Tollens

Dans tes dessins, on voit que tu abordes des sujets très forts, notamment la sexualité, mais toujours de manière très douce. Comment appréhendes-tu ce contraste entre contenus « dérangeants » et forme poétique ?

On trouve une liberté dans ces obligations. Voir que le noir n’est pas vraiment noir. C’est pour rendre visible ce qui est spirituel en moi. Ce qui peut être considéré comme « dérangeant » me paraît plutôt très naturel. La sexualité, je ne la trouve pas malsaine, et cela ne devrait être une contrainte pour aucune d’entre nous.

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© Rebecka Tollens

Un exemple très révélateur aujourd’hui d’ailleurs : la maison d’édition Taschen vient de sortir un livre qui s’appelle Lesbiennes pour hommes. Ce sont de fausses lesbiennes qui veulent exciter les hommes, juste parce qu’il s’agit d’un fantasme masculin.

Oui, c’est comme quand on abuse des cultures, quand on pratique une sorte d’appropriation culturelle. J’aime un homme comme une femme ; ce qui me dérange, c’est la structure patriarcale.

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© Rebecka Tollens

Tu fais aussi des vidéos ?

C’est un format qui me plaît. J’aime bien m’ouvrir à d’autres formats, je suis aussi DJ par exemple. Je suis en train de préparer une vidéo faite lors d’une performance avec trois femmes. Mes consignes étaient plutôt désordonnées, mais ce qu’elles faisaient à la fin était assez ordonné. On voit juste comment elles interagissent entre elles. J’aime bien observer les réactions, comme si c’étaient des performances sociales.

© Rebecka Tollens
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© Rebecka Tollens
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© Rebecka Tollens

Quel est ton nom de DJ ?

C’est Rebecka Tollens, tout simplement. Je fais une soirée par mois qui s’appelle « Aphrodisiaca ». J’invite des DJs que j’aime et je fais leur warm-up. La prochaine sera fin février, avec la DJ Amanda Liljegren.

J’ai vu que tu avais fait des études de droit ?

Non, c’était une idée mais finalement je ne me suis pas lancée là-dedans.

Pourquoi n’as-tu pas pris cette voie ?

Quand tu sors du lycée, tu dois suivre cette direction que te dicte la société. C’était bien vu de faire du droit après le lycée, et je n’avais pas vu d’autres solutions pour transmettre ce que je voulais dire. Après le lycée, je suis allée au Ghana. En voyant des fresques murales avec des messages relatifs aux droits de l’Homme, aux droits sexuels, etc., ça a déclenché quelque chose en moi. À 21 ans, j’ai décidé d’apprendre à dessiner. J’ai trouvé une liberté d’expression plus évidente là-dedans.

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© Rebecka Tollens

Quelle est ta technique ?

J’ai testé plein de techniques. Mais c’est le crayon, la mine de plomb et la gomme qui m’ont attirée. Il y a déjà tellement à faire avec ça – j’aime me concentrer sur une chose et explorer toutes ces possibilités. Je ne fais que du noir et blanc, sauf quand je fais de la photo. J’ai des images en tête et à partir de cela, je construis des compositions pour illustrer l’invisible.

Tu es née en Suède, mais tu vis en France maintenant ?

Oui. La Terre est ronde, je suis par hasard née en Suède. Les paysages, la lumière m’ont affectée ; mais mes nationalités, en soi, ne me définissent pas.

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