La police aux portes de l’Élysée

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© Taranis News

Ils sont environ 500, vêtus de noir, souvent cagoulés. La seule chose qui les distingue d’une « manifestation sauvage » de la si fameuse « ultragauche » est leur brassard. Les lettres P.O.L.I.C.E. se détachent du bandeau orange, la manif’ ne peut être « sauvage », elle est donc « surprise ». Sous l’œil compatissant de leurs collègues CRS, ils franchissent un barrage, puis deux, puis trois, marchant sur le palais présidentiel. Ils s’arrêtent à la porte de l’Élysée.

La scène s’est déroulée la nuit dernière, documentée entre autres par Taranis News. C’est la troisième nuit consécutive que la police prend la rue, sans appel de la part des syndicats, mais ironiquement, démontrant une très forte capacité d’autogestion. C’est très sûrement une première en France. Des agents assermentés, entraînés, mais surtout armés, échappent totalement au contrôle de l’État. Cette perte de contrôle, nous la devinions au travers de la répression policière extrêmement violente du mouvement social contre la loi Travail. Il n’y a aujourd’hui plus besoin de la confirmer.

Ce n’est maintenant plus le moment de se poser la question des fonctions de l’institution policière. Il n’est pas question de s’échiner à démontrer une nouvelle fois qu’elle est l’instrument du contrôle social. Il existe une littérature abondante sur la question (et par ailleurs, Usul a réalisé il y a peu un travail de vulgarisation intéressant sur le sujet). Ce n’est pas non plus le moment de se demander à qui sont destinés les lance-grenades à « létalité intermédiaire » utilisés en France depuis juin. Non, aujourd’hui il convient de poser une autre question : qui nous protège de la police ?

Dans une vidéo de Taranis News, un policier présent la nuit du 17 explique les raisons de sa mobilisation : il se justifie d’abord en rappelant l’hospitalisation d’un adjoint de sécurité, très grièvement blessé par un cocktail Molotov il y a plus d’une semaine. Il énumère ensuite la dégradation des conditions de travail, le manque de rémunération et de considération. Il met en cause sa hiérarchie et les syndicats incapables de répondre à leur détresse.

Sous pression depuis plus d’un an, la police s’énerve, elle perd pied. Il faut croire que le discours sécuritaire n’a pas arrangé les policiers, maintenant tous en état d’urgence psychologique. On se rappelle du discours d’un CRS dans une autre vidéo de Taranis News, terrorisé, persuadé depuis l’attaque de Charlie Hebdo d’avoir constamment « les terroristes au cul ».

Dans la répression des manifestations contre la loi Travail, la police a compris son rôle. Nous aussi. Comme le note @Babausse sur Twitter : nous savons qu’ils ne sont pas « de gentils policiers souriants attrapant les vilains voleurs comme dans les histoires ». Déconsidérés, « ils tentent de ‘reprendre la rue’ qu’on ne leur laisse plus. Pour l’instant c’est pacifique, mais il va se passer quoi quand on continuera à leur résister ? ».

C’est vrai ça, que va-t-il se passer ce soir ?

Nous n’en sommes quand même pas au 6 février 1934 ? Pas d’amalgame, la police s’autonomise, mais ce n’est pas une milice d’extrême droite ? Peut-être, mais :

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Comme le dirait Gramsci : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ».

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