Philippe Découflé, vous connaissez ?

"Contact" la dernière création de Philippe Decouflé. © Christian Berthelot

Découflé, génie créatif ?

« Découflé. » Si toi aussi, la simple évocation de ce nom te met de bonne humeur, te donne envie de danser, de rigoler, de chanter, de laisser exprimer ta folie cachée… alors tu es déjà convaincu et cet article ne pourra qu’égayer ta passion.

Mais si, pour toi, ce nom ne peut qu’éveiller le vague souvenir d’un oreiller Habitat, ou à la limite celui d’une table Ikea, alors réserve ton weekend parce, oui, samedi soir, je te l’annonce, tu vas au théâtre voir « Contact ».

« Contact » c’est le nom du nouveau spectacle de Philippe Découflé, présenté en ce moment (les 10 et 11 octobre) au TNB de Rennes, théâtre avec lequel il est associé depuis janvier 2010.

Découflé qui présente sa nouvelle création… Manifesto XXI qui sort un numéro sur le génie. Coïncidence ? Je ne crois pas.

Découflé, découflé… ok c’est peut-être un génie mais en attendant on ne sait toujours pas qui c’est !

Patience.

Philippe Découflé est un metteur en scène.

Sur le fascicule distribué en début de représentation, on peut y lire ceci : « En 1983, Philippe Découflé fonde sa compagnie DCA (…) En 1992, Philippe Découflé met en scène la cérémonie des XVIème jeux olympiques d’Albertville. La reconnaissance est mondiale. (…) Il a créé Octopus (2010), Swimming Poules and Flying Coqs (mettre en scène 2011, Panorama (2012), Beaux arts (mettre en scène 2013). »

Vous l’aurez compris, sur le papier, Découflé impressionne déjà. Mais ce serait négliger toute une démarche créative que de s’arrêter à la simple description de son « CV artistique ». Au delà des ces « performances », il mérite d’être présenté pour ce qu’il offre au spectateur, à savoir le cadeau de véritables moments de bonheur.

Du génie dans les idées

Découflé est, d’abord et avant tout, un artiste qui innove sans cesse pour surprendre le spectateur. Il ne crée pas de style artistique à proprement parler… mais il a inventé un type de mise en scène reconnaissable entre mille. Cette originalité tient dans son courage à oser assumer sa folie. De cette exubérance, il en fait sa force. Il n’a jamais peur du ridicule puisque le ridicule est constamment tourné en dérision.

Lorsque dans « contact », il décide que tous les personnages s’appelleront Jean Jacques, il l’assume jusqu’à la fin. Pour le plus grand plaisir du spectateur. Et oui finalement, pourquoi tout le monde ne s’appellerait-il pas Jean Jacques ?

Le choix de ses danseurs reflète aussi cette ouverture d’esprit : des grands, des maigres, des gros, des petits, des musclés, des barbus… Il semble que n’importe qui de talentueux pourrait intégrer la compagnie DCA. Sans doute aussi une volonté de se détourner de l’archétype du danseur classique… Un spectacle de Découflé, c’est ça : c’est se libérer de toute contrainte, ne rentrer dans aucun schéma dicté… pour entraîner le spectateur dans un monde rêvé, presque enfantin, dans lequel chacun trouve sa place.

Une générosité de génie

Un artiste généreux est un artiste passionné dans tous les sens du terme. Chez Découflé, la passion est exaltée, sublimée. Il n’a jamais peur d’en faire trop et évoque tout sans retenue. N’importe quel sujet pourrait être traversé au cours du spectacle : la magie, la religion, les comédies musicales, l’amour, le désir… autant de matière abordée dans « Contact ».

Plus ces thèmes sont exagérés, poussés jusque dans leur cliché les plus évidents, plus le spectacle en est réjouissant.
Lorsqu’il fait allusion à la religion, dans une référence à l’œuvre cinématographie de Murnau : Faust une légende allemande… (Référence sans doute reconnue par les plus érudits d’entre nous… ou par ceux qui auront lu le fascicule d’avant spectacle), il exagère les symboles mystiques : un ciel rappelant ceux de Michel Ange en guise de toile de fond, une danseuse habillée en sainte, avec autour du cou, une fraise, éclairée par de petites ampoules, lui donnant des allures mystiques…

En ne laissant rien au hasard et par le kitsch enthousiasmant qu’il impose, Découflé devient un peu le Tarantino de la mise en scène chorégraphique. En effet, à l’instar de Tarantino, il fait du cliché, si souvent critiqué, une véritable marque de fabrique.

Un ensemble génial

On ne peut parler de Découflé sans évoquer la virtuosité et la justesse avec laquelle les costumes, les décors et la musique semblent être choisis.

Chaque spectacle est un véritable défilé de mode. Talons, arborés souvent par des hommes, chapeaux en tout genre, perruques, peignoirs, robes multicolores des plus excentriques… portées, elles aussi, par des hommes. Rappelant les tenues kitsch de Mercutio dans le film « Roméo+ Juliette » de Baz Lurhman, ici, l’ambiance joyeuse, voire jouissive, du spectacle est dû en grande partie aux costumes.

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Les décors sont à l’image des créations vestimentaires : originales et très graphiques. Des murs glissent de droite à gauche au fur et mesure des tableaux pour faire évoluer l’espace scénique. Alternant jeux d’ombres et de lumières et projections vidéos (notamment quelques gros plans de visages, rappelant ceux d’Hitchcock dans Psychose) il semble que tout soit permis… et même l’apparition d’une prestation de tissu aérien !

© Christian Berthelot

La musique jouée, en direct, par Nosfell et Pierre le Bourgeois, compositeurs avec lesquels Découflé a pris l’habitude de collaborer depuis plusieurs années, participe grandement à rendre l’instant unique. Toujours dans un même élan de folie, de justesse et de générosité, ces musiciens nous offrent une prestation remarquable, de concert avec celle des danseurs.

Du génie tout court

De « simple » artiste talentueux, Découflé devient, au fil de la représentation, un véritable génie créatif.
A peine le rideau rouge ouvert, il attrape le spectateur au vol pour le libérer du quotidien et l’emmener dans un monde enchanté et poétique où tout semble possible.

A côté de moi, le soir de la représentation, s’est assise une jeune fille, qui, venant au théâtre pour la première fois, avait visiblement décidé de passer la soirée sur son portable. Les lumières éteintes et après quelques minutes, elle rangeait son portable dans sa poche. Au bout d’une demi heure, elle rigolait. A la fin, je la vis ramasser, presque gênée, le fascicule qu’elle avait négligemment laissé tomber en début de représentation. Elle allait l’accrocher dans sa chambre. En souvenir.

Découflé, tu es admirablement et divinement populaire. Rien, ni personne, ne peut te résister.

Merci l’artiste. Ou devrais-je dire, le génie ?

Jeanne Gouinguenet

Retrouvez cet article sur le site Jactiv Ouest France !

 

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