On a rencontré KillASon à La Douve Blanche

killason

KillASon a à peine plus de vingt ans. Même si l’âge ne peut en aucun cas être un facteur de critique et jugement, c’est ici une donnée surprenante quand on voit le talent de Marcus Dossavi-Gourdot. Ce jeune chanteur-musicien-danseur-dessinateur/graphiste (oui, ça fait beaucoup !) est un étudiant en gestion qui peaufine une sécurité professionnelle en construisant un projet musical bien solide.

Mêlant électro sur des flow en anglais, le rappeur, qui refuse cette description unique, s’imprègne des codes du hip-hop US pour composer un rap éclectique. À l’occasion de son passage au festival de La Douve Blanche, Manifesto XXI a eu l’occasion de l’interviewer et le plaisir d’écouter un discours intelligent, réfléchi et particulièrement modeste d’un artiste au devenir certain.

Manifesto XXI – La première surprise qui nous vient en écoutant l’EP, c’est ta maîtrise de l’argot anglais. D’où vient une telle connaissance de la langue ?

KillASon : Une maîtrise c’est un bien grand mot, disons que du moins je l’utilise. Ça vient de la musique, de son influence directe. Ensuite de l’école bien sûr, pour tout ce qui concerne la syntaxe, la grammaire. Et bien évidemment les films ; il s’agit d’aller chercher le vocabulaire quand on ne connaît pas un mot, d’être curieux, de regarder discrètement sur son portable. On peut tout faire aujourd’hui grâce à Internet.  J’en apprends tous les jours, car c’est une langue tellement riche, il y a énormément de termes pour exprimer une seule et même idée.

Le fait d’apprendre la langue est véritablement une envie,  dans la musique je m’exprime comme ça. Cela vient aussi des artistes anglophones que j’écoutais petit. C’est naturel, car quand tu as trois ou quatre ans, tu ne te poses pas la question de la langue ou de sa barrière. Par exemple, tout petit je pensais qu’Eminem était français. Tu ne calcules pas, tu kiffes simplement.

Manifesto XXI – Tu n’as jamais pensé que cela pouvait te porter préjudice vis-à-vis de ton public français ?

KillASon : Non car j’en ai marre qu’on sous-estime le public français en disant que nos jeunes ne savent pas parler anglais. C’est vrai que nos parents ou nos grands-parents sont nuls en anglais mais maintenant on est connectés de partout : les films sous-titrés, la musique en anglais, en espagnol. Je ne suis pas d’accord avec cette idée reçue.

Manifesto XXI – Tu dis que dès très jeune, tu as été habitué à l’anglais, à le pratiquer et le chanter, c’est dans tes influences ? De là vient ce style très US West Coast ?

KillASon : En tout cas à le chanter oui, car c’est dans mes influences directes, dans ce que j’écoutais enfant, il s’agissait surtout d’artistes anglophones. Qu’ils soient Anglais, Jamaïcains, Américains. Américains surtout du coup car c’est le rap, la musique que j’ai appréciée directement : rap et hip-hop. J’ai commencé véritablement par le hip-hop à mes début et maintenant le rap en écoutant ce qui se fait de nos jours.

Manifesto XXI – Tu es un artiste très polyvalent, un « touche-à-tout ». Sur un plan un peu plus personnel, cela te vient d’un contexte familial particulier ou d’un entourage artistique ?

KillASon : Mes parents sont artistes du coup faire de l’art c’était évident. Ils ne m’ont jamais bridé. Ils ne m’ont pas spécialement dit « Tu vas faire ça », ils ne m’ont rien imposé, mais à force de voir des spectacles de danse, de ci, de ça, on est forcément influencé. Et puis j’ai toujours adoré dessiner. Quand on est jeune on dessine tous, et puis moi je n’ai jamais arrêté. Là, ça fait longtemps que je n’ai pas dessiné, mais je ne perds pas trop la main. Quand je peux, je fais un truc lié à l’art car ce qui est génial avec la musique c’est qu’elle peut tout englober. Quand j’ai envie de danser je peux sur scène, quand j’ai envie de dessiner, je m’occupe du visuel. C’est un peu comme une forme ultime.

Manifesto XXI – Justement, c’est là où nous voulions en venir. Tu ne privilégies pas un art au détriment de l’autre ?

KillASon : Bien sûr que j’essaie de faire un mix de tout mais bien sûr qu’il y a une « hiérarchie » entre guillemets. En ce moment, je dois gérer plus l’aspect musical. Je fais de la danse depuis très longtemps, donc d’un autre côté je fais mes battles. Mais sur scène par exemple, je peux mélanger. Je chante et je sors de là complètement transpirant en dansant en même temps. Ça fait vraiment partie d’un tout. J’ai envie de me définir comme un artiste, non pas comme un musicien, un danseur, un dessinateur. J’exploite mes capacités. Je prends toujours autant de plaisir à danser, je suis toujours mes groupes de danse, on fait des battles, des compèt’ ou autres. Toujours dans le game comme on dit.

Manifesto XXI – Donc tu t’occupes du visuel de ta communication, de la promo ? De la production au visuel, tu t’organises comme un chef ?

KillASon : Sur l’EP The Rize, j’ai dessiné le visage et j’ai imaginé tout le délire et une pote à moi, qui m’a vectorisé. Je ne suis pas tout seul, donc c’est ça qui est génial, j’ai ma manageuse, mon producteur. C’est moi qui fait les prods mais ils me conseillent toujours : «  Utilise cet instrument-là… », même si j’ai le mot, le point final.

Manifesto XXI – Qu’est-ce que ça implique que ton manager soit ta mère ?

KillASon : Comme elle a été dans le métier, elle est danseuse-chorégraphe et maintenant elle a sa compagnie depuis plus de vingt ans, elle est chef d’entreprise, elle sait diriger les gens. On va dire qu’elle va savoir extrêmement bien me diriger car elle me connaît personnellement. Elle fait son taf avant tout. Je ne l’ai pas choisie en tant que manageuse car c’est ma mère mais parce que d’abord elle fait très bien son travail déjà avec d’autres personnes. Je me suis donc dit que, comme on s’entend très bien, étant donné qu’elle me connaît par cœur, avec moi ça va être extraordinaire, et ça l’est, c’est super facile entre nous. Une équipe, c’est une discussion donc, quand il s’agit d’en prendre par rapport à la culture musicale on en parle, personne ne va prendre des décisions à ma place.

Manifesto XXI – Pour revenir à l’aspect technique, par la langue et le style, tu t’éloignes de la scène du rap français actuel. Est-ce que pour toi, une collaboration avec un artiste francophone serait envisageable ?

KillASon : Ça serait possible, si ce sont des artistes comme Stromae ou Christine and the Queens. Après c’est vrai que, moi, en rap français…

Manifesto XXI – Tu te dissocies donc de la nouvelle vague française assez uniforme autour de SCH, PNL, ou d’un autre côté Vald ?

KillASon : Je ne me sens pas opposé car on fait tous de la musique, je m’identifie en tant qu’artiste. Je fais de la musique donc on appartient à un même truc, on n’appartient pas à une même famille mais du moins à un même ensemble : on fait de l’art, on fait de la musique. Sauf que je ne veux pas m’intégrer dans une tendance, car les tendances, ça passe, d’autres arrivent. Et moi, je veux durer.

Manifesto XXI – D’où le mélange musical avec des références comme Stromae et Christine and the Queens ?

KillASon : Ah oui, c’est très réfléchi, ce n’est pas juste de la mode, ou un délire qui vient de ne je sais pas où. Ce n’est pas une trappe, ni un plan de com’ ou de publicité. Les gens doivent sentir ton envie de construire un projet. Je fais ma musique et, à partir du moment où les gens sentent que tu es toi, c’est-à-dire que tu es véritable, ils ressentent quelque chose et ça prend. Je crois en mon projet, je continue, j’y vais à fond et j’y prends un grand plaisir. J’ai la chance de vivre une véritable passion.

Manifesto XXI – Ta participation à un festival comme La Douve Blanche, très électro quand même, repose sur cette optique de mélange des styles ?

KillASon : Je suis chez Furax, comme Vald, puisque tu en parlais et on n’a pas envie que le projet soit mis dans une case « hip-hop rap », mais qu’il ait vocation à toucher un public plus large. Et on voit que ça marche bien, que ça peut par exemple marcher dans un festival électro. C’est d’ailleurs une de mes influences comme le hip-hop. J’ai envie que l’on me dise « C’est du rap mais » et que ceux qui n’aiment pas le rap puissent s’y ouvrir, que ça ouvre le champ. Comme j’aime plusieurs styles musicaux, ce n’est pas dans mon état d’esprit de vouloir scléroser mon public. Je suis donc très content d’être ici à La Douve Blanche.

Manifesto XXI – La Cigale. Tu y es allé en novembre comme danseur et tu y es revenu en janvier comme musicien. C’est un grand pas comme artiste ? En comparaison au public de festival ?

KillASon : J’ai fait la Cigale avant même de commencer les festivals d’été et c’était une superbe expérience. Déjà car c’est une salle mythique mais surtout car pour l’occasion, c’était blindé. Ça a connecté beaucoup de choses, notamment cette date-là à La Douve Blanche, car il y avait pas mal de peoples de Animal Records sur place. C’était vraiment une bonne plateforme. Je remercie donc toutes ces personnes et toute l’équipe qui a travaillé sur ce projet-là.

Manifesto XXI – Pour la suite, tu as déjà organisé de nouveaux projets ? Live, exclu ?

KillASon : On va développer le concert à fond, le live à fond. C’est ce show-là, ce show-là, CE SHOW-LÀ ! Et puis, ensuite, il y aura des exclusivités, d’autres EP, l’album. Même avant que cet EP sorte, j’étais déjà sur de nouvelles compositions en train de préparer la suite. On ne s’arrête plus !

KillASon+Manifesto21
KillASon prend la pose avec charisme pour Manifesto XXI
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