Pretty Lights, Pop Label et Production libre

La mort du disque

Prévue, maintes fois annoncée, désormais établie : le disque n’est plus. Ou en tout cas, n’est plus un objet de consommation courante. Les musiciens, et particulièrement les plus jeunes se sont rapidement adaptés en proposant albums et EP sur des sites. Mais avec le virtuel et le piratage, l’aspect rémunérateur des contenus s’est aussi effondré. Pour les artistes, un premier disque réussi suffit désormais rarement à lancer une carrière. Parallèlement, la donation et le live deviennent deux sources de revenus primordiales, et les cartes peuvent sembler un peu redistribuées : désormais une signature sur un major n’est pas une garantie. Le mirifique canal de production/distribution des majors a une utilité très largement amoindrie par la chute du disque et le fait qu’internet mette directement l’artiste en contact avec son public. Dans ce contexte de mutations de l’industrie musicale, certains labels ont décidé de ne pas s’accrocher aux restes et ont pris le large vers de nouveaux modes de fonctionnement.

Break Science – Forest Of Illumination

Pretty Lights Music, fondé en 2011 aux États-Unis incarne une sorte d’aboutissement de ce que devrait être, de ce que sera un label désormais. A l’origine de ce projet, il y a Vincent Derek Smith, alias Pretty Lights. Il s’est fait connaître du grand public en 2006 avec des tubes tels que Finally Moving et ses « breaks » (lignes de fond musical samplées) terriblement entraînants. De compositeur de musique électronique, il est rapidement passé producteur, à l’instar de français comme Busy P, Yuksek ou le groupe Air. Fédérant une communauté d’artistes, il a réussi à créer un collectif uni par une même vision de la musique, et une même approche de celle-ci. Certains des membres avaient déjà une carrière solo importante, comme Gramatik, tandis que d’autres tels Eliot Lipp ou le groupe Break Science furent réellement dévoilés par le label. Mais les artistes restent libres d’intégrer d’autres labels, et mènent d’ailleurs tous une carrière solo parallèle. Et c’est là tout l’intérêt de la chose : que des musiciens produisent des musiciens par goût pour leur musique, sans contraintes d’aucune sorte.

Gramatik – Muy Tranquilo

Écouter, aimer, donner  

 Mais là où Pretty Lights Music emprunte un chemin encore peu pratiqué, c’est dans la distribution des albums. L’ensemble des albums produits est en effet proposé en téléchargement gratuit sur le site du label. Comment alors subvenir aux besoins financiers du collectif ? En proposant aux fans de donner, de soutenir leur label préféré, via des produits dérivés attractifs, ou des coffrets vinyles des albums. Mais surtout, en tournant. Pretty Lights, c’est des concerts dantesques, aux jeux de lumière époustouflants, aux États-Unis comme en Europe ; des concerts rassemblant parfois plusieurs membres du collectif, ou des invités prestigieux de la scène électro étasunienne, comme Bassnectar.

Pretty Lights – Give Your Love Away (Live At Red Rocks)

Aussi, applaudissements pour Pretty Lights Music, qui contrecarre l’obligation d’une musique calibrée FM pour être financée. Applaudissements pour leur musique chiadée, définitivement moderne, mais qui ne se prive pas d’instruments et de commandes analogiques (notamment sur le dernier album de Pretty Lights, A Color Map Of The Sun).   Malheureusement, peu de dates prévues en France cet été pour le label, hormis à Cannes pour Pretty Lights, et à Carhaix et Strasbourg pour Gramatik. Dans tous les cas, allez donc sur le site du label, téléchargez, et écoutez. C’est gratuit, mais c’est surtout bon.

Paper Diamond – All Green Lights

Théo Millin

image_pdf
Spread the love !
  •  
  •  
  •   
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
More from Manifesto XXI

Le djeunz, cet éternel incompris

Pourquoi la « génération Z » est un nouveau leurre Décidément, la jeunesse stimule...
En savoir plus

1 Commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *