On a recroisé Fishbach aux Trans

© Nico M / nicomphotographe.org

Fishbach. Un nom qui court en ce moment sur toutes les lèvres. Chez Manifesto XXI, on ne vous la présente plus, mais si vous avez loupé quelques trains, voici de quoi vous rattraper ! On a eu l’occasion de la croiser en coup de vent, au cours de sa semaine de spectacles pour la création des Trans Musicales.

Interview « On va vibrer » – 5 nov. 2015 / Interview « Tout dans le regard » – 31 juil. 2016

« Fishbach dévoile deux nouveaux titres » – 24 nov. 2016 / Live report Fishbach première aux Trans – 1er déc. 2016

Manifesto XXI – Comment t’es-tu retrouvée à monter un spectacle ici pour la création des Trans, et quelle a été ta réaction en apprenant cette nouvelle ?

Fichbach : De manière assez classique et belle, on a fait une petite tournée à l’arrache avec Cléa Vincent et Michelle Blades…

Ah, et vous étiez passées à Rennes justement, non ? On était là !

Eh bien voilà, vous la connaissez l’histoire ! Rappelle-toi. Jean-Louis Brossard passe, danse, il nous invite à l’UBU pour faire un after, on s’entend très bien – c’est vraiment une très belle rencontre humaine je crois, au-delà des enjeux artistiques, etc. –, je pense que l’artistique lui a plu, mais qu’il y avait aussi l’humain. Il revient me voir au Printemps de Bourges, il m’attend en bord de scène, je jouais à 14h, je n’étais pas réveillée… Et quelques jours après, il me dit : « Flora, est-ce que tu veux venir jouer aux Trans ? ». Je fais : « Ah bon ? Merci Jean-Louis, trop cool ! », puis : « Tu veux venir faire la création des Trans ? ». Je lui dis : « C’est quoi ? » – « Ben écoute, en gros tu prépares un spectacle unique, et tu le joues six soirs de suite avec la générale » – « Ok, super, j’adore les défis ! ».

Tu t’es dis que tu t’attaquais à un gros challenge ?

Je n’ai pas réfléchi. J’adore les défis, j’avais beaucoup aimé la personne, je savais que ce serait aussi une très belle vitrine, mon album était prévu pour janvier… Tout ça collait plutôt bien !

Et c’était aussi l’occasion pour moi de monter un groupe, car au bout de trois ans toute seule, je commençais à avoir fait le tour, à être arrivée au bout du truc – enfin peut-être pas, mais au bout d’un processus en tout cas.

Ça tombait bien de pouvoir mettre un groupe en avant, et d’aller en plus au bout « de mes rêêêves » ! C’est une forme de prolongation. On est dans un théâtre, et comme j’étais déjà dans quelque chose d’extrêmement expressif, je voulais prolonger ça visuellement. Dans le théâtre, on a pu mettre tous les moyens en œuvre. Donc j’ai pu aller au bout de mon idée grâce à cette création. C’est l’honneur quoi !

On a vu ta première mercredi soir, et effectivement on a été frappées par l’importance de la mise en scène, qu’on pouvait d’autant plus apprécier que c’était – une fois n’est pas coutume en musiques actuelles – un spectacle assis… ce qui était très agréable !

Ah cool, parce que moi d’habitude, en tant que spectateur, j’ai un peu de mal à être assise devant un concert, c’est aussi pour ça que je l’ai anticipé. Debout dans un concert tu vas un peu divaguer, écouter à différents points, tchatcher avec quelqu’un… il y a plein de choses à faire. Là assis… tu restes là quoi.

Du coup, je me suis dit on est dans un théâtre, on va essayer de mélanger ça, tout en gardant la liberté qu’on aurait dans un concert debout. Ça m’amusait un peu le côté théâtral, même si je n’en ai jamais fait, que ce n’est pas mon métier, et que je n’ai pas envie de mettre du théâtre  on fait du live, on est là pour faire des concerts  cependant, le spectacle global m’intéresse. Dans ce que vous avez vu, il y a énormément d’effets ; peut-être qu’on va alléger, peut-être qu’on va en rajouter, on essaie. Vous avez vu quelque chose de totalement expérimental, mais ça me plaît moi, marcher sur le fil comme ça.

On a pu discuter de ton spectacle avec pas mal de gens. Il y a beaucoup de retours positifs, mais aussi des détracteurs, comme partout. Pour faire simple, ceux-ci reprochent notamment à la mise en scène de prendre le dessus sur la musique. Nous, on pense que précisément cette mise en scène te permet d’aller au bout d’un personnage, d’emmener le spectateur dans un univers complet, de le happer dans une histoire, une aventure au-delà de la limite de ses goûts musicaux, précisément. Quelle est ta position à toi ?

Eh bien merci pour ces mots et cette position, car c’est celle que je défends également. C’est-à-dire que dans ma musique, même moi des fois je sens que je suis à la limite du bon et du mauvais goût. Puis il n’y a eu quasiment aucun clip, parce que des fois je vois des clips magnifiques, et j’en oublie la musique.

Cependant, tout ça va de pair. Et comme j’accentue la voix sur l’EP comme sur l’album, et le personnage que j’incarne, c’est logique de prolonger ça sur scène. Nous, on tâtonne encore avec les effets, etc., mais j’espère justement que les effets ne serviront qu’à appuyer. Comme mes gestes, comme le côté théâtral. L’idée, c’est que le décor serve juste à appuyer le propos.

Et puis c’est normal, là c’est le tout début, j’espère bien que ce ne soit pas parfait, ce serait même inquiétant. Et les erreurs… Comme je sublime beaucoup la tragédie dans mes paroles, je remercie les malheurs qui me sont arrivés dans la vie. J’en ai chié dans la vie pour plein de choses, eh bien tant mieux, car ça fait partie du processus.

Eh bien là c’est pareil, tant mieux que ce soit bancal, parce que du coup là tu vas suivre l’évolution, et quand tu reviendras voir ce sera autrement, pas mieux, pas pire, ce sera autre chose. Il y aura une évolution, et c’est ça qui me plaît ! Vivre l’instant, se projeter, ne pas avoir peur. J’essaie, je me trompe, je change d’avis, et ce n’est pas grave ! Tant mieux, on change, et c’est fabuleux.

Et je change aussi avec les gens, je ne fais pas de la musique que pour moi, je ne fais pas de la musique pour plaire, mais le partage, putain, c’est génial. Donc avec les commentaires positifs et les encouragements, et puis les choses qui ne marchent pas, et moi je fais le tri dedans, et puis on est bien !

Dernière question, qu’on s’est nous-mêmes posée, et qu’on a entendue courir sur d’autres lèvres également : Fishbach, future Christine & The Queens ? 

C’est normal que les gens aient besoin de comparaisons. Tout le monde me dit Catherine Ringer ; je n’ai jamais écouté Catherine Ringer avant qu’on me dise qui c’était quand j’avais 19 ans… Mais j’adore cette femme, je suis très heureuse de cette association.

Avec Christine & The Queens, on ne fait pas du tout la même chose, et je ne suis pas fan de tout ce qu’elle fait ; cependant, elle a une singularité, un personnage. Elle dénote des codes de la beauté, elle dénote des codes de la musique… Même si tout ce qu’elle fait ne me parle pas forcément, j’ai un putain de respect pour ce qu’elle fait, parce qu’elle va au bout des choses. Et qu’une nana aussi singulière arrive à basculer du côté grand public elle est en train de défoncer dans le monde entier –, c’est juste génial.

Qu’on me compare à Christine ou Catherine Ringer, eh bien c’est très bien. Je parlais tout à l’heure de cette nouvelle scène française. On ne fait pas tous la même musique, mais on vit quelque chose d’assez beau ; on assume d’être français, on est heureux de cette poésie, on n’a pas de complexes. Et tant mieux si on me compare à Christine, elle fait une super carrière, c’est un honneur, on ne fait pas la même chose, mais la meuf, elle défonce tout.

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Propos recueillis par Eléna Tissier et Alice Heluin-Afchain.

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