Pina Bausch : Humanité et animalité

Agua, par Pina Bausch

La danse de Pina Bausch célèbre la vie. La vie à l’état pur, la vie végétale mêlée aux mouvements de l’anatomie que nous offre le corps humain. Elle met en scène le théâtre de la vie à travers le mouvement dansé, tout en laissant entrevoir le sentiment réel de chaque danseur. Entre rêve et réalité, Pina Bausch nous entraine dans le monde de la beauté et de l’esprit humain en osmose avec le corps. Rêve & réalité, esprit & corps, l’artiste nous apprend à célébrer le monde sans antagonismes. La danse classique devient trop formelle bien qu’elle représente la perfection. Pina rend la danse plus théâtrale, une danse terrienne lorsque l’on regarde le Sacre du Printemps. Une danse à la fois terre à terre et du domaine de l’inconscient et de l’irréel…

Pina Bausch dansant dans Café Muller
Pina Bausch dansant dans Café Muller

Le Sacre du Printemps

Pour l’avoir vue sur scène, je peux affirmer toute la puissance de cette pièce. Le bruit des respirations. Le claquement des pas dans la terre battue. Les danseurs sont semblables à de petits insectes. Les costumes sont épurés les visages sont crus. Les pas en groupe expriment toute la puissance de chaque danseur. La sensibilité, la puissance et la violence, la peur, la passion et l’amour, se dégagent de cette scène pleine de poussière qui vibre sous les pas précis des artistes.

Pina Bausch mérite d’être qualifiée de génie parce qu’elle a fait connaître la danse contemporaine gorgée de préjugés engendrés par des pièces hélas médiocres que l’on peut voir parfois. Pina, elle, consacre la danse contemporaine grâce à l’émotion et à ce sentiment de retrouver son humanité comme son animalité. Le but n’est pas forcément de comprendre et d’expliquer les spectacles de l’artiste mais simplement de le vivre, de se laisser pénétrer par les couleurs parfois très sombres, parfois très gaies, par les mouvements à la fois doux, précis et fous, saccadés, sauvages. Les danseurs se retrouvent très souvent réintégrés dans la nature sur scène ou dans la ville. La danse n’est pas qu’une question de technique, c’est un exutoire pour les sentiments, se rappeler que nous sommes hommes dotés d’un corps et d’un esprit qui s’allient et s’expriment à travers la danse.

Mon but n’est pas de retracer toute la carrière de Pina Bausch ni d’analyser ici toutes ses œuvres mais simplement de rendre hommage à cette artiste qui a contribué grandement à ma passion de la danse, de l’expression corporelle plus largement. Elle met en scène les pulsions humaines avec sensibilité et grâce. Combien de fois ai-je pleuré face à ses œuvres ? Jamais je ne me suis sentie plus vivante, faisant partie de l’humanité, qu’en me plongeant dans son univers. Tout comme l’on pense à Dieu durant la messe, je priais Pina et je la prierai encore dès lors que je monterai sur scène pour danser et exprimer à travers le mouvement tout ce que l’on nous demande de retenir et de conserver en soi dans nos sociétés de non-dits et de pudeur. Pina Bausch, une thérapie ? Peut-être bien.

Je vous invite à regarder Pina, de Wim Wenders, un bel hommage à l’univers de l’artiste.

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