Parenthèse enchantée au Celebration Days Festival

Il était une fois, dans une contrée lointaine de la campagne picarde, le pays des vaches et des champs de betteraves, une bande de copains mordus de musique. Ils avaient pour habitude de se réunir pour jouer ensemble,et de former, déformer et reformer des groupes de rock au gré de leurs influences respectives. Ils fréquentaient assidûment le disquaire du coin, réjouissaient leurs potes en rythmant les soirées autour d’un feu de bois, faisaient vivre les salles de concert communales et s’exportaient même un peu plus loin. C’est une histoire qui commence comme tant d’autres et qui aurait très bien pu s’arrêter là. Mais c’est sans compter sur l’énergie débordante de l’équipe à l’origine du Celebration Days Festival, grâce à laquelle ils ont réussi à creuser leur propre sillon dans le monde de la musique. A force de passion, de persévérance, et surtout, d’une amitié solide, ce petit groupe de jeunes d’à peine vingt ans au départ a su donner naissance à un festival aujourd’hui reconnu par les amateurs du genre.

Crédit photo : Basile Minster
Crédit photo : Basile Minster

C’était il y a sept ans de cela, et je suis fière de dire que j’ai assisté à la naissance de cet événement. La première édition fut mémorable et décisive. En un mot, c’était sauvage ! Organisée sans autorisation et sans moyens financiers, elle témoignait déjà du talent des organisateurs qui ont su convaincre des groupes du monde entier dont certains étaient encore présents cette année. Malheureusement, cette première édition fut interrompue par les forces de l’ordre, mais le ton était donné. L’esprit du Celebration Days était né ! Un lien familial s’est créé au sein de l’équipe, et les groupes et le public ont été ravis de participer à quelque chose d’authentique et d’encourager le projet audacieux de ces jeunes picards qui ont voulu créer quelque chose d’inédit musicalement tout en faisant vivre leur région. Pour preuve, les anciens sont nombreux et beaucoup ne rateraient le CDF pour rien au monde.

Crédit photo : Basile Minster
Crédit photo : Basile Minster

S’il fallait le comparer à quelque chose d’existant, on pourrait inscrire le CDF dans la lignée de l’Austin psych fest et du Levitation pour sa programmation rock psyché, hardrock, blues et folk très années 70. Personnellement, j’y retrouve aussi quelques traits des festivals comme l’Ozora pour l’ambiance chill, écolo et le vent de liberté qui plane sur le terrain. Cependant, il ne faut pas lui enlever ce qu’il a d’unique. Leur liberté, les organisateurs la doivent aussi à leur désir d’indépendance : ils ne reçoivent pas de financements extérieurs et n’ont donc de comptes à rendre à personne, à part bien sûr la mairie qui leur prête le terrain et le public. La contre-partie est dure car ils doivent faire avec leurs propres moyens , réinvestissant les profits de l’année précédente pour que le festival continue de se dérouler , et c’est pour cela que les bénévoles y tiennent une place à part. Le CDF , c’est d’abord un pari risqué : pallier à un vide en terme de festival rock puriste, donc s’adresser à un public restreint, et en plus le faire dans une région peu attractive aux yeux des touristes. Mais le choix de faire primer la qualité a payé. Sept ans plus tard, le Celebration Days est un festival qui fonctionne mais qui se veut restreint et intimiste : la capacité du site est limitée à 500 entrées. C’est un choix de la part des organisateurs. Il s’agit de laisser au projet le temps de faire son nid, mais aussi de soigner le choix des artistes et l’accueil du public. Et il semblerait qu’ils tiennent la bonne recette.

Crédit photo : Basile Minster
Crédit photo : Basile Minster

Cette année, pour la 7ème édition, le festival a lieu au coeur de la forêt de Cernoy (petit village de l’Oise), sur un site au charme indéniable et que les décorations contribuent à sublimer. Des méduses lumineuses pendent dans les hautes branches des arbres, et les stands sont pour la plupart construits dans des édifices en bois. Sur place, contrairement à ce que l’on pourrait s’imaginer de la part d’un petit festival, il y a tout pour vivre et se divertir : salle de cinéma, expos, toiles à peindre, stands nourriture, friperie, vinyles … Nouveauté cette année, les festivaliers ont même le choix entre deux campings, le premier étant sur le lieu même du festival, et le second permettant un espace plus aéré et moins bruyant dans un champ qui fait face au bois enchanté. Et pendant trois jours, les concerts s’enchaînent sur les deux scènes aux ambiances très différentes.

Vue sur le public de la grande scène
Vue sur le public de la grande scène

Il y a la grande scène qui accueille les têtes d’affiche et les groupes les plus énergiques. De là, le public a une vue en contre-plongée sur les musiciens déchaînés et la scène ornée d’ailes et recouverte de vieux tapis persans. Les plus téméraires peuvent s’y élancer pour des slams plutôt périlleux. Cette année, la scène a notamment accueilli le groupe français Cheap Wine, les anglais Hanami (présents depuis la 1ère édition du CDF) ou encore le groupe nigérien Ezza. Ezza est d’ailleurs mon petit coup de coeur. Mélange de musique touareg, africaine, groove et rock aux accents trans, ils ont déjà parcouru de nombreuses villes et c’était une fierté de les avoir avec nous. Puis Il y a la petite scène, me faisant penser à une cabane dans les arbres, qui permet une plus grande proximité entre le public et les artistes, idéale pour des concerts acoustiques comme le Breton Erwan Le Gall et sa guitare ou le groupe de bluegrass Old Moonshine Band. C’est aussi cette scène qui accueille chaque soir le dj set, certainement un des éléments les plus distinctifs de ce festival. Face au public déchaîné qui a tout sauf envie de se coucher à la fin des concerts, les organisateurs ont su réinventer les codes du dancefloor. Jusqu’au petit matin (officieusement jusqu’à ce qu’il n’y ait plus personne qui tienne sur ses deux jambes), des artistes et collectionneurs de vinyles passent aux platines, mixant les enchaînements funk, disco et soul, rendant le public complètement fou. C’est une autre manière pour la bande de copains de partager leurs petites perles musicales.

Le groupe Ezza
Le groupe Ezza
Crédit photo : Basile Minster - Old Moonshine Band pendant l'édition 2014
Crédit photo : Basile Minster – Old Moonshine Band pendant l’édition 2014

 

Dj set
Dj set

Ce qui se dégage de ce lieu est assez indescriptible. L’ambiance, selon les instants, est mystique, psychédélique , ou tout simplement belle. Ici, il n’y a pas de hiérarchie ou de frontière. Les festivaliers, les organisateurs et les musiciens se mélangent et échangent souvent leur rôle. La musique est partout car je crois bien qu’une personne sur deux amène son instrument avec lui. Et chacun est libre d’exprimer son propre talent, qu’il s’agisse de la peinture, de la photo, du spectacle, de la cuisine, du bricolage …

Il n’y a pas une seconde sans qu’une rencontre ou un acte de partage n’ait lieu. Juste parce qu’on se trouve à cet endroit à ce moment, on a l’impression de partager quelque chose avec toutes les personnes présentes, de former une communauté. On ne se connait pas tous, on vit aux quatre coins du monde, mais j’ai le sentiment qu’ici j’ai une sorte de famille que je retrouve chaque année, fidèle, et sur laquelle je peux compter. Pourtant, et cela m’a étonné au départ, malgré sa capacité limitée, le festival brasse une grande diversité de personnes. On y retrouve des Bretons, des Sudistes, des Lyonnais, des Lillois, mais aussi des Espagnols, des Anglais, des Américains, des Allemands … Les personnes présentes sont finalement des privilégiées comme les places s’écoulent longtemps avant l’événement, malheureusement pour ceux qui n’ont pas été assez rapides.

Crédit photo : Basile Minster
Crédit photo : Basile Minster

Mais une rumeur prétend que pour sa 8ème édition, le festival se préparerait à accueillir quelques festivaliers de plus … Donc un petit conseil : tenez vous informés ! Une chose est sûre, c’est que les organisateurs ont ajouté un petit plus devenu indispensable au patrimoine culturel picard.

Crédit photo : Basile Minster - Antoine (un des organisateurs du festival)
Crédit photo : Basile Minster – Antoine (un des organisateurs du festival)

En attendant, vous pouvez aussi vous tenir informé des événements organisés au cours de l’année par la maison de disque Celebration Days.

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Lien du Flickr du photographe Basile Minster 

Site de l’association et maison de disque Celebration Days

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