No Innocent Landscape

Premier dessin indépendant, août 2014. Encre de Chine et feutre japonais sur papier. 200 x 100 cm © Pascal Pillard

No Innocent Landscape est un projet d’exposition réalisé en tant que commissaire indépendant. Grace à MANIFESTO XXI, l’exposition a désormais une existence virtuelle en attendant de trouver un lieu d’exposition à Paris…. Bonne visite !

No Innocent Landscape réunit des artistes français et scandinaves qui de différentes manières abordent le thème du paysage, celui extérieur : la nature / le jardin / le parc / le végétal / le vivant et celui intérieur : notre imaginaire / nos rêves / nos désirs.

Depuis des siècles, la nature représente une forme de richesse, saisie par le pouvoir, rendue visible et fétichisée à travers la peinture. La nature se décline dans les espaces allant du parc majestueux, floral et odorant, jusqu’aux plus sombres représentations comme la carrière de mine avec ses marbres gris et poussiéreux et les traces de la souffrance du labeur humain. Manipulée, la nature est devenue une sorte de coulisse interchangeable entre les actes de nos différentes émotions. Cyclique aussi, elle nous repousse et nous attire dans un va et vient entre Désir et Manque.

Le titre No Innocent Landscape évoque l’idée d’un conflit entre un paysage rêvé et idéalisé et un paysage réel, celui construit par l’homme. Différentes formes de paysage sont explorées à travers les œuvres exposées, tout d’abord celui romantique, empreint de mélancolie, mais aussi le paysage-corps. Le végétal et le corps humain se rejoignent pour évoquer des paysages imaginaires, oniriques, jusqu’à nous plonger dans un paysage du songe au sens psychologique : les méandres de l’âme humaine avec ses obsessions et ses angoisses.

Les artistes sélectionnés cerneront ces conflits du paysage à travers différents médiums, principalement le dessin, mais également l’installation et la vidéo. Dans les œuvres choisies, le merveilleux tient une place prépondérante.

Le thème de l’exposition trouve sa résonance dans un film turc intitulé NOOR que j’ai découvert pendant la rédaction de mon projet. Ce film fut une véritable révélation. Tourné au Pakistan, il raconte l’histoire du jeune Noor, qui veut devenir un homme. Il ne fait plus partie des Khusras, la communauté des transgenres du Pakistan. Désormais, il sait de qu’il désire : trouver une femme qui l’acceptera tel qu’il est… Un vieux sage, Maître Baba, lui indiquera le chemin vers un lac sacré, fréquenté autrefois par les fées et situé à 4000 km d’hauteur dans les montagnes lointaines. Là-bas, les prières s’exaucent, mais la route est longue et périlleuse. Après 2500 km parcourus au bord d’un camion volé, Noor arrive enfin au lac rêvé avec son eau limpide. Une jeune femme se trouve là au bord du lac. Vêtue toute en blanc, telle un ange, elle esquisse une danse. Tout au long du film, à la fois réaliste et onirique, les paysages arides et somptueux du Pakistan symbolisent la quête identitaire de Noor, à la recherche de son paysage intérieur. Le lac rêvé de Noor devient ainsi une métaphore de ce que nous désirons..

L’exposition commence avec la vidéo In the pitch dark I go walking in your landscape de Cecilia Westerberg. Avec ce titre évocateur, l’artiste nous plonge dans une forêt à la fois paisible et inquiétante :

 

Vincent BIZIEN (1968) – représenté par la Galerie Maia Müller, Paris

Dans les dessins de Vincent Bizien, le regard navigue dans un paysage aux réminiscences surréalistes et les eaux sont troubles… néanmoins, il en ressort avec quelques motifs : visages, crânes, objets du quotidien, gouttelettes, oiseaux, et même parfois des bouts de phrases énigmatiques. Entre effacement et apparition, l’idée de fantôme(s) est omniprésente dans les dessins de l’artiste. Ses histoires de « revenant » engendrent des images mnémoniques et hallucinatoires.

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Les usines oubliées, 2013. Encre et gouache sur papier. 140 x 100 cm. Courtesy Galerie Maia Müller, Paris

 

Dobrawa BORKALA (1990) – représentée par l’Inlassable Galerie, Paris

En même temps que ses études en cours à l’Ecole des beaux-arts de Paris, Dobrawa Borkala a effectué des études de psychologie clinique en Pologne. Les dessins intimistes de l’artiste sont de merveilleux instants de métamorphoses du corps et du végétal. L’héritage de Louise Bourgeois n’est pas loin, mais chez Borkala, la beauté poétique l’emporte sur la souffrance sexuelle. Ses paysages intérieurs sont de véritables voyages au-delà du corps.

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Gravitation, 2011. Encre de Chine sur papier Lokta. 29,7 x 21 cm. © Dobrawa Borkala. Collection privée.

 

Rune ELGAARD (1980) – représenté par KANT Gallery, Copenhague

Dans ses peintures et dessins, Rune Elgaard explore la tension entre photo-réalisme et imagerie non-figurative. Les compositions sont délibérément non-conventionnelles et mettent en scène une collision résolument dadaïste entre des motifs disparates, qui semblent suspendus dans des paysages vides et silencieux.

 

Woman With Scalpel, 2013. Huile et acrylique sur toile. 59 x 85 cm. Courtesy Rune Elgaard Studio & KANT Gallery
Woman With Scalpel, 2013. Huile et acrylique sur toile. 59 x 85 cm. Courtesy Rune Elgaard Studio & KANT Gallery

Maria FINN (1963)

Parallèle à son activité d’artiste, Maria Finn a terminé récemment une thèse à Copenhague sur la relation entre littérature, cinéma et photographie. Elle s’intéresse à la relation entre texte et film. Comment définir des espaces par les mots et les images ? Dans ses dessins, elle interroge les mécanismes de l’anonymat en présentant des silhouettes féminines, dont le visage est effacé, posant dans une nature luxuriante et paisible. Pour l’exposition, elle présente un ensemble de 10 dessins qui s’inspirent d’Anna Freud et sa liste de « mécanisme d’auto-défense » : répression, projection, isolation, sublimation.

Liste de mécanismes d'auto-défense d'Anna Freud, 2013. Crayon à plomb sur papier. 29 x 42 cm. © Maria Finn
Liste de mécanismes d’auto-défense d’Anna Freud, 2013. Crayon à plomb sur papier. 29 x 42 cm. © Maria Finn

Fabien GRANET (1970)

Après un parcours éclectique dans le monde des médias (journaliste, réalisateur de documentaires) Fabien Granet se consacre désormais entièrement au dessin. Ses sources d’inspiration sont multiples : photos, images cinématographiques, imagerie populaire. Sa nouvelle série de dessins « Réaménagement (4/ ) » présente des vues de littoraux avec des rochers, étendus de sable et plans d’eau dans lesquelles une étrange construction géométrique et architecturale fait irruption tandis qu’un quadrillage vient habiller le vide alentour. Cet assemblage incongru et onirique interroge avec ironie notre conception du « paysage sauvage » et le désir de le maîtriser, l’encadrer, le réaménager.

Réaménagements (littoral), 2014. Graphite et crayon de couleur sur papier. 25 x 47,5 cm © Fabien Granet
Réaménagements (littoral), 2014. Graphite et crayon de couleur sur papier. 25 x 47,5 cm © Fabien Granet

 

Apolline GRIVELET (1988)

Depuis deux ans, Apolline Grivelet a eu l’occasion d’exposer l’aquarium de son œuvre Gilliatt, composée d’un crâne humain que l’artiste a plongé sous l’eau pour cohabiter avec des coraux et d’étranges animaux sous-marins. C’est désormais un autre aspect de sa création de paysage artificiel en constante évolution qui sera mise en valeur. Dans la série « Cristaux », composée de bols en faïence émaillée, elle a expérimenté le processus chimique de cristallisation. Le passage du matériau d’un état liquide à un état solide crée une nouvelle forme plus organisée et symboliserait la mouvance de la pensée. Le bol se transforme dès lors en une métaphore séduisante des mouvements de l’âme humaine qui se cristallisent dans une forme plus maîtrisable, ‘gemmes de clarté’, ‘cubes de force’.

Sulfate de cobalt (bol rouge) et Phosphate de Monoammonium (bol vert), Série ‘Cristallisations’, 2014. Cristaux de faïence émaillée. Diamètre : 11 cm & 13 cm.. © Apolline Grivelet. Courtesy Galerie Da-End, Paris
Sulfate de cobalt (bol rouge) et Phosphate de Monoammonium (bol vert), Série ‘Cristallisations’, 2014. Cristaux de faïence émaillée. Diamètre : 11 cm & 13 cm.. © Apolline Grivelet. Courtesy Galerie Da-End, Paris

 

Christine MELCHIORS (1963)

Christine Melchiors a créé de nombreuses installations et divers projets d’intervention dans l’espace public, principalement pour des parcs et jardins publics. Son travail propose une réflexion sur les espaces que nous pratiquons en questionnant ce qui fonde nos définitions de l’intimité. Ses propositions se concrétisent souvent dans des forme hybrides évoquant la végétation, l’habitation, l’habit, la peau comme des écrans variables entourant notre intimité.

The turning landscape of memories, 2014. Impression jet d'encre sur papier. Dimensions variables de 180 à 250  cm. © Christine Melchiors
The turning landscape of memories, 2014. Impression jet d’encre sur papier. Dimensions variables de 180 à 250 cm. © Christine Melchiors

 

Pascal PILLARD (1972)

Les dessins de Pascal Pillard donnent à voir des paysages précieux, foisonnants de détails dans lesquels s’entrelacent le végétal, l’animal, l’humain et le minéral. Il parle souvent de Naturaliste de l’intime pour définir les métamorphoses qui se répandent sur la feuille de papier. L’artiste affectionne la représentation d’un paysage onirique, inquiétant et empreint de notes obsédantes.

Premier dessin indépendant, août 2014. Encre de Chine et feutre japonais sur papier. 200 x 100 cm © Pascal Pillard
Premier dessin indépendant, août 2014. Encre de Chine et feutre japonais sur papier. 200 x 100 cm © Pascal Pillard

 

Lionel SABATTÉ (1975)

Pour son exposition personnelle La Fabrique des Profondeurs, Lionel Sabatté avait investi l’Aquarium du Trocadero avec des créatures dont les matériaux renvoient souvent au corps : ongles, peaux mortes, poussières. Collecteur de matériaux du quotidien, l’artiste les transforme en étranges animaux, meute de loups, volatiles, monstres marins… Moins connus sont ses dessins et peintures. Les compositions alternent entre paysages de profondeurs sombres et figures humaines hybrides, menant une réflexion sur la mélancolie et les méandres de l’âme humaine.

Echafaudage du 7/01/2013. Mine de plomb, poussière, béton et vernis sur papier Arches. 29,7 x 21 cm. © Lionel Sabatté. Collection Privée
Echafaudage du 7/01/2013. Mine de plomb, poussière, béton et vernis sur papier Arches. 29,7 x 21 cm. © Lionel Sabatté. Collection Privée

Mathilde ROUSSEL (1983)

Mathilde Roussel a grandi dans une ferme en Normandie, une expérience qui a développé son intérêt pour les relations qu’entretient l’être humain avec la nature, le paysage et le temps. Une importante exposition personnelle, intitulée Anatomica Botanica, lui a été consacrée en 2012 aux Etats-Unis. Mathilde Roussel est fascinée par les similitudes entre l’humain et les éléments naturels. Son travail questionne la nature éphémère du vivant : le vieillissement, la modification, la métamorphose. Dans ses sculptures, dessins et collages, la fragilité du corps humain et la végétation de matériaux organiques s’imbriquent pour devenir interchangeables.

Entaille #1, #2, #3, 2012. Papier coupé et graphite. Dimensions variables. © Mathilde Roussel
Entaille #1, #2, #3, 2012. Papier coupé et graphite. Dimensions variables. © Mathilde Roussel

 

 

Cecilia WESTERBERG (1967)

Cecilia Westerberg réunit collage, dessin et animation vidéo dans ses projets artistiques. Atlas of Small & Large Observations de 2013 est un grand livre d’artiste dont les 16 pages sont remplies de collages et de dessins invitant le spectateur à les tourner. A travers les pages, on découvre des animaux et paysages ancestraux qui prennent vie. L’artiste a réalisé cet ouvrage ambitieux suite à un voyage à Rome où elle a étudié une collection de cartes et d’instruments de navigation. Ces outils, qui servent à organiser la connaissance de la géographie, sont à l’origine de l’océan d’informations accumulées que nous subissons aujourd’hui.

Atlas of Small & Large observations, 2013. Encre et graphite sur papier, 50 x 70 cm. Dessin du livre d'artiste. © Cecilia Westerberg
Atlas of Small & Large observations, 2013. Encre et graphite sur papier, 50 x 70 cm. Dessin du livre d’artiste. © Cecilia Westerberg

 

 

Pernille Grane

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