NAPKEY ; années 80, science-fiction & mélodie. Rencontre

Jeune producteur parisien, Napkey, alias Benjamin, ne cesse de convaincre de nouveaux auditeurs, notamment depuis la sortie de son dernier EP « Vanguard » chez Bon Entendeur Records. Se situant quelque part entre la deep house et l’electronica, et évoquant des labels tels qu’ Hungry Music, le style de Napkey puise aussi bien dans le passé que dans le présent, et sait se faire rassembleur tout en restant exigeant.

C’est dans son appartement à Paris que nous avons eu la chance de le rencontrer, et de réaliser cette interview ainsi qu’une live session disponible ci-dessous :

Débutant jeune le piano, mais rapidement rebuté par le solfège, il développe ses premières compétences musicales en écoutant et imitant son père qui pratique le piano jazz. Se voyant offrir une guitare pour ses 15 ans, il reporte alors son attention sur cet instrument. C’est ensuite sur la base de ces deux pratiques qu’il se dirige peu à peu vers la composition personnelle.

Quand on lui demande comment il en est venu à la musique électronique, Benjamin nous explique le lien avec sa passion pour les années 80 et la science-fiction : « J’ai une vision de la musique qui est très années 80, j’ai toujours été bercé par les vieux instruments et synthés analogiques, et je suis un énorme fan de Jean-Michel Jarre. Et notamment en lien avec son univers, je suis un grand fan de science-fiction ; films, livres… Ce que j’aime bien chez Jean-Michel Jarre, c’est que c’est de l’electro mais très mélodieuse, qui n’attaque pas, assez douce, presque mélancolique, et avec des côtés un peu épiques qui donnent une espèce de représentation visuelle de la musique. Donc moi j’ai été bercé par tout ça, et quand j’ai commencé à composer, je me suis naturellement porté vers des sons qui connotaient cet univers. Au final je me suis rendu compte que j’adorais les nappes de synthé, et rien que par cet apport on s’approche tout de suite de l’electro ».

Parmi ses influences principales, Benjamin cite en vrac The Shadows, Dire Straits, Queen, Ratatat, le label Hungry Music, Rone, ou encore Isaac Delusion.

MXXI – Comment décrirais-tu ton style ?

« De la deep-house, de l’electronica… ou simplement de l’electro douce, heureuse et mélancolique. Les sentiments ne sont pas agressifs. Je cherche avant tout à ce que les gens ressentent des choses, pas qu’ils analysent des performances techniques. La performance technique doit se rendre invisible derrière le ressenti de l’ensemble du morceau ».

Après avoir essayé de nombreux logiciels, Benjamin opte pour Ableton en raison des potentialités à la fois studio et live. « Pour moi l’important c’est surtout de connaître son outil de production, et d’autre part ses limites techniques musicales personnelles, pour savoir exactement quelles sont toutes tes contraintes dans ta créativité, et après jouer avec ça ».

Dans la continuité de son parcours musical, il s’appuie pour la composition sur ses deux instruments fétiches : « Les deux instruments que j’adore, c’est le piano et la guitare, donc j’étais obligé de les intégrer à mes compositions. Le piano est devenu synthé, et la guitare reste jouée normalement ».

Ayant commencé le djing récemment, car c’est pour l’instant sa seule manière de faire de la scène en attendant de finaliser son live set, Benjamin insiste pourtant à dire qu’il ne se définit pas comme Dj : « Je ne me vois pas du tout comme un dj, j’ai vraiment envie de faire un son qui m’est propre et qui représente mon univers à moi, c’est à dire quelque chose de doux, mais en même temps d’un peu groovy, qui ne fait pas nécessairement danser, mais qui dégage de la bonne humeur, et qui connote la science-fiction. J’ai envie d’être un espèce d’astronaute chelou qui a débarqué sur la terre, mais qui est un peu lancinant, qui a les yeux mi-clos, et qui est capable de t’accompagner en soirée ou dans ton lit quand tu écoutes de la musique au casque avant de t’endormir… C’est ça que j’ai envie de faire, pas nécessairement d’aller en boîte de nuit passer des sons. Je ne rejette pas ce travail mais je ne me vois pas du tout comme ça. Je me vois beaucoup plus comme un musicien qui joue des instruments que comme un dj qui mixe des morceaux d’autres personnes ; ce sont deux expertises différentes ».

MXXI – Comment t’est venue l’idée de ce projet de live set ?

« Je n’ai jamais vraiment voulu faire du live parce que je ne connaissais pas très bien ce milieu-là, mais quand j’ai commencé à aller dans des festivals, des concerts… je me suis rendu compte de la puissance que ça pouvait dégager, et je me suis dit qu’il fallait absolument que je puisse faire ça. Alors bien sûr au début on commence avec un live simple, mais quand j’ai vu Rone sur scène, ou Joris Delacroix, je me suis rendu compte de l’importance du spectacle. La qualité de la musique ne sera jamais la même qu’enregistrée, mais souvent il y a du bon matos, beaucoup de monde, une ambiance… c’est un espèce de rêve éveillé. Quand toutes les lumières sont éteintes et que tu vois les projections de Rone par exemple avec ces espèces de petits fantômes qui t’arrivent dessus en rythme avec la musique, moi je trouve ça féerique. J’ai vraiment envie d’avoir un univers spécifique et je pense que le mien se prête particulièrement à ce genre de mise en scène. Ça peut vraiment transcender une musique de faire un beau show. Donc maintenant je suis convaincu de l’intérêt de faire un live. »

Napkey Cabourg
Napkey en live au Festival Cabourg, mon amour

MXXI – Quel est ton rapport à l’illustration, la vidéo… cherches-tu à mettre tout ça en lien ?

« Je pense que j’arrive à un moment où je suis suffisamment mature pour décider quel est mon univers et ce que je veux en faire, et j’ai envie d’arriver à un tout cohérent ; visuels, vidéos, musique, scène… qu’on sache directement que c’est mon univers, et travailler tout ça en lien avec le live ».

MXXI – Est-ce que tu penses éventuellement à intégrer d’autres instrumentistes en live ?

« Oui, j’y pense beaucoup ! »

MXXI – Est-ce que tu aimerais faire de la musique pour l’image, le cinéma ?

« Oui, j’aimerais beaucoup faire de la musique de film, c’est même mon plus grand objectif. Le son pour l’image, c’est le meilleur moyen selon moi de transcender la musique. J’écoute très souvent le travail d’ Hans Zimmer, Alexandre Desplat, Yann Tiersen… ».

MXXI – Est-ce que tu pourrais citer 3 morceaux aux ambiances différentes que tu écoutes en boucle?

En morceau qui bouge je citerais « Abrasive » de Ratatat, qu’il faut absolument regarder avec le clip ! Pour chiller, je dirais le remix de « Last Day » du Kollektiv Turmstraße par David August. Et enfin comme son plus triste, je dirais « Arrival of the Birds » de London Cinematic Orchestra, qu’ils ont écrit pour La Marche de l’Empereur.

MXXI – Pour finir, comme le thème de dossier mensuel du magazine est « Résister », j’aurais trois questions à te poser que m’évoque ce thème en lien avec le monde de la musique.

Tout d’abord, j’ai pensé à « résister » dans le contexte des avancées technologiques. Comment envisages-tu les évolutions du matériel musical, dans un contexte où on entend souvent que la musique électronique et numérique est une musique froide et sans âme, contrairement à la musique acoustique et analogique? Vois-tu une nécessité de résister à certaines avancées, ou au contraire souhaites-tu embrasser ces nouveautés ?

« Moi j’embrasse complètement la technologie, je suis parfaitement à l’aise avec ça. Par exemple si j’écoute beaucoup de vinyles, c’est plus par rapport à l’objet ou à l’expérience particulière. Il s’agit plus de passer un moment à me consacrer pleinement à la musique, que pour le grain de l’époque qui serait plus ceci ou cela… »

MXXI – Ma seconde question concerne l’idée de résister en lien avec la tendance à l’uniformisation, du fait de stratégies commerciales et de phénomènes de mode. As-tu peur par exemple du monopole de la techno ou de l’EDM en ce moment ? Penses-tu que ces processus d’uniformisation peuvent menacer la diversité musicale ?

« C’est pas que ça me fait peur, je pense que l’EDM est juste la pop d’aujourd’hui, moi c’est pas mon style, mais après ces phénomènes ne m’inquiètent pas plus que ça. L’uniformisation est nécessaire pour faire tourner un marché basé sur la radio, avec cette obligation de plaire au plus grand nombre. C’est pas parce que ce n’est pas mon style de musique que ça me fait peur. Si je garde mes convictions à moi et que je ne me prostitue pas pour avoir plus d’écoutes, je n’ai pas de risque de tomber dans l’uniformisation. En revanche ce que je refuserais vigoureusement, ce serait qu’on me demande de transformer ma musique pour la rendre « plus écoutable ». J’entends si on m’apporte des conseils constructifs, mais en revanche la modifier pour qu’elle soit plus adaptée aux tendances, ça je refuserais catégoriquement de le faire ».

MXXI – Ma dernière question concerne l’idée de résister en lien avec l’opposition majors / labels indépendants. Que penses-tu de ce rapport de force actuellement ?

« Je n’ai pas d’avis arrêté. Je pense que les majors ont moins d’influence qu’avant, qu’elles gardent quand même un gros monopole, lié notamment à la radio, mais qu’en revanche elles ont compris que la musique indépendante avait de beaux jours devant elle, et qu’elles se sont adaptées. J’ai pas mal de potes producteurs qui il y a 6 ans n’auraient jamais signé sur une major, et qui ont entre temps signé chez Universal ou autre… Les majors ont commencé à comprendre que la musique n’est pas seulement la vision qu’ils en ont, mais aussi ce que veut le consommateur, or l’auditeur veut aussi de la diversité, de la découverte. Je ne refuserais pas d’aller chez une major juste parce que c’est une major qui incarne le grand méchant capitaliste, ça dépendra du contexte, du feeling, de si ces gens sont là pour ma musique ou juste pour un concept marketing. Tu peux rencontrer des sales types comme des gens en or aussi bien dans les majors que dans les labels indés. La musique est un métier social donc c’est vraiment au cas par cas, c’est un milieu qui fonctionne beaucoup sur les rapports humains, donc tout dépendra de ça. Je pense juste qu’il faut résister à l’appel de la thune pour la thune. Si ma musique ne marche pas, je ne vais pas la transformer pour qu’elle marche ».

MXXI – Un mot de la fin ?

« J’aurais juste une petite citation qui résume bien pour moi le monde de la musique aujourd’hui :« A vaincre sans péril on triomphe sans gloire ». On n’est plus du tout dans le rêve américain, la musique est devenue un milieu très difficile. Mais je pense que le plaisir de réussir n’en est que plus grand. La musique c’est génial pour ça, tu n’as pas l’impression de n’avoir rien fait pour en arriver là où tu es. Quand ton travail finit par payer, c’est incroyable, car c’est une passion dans laquelle tu as mis tes émotions, ton cœur, ton temps, ton argent… tu as dépensé énormément de choses pour pouvoir y arriver, et sans aucune certitude du résultat car tu ne vends pas quelque chose de concret. Je pense que le plus important c’est d’y croire, d’y aller à fond, et de ne surtout jamais baisser les bras. L’important c’est avant tout de faire ce qu’on aime.

MXXI – Merci beaucoup d’avoir pris le temps de répondre à nos questions, et bonne continuation dans tes projets, que nous ne manquerons pas de suivre avec intérêt !

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