Match d’impro: rencontre avec la ligue Grossomodo

Vous cherchez désespérément un spectacle qui vous fera à la fois rire, trembler et jeter des chaussettes ? Ne cherchez plus : le match d’improvisation est fait pour vous !

Le match d’improvisation est une créature étrange : à mi-chemin entre le théâtre et le sport, cet hybride venu du Québec et inspiré du hockey se développe à vitesse grand V en France depuis quelques années, attirant un public toujours plus large, en quête d’originalité et de sensations fortes. Analyse avec la ligue d’improvisation orléanaise, Grossomodo.

Quand les membres de Grossomodo voient que j’ai mis en marche mon dictaphone, ils s’empressent de plaisanter :

– On fait de l’impro pour l’amour du public.

– On nous oblige à faire des spectacles payants, mais nous on veut faire que du gratuit.

– On aime bien la culture aussi.

– Ah oui, ça c’est bien !

– Et la mairie d’Orléans, c’est la plus belle du monde. Et le maire… il est beau ! Voilà, tu peux éteindre, on peut parler normalement ?

MXXI – Pour nos lecteurs qui ne connaissent pas le match d’impro, qu’est-ce que c’est, en quelques mots ?

Grossomodo – Ca a été inventé au Québec par des comédiens qui étaient blasés parce que, alors que leur salle de spectacle était vide, il y avait plein de gens qui allaient voir des matchs de hockey. Donc ils se sont dit : « et si on faisait du théâtre à la manière du hockey ? ». Ils ont donc inventé un protocole de jeu, avec des comédiens, répartis en deux équipes, avec un arbitre, et une scène ayant la forme d’une patinoire. Il y a deux équipes qui s’affrontent – entre guillemets parce qu’en réalité, tout ceci se passe dans une ambiance bon enfant et chaleureuse – autour de thèmes qui sont proposés par l’arbitre toujours selon un même schéma : chaque thème comporte une catégorie (à la manière de Molière, à la manière du théâtre nô, à la manière de Tchekhov – ça c’est plutôt le côté culturel – à la manière d’une sitcom, sans paroles, rimée, etc). Un thème, ça peut être… « La robe bleue lui allait tellement bien », quelque chose comme ça.

– Une fois que l’arbitre a donné son thème au public et aux deux équipes en même temps, les deux équipes ont vingt secondes de réflexion, qu’on appelle un caucus, et au bout des 20 secondes eh bien c’est parti pour une improvisation.

– C’est sur Wikipédia sinon.

– Nan mais c’est hyper intéressant ce que tu dis, vas-y.

– Donc : thème, catégorie, durée : la moyenne, c’est trois minutes, mais ça peut être beaucoup plus court, vingt secondes, ou beaucoup plus long, trente minutes par exemple. L’arbitre définit aussi un nombre de joueurs : ça peut être un nombre de joueurs illimité, trois par équipe, seulement les filles… Enfin, l’impro peut être mixte ou comparée : soit les deux équipes jouent successivement, sur le même thème (ndla : l’impro est alors comparée), soit elles vont improviser ensemble (ndla : mixte). Et à l’issue des impros, c’est le public qui vote à l’aide d’un carton de rouge ou de blanc.

– « carton de rouge » ? … Il vote à l’aide d’un cubi de rouge en fait.

– Et donc l’arbitre compte les voix pour chacune des équipes, et celle qui en a le plus marque un point. La succession des points va mener à une victoire ou une défaite. Un match dure deux fois 45 minutes ou trois fois 30 minutes.

MXXI – Hormis la règle des 3 fois 30 minutes, y a-t-il d’autres règles originales que vous ne suivez pas, ou que vous adaptez ?

Il y a la règle officielle, avec un vrai règlement, mais on l’adapte, un peu comme les catégories – parce que sinon il y a un vrai cahier des charges des catégories, on ne pourrait pas les dépasser. Donc nous, comme quasiment toutes les équipes, on invente de nouvelles catégories pour se faire plaisir et faire plaisir au public. Par contre, au niveau des fautes : le cabotinage, le décrochage…, là on respecte les vraies règles en match officiel.

Les fautes sont stipulées par l’arbitre, à l’aide de signes. Par exemple la faute de cliché, comme le fait de reprendre un slogan d’une marque, ou un cabotinage, c’est-à-dire un comédien qui joue pour lui, qui ne va pas jouer son personnage. Les fautes existent pour préserver la qualité de jeu, pour éviter que les impros tournent en rond, que ça n’avance pas, que ce soit vulgaire… Elles sont vraiment là pour permettre au jeu d’avancer.

Par exemple, si on imite Dany Boon dans Bienvenue chez les Ch’tis, ce sera une faute de cliché.

Ou de mauvais goût.

MXXI – Vous êtes des joueurs…

Confirmés !

MXXI – …amateurs ou professionnels ? Vous exercez un travail à côté ?

– Oui, on travaille. Enfin, il y a des fonctionnaires aussi.

Grossomodo est une association, on fait ça vraiment en dilettante. En tant que fonctionnaire improvisatrice, c’est un hobby ! Enfin non, c’est plus que ça, c’est vraiment une passion, de nombreuses personnes parmi nous viennent du monde du théâtre. On n’est pas des professionnels, même on fait tout pour qu’il y ait une qualité de spectacle.

MXXI – Donc il existe malgré tout des joueurs professionnels d’improvisation…

– Oui, ce sont des intermittents qui font de l’impro.

– D’ailleurs, on soutient le combat des intermittents.

– Il y a un championnat du monde aussi, avec des équipes professionnelles. C’est un championnat francophone : il y a la Belgique, la Suisse, le Québec, la France… et l’Italie, ce qui est assez troublant.

– On les comprend pas toujours quand ils parlent, mais ils jouent dans le championnat. (ndla : pour la première fois, le Maroc participera à la Coupe du monde en 2015)

MXXI – Avec Grossomodo, vous avez déjà disputé des matchs internationaux ?

Oui, on a joué contre le Luxembourg, la Belgique, la Suisse, le Québec.

MXXI – Justement, on parlait de la Coupe du monde : la finale sera à l’Olympia en mars 2015 ! Le match d’impro commence à se populariser, ce n’était pas aussi connu il y a quelques années : comment expliquez-vous cela ?

C’est amusant et c’est rapide. Quand on va voir une pièce de théâtre, on en a pour une heure et demi/deux heures, ça peut être très pénible en tant que spectateur. En match d’impro, toutes les improvisations ne sont pas bonnes – ça peut arriver que vraiment, tout le match soit merveilleux mais c’est assez rare, il y a toujours une ou deux impros qui vont être un peu en-dessous -, mais c’est rapide. Donc ça attire un public qui vient rire. Il y a aussi une participation du public puisqu’à l’entrée, on leur donne soit une chaussette, soit une pantoufle qu’ils peuvent jeter sur l’arbitre, on leur demande aussi une participation en votant donc il y a vraiment une osmose entre la salle et la scène.

C’est une forme de spectacle un peu différente, c’est du théâtre mais je pense que parmi nos spectateurs, beaucoup ne sont pas des gens qui ont l’habitude de fréquenter des salles de théâtre en-dehors de ce spectacle-là. C’est un peu entre un spectacle de cabaret et un one-man ou un one-woman show, c’est une nouvelle forme…

MXXI – Quelques personnalités connues sont issues du match d’impro : Jamel Debbouze, Arnaud Tsamere, Cécile Giroud etc, est-ce que vous pensez que c’est un bon tremplin pour faire du théâtre, du cinéma, du one-man… ?

– Je dirais que l’impro emmène plus vers le one-man que vers le théâtre classique. Si on part du théâtre et qu’on fait de l’impro, l’amour du théâtre reste, donc on peut faire du théâtre ; si on ne fait que de l’impro, on n’a pas une vraie base théâtrale, une vraie culture théâtrale, et on va plutôt partir vers du one-man parce qu’on arrive à faire rire, à écrire des sketchs. Par contre, l’impro sert effectivement au théâtre et au cinéma. Au théâtre, s’il y a un oubli de texte, on doit pouvoir compter sur ses camarades et sur soi-même pour improviser et retourner dans les rails. Au cinéma aussi : surtout aux Etats-Unis, Robin Williams est très doué en impro et s’en sert dans ses films [ndla : l’interview a été enregistrée de son vivant. RIP Robin.] ; dans les films de Judd Apatow également il y a beaucoup d’impro. Il y a des réalisateurs qui aiment beaucoup les acteurs qui savent improviser.

– Claude Lelouche. C’est pour ça que ses films sont très sympas. Il pose la caméra et il laisse les gens parler pendant deux heures, et voilà, ils improvisent.

MXXI – Comment se passe la saison d’une ligue d’improvisation ?

Une année comprend entre 20 et 30 spectacles : ça va du match d’improvisation classique, – que nous faisons au théâtre Gérard Philipe ou en déplacement au cabaret, on peut travailler pour des communes, dans des bars, des entreprises etc.

MXXI – Quels seraient vos conseils pour quelqu’un qui voudrait se lancer dans le match d’improvisation ?

Oser. Assumer. Je dirais que pour un débutant en improvisation, le souci ça va être l’image de soi : « est-ce que les gens vont rire de ce que je vais dire, est-ce que ce que je fais, c’est bien, qu’est-ce qu’on va penser de moi, est-ce que c’est pas un peu ridicule »… Il y a un ou deux ans durant lesquels on se sent plus bas que terre, et on a l’impression que tout le monde nous regarde, nous juge. Après, une fois que c’est fait, une fois qu’on a résisté à ça, on peut tout faire. S’éclater aussi, c’est le plus important.

MXXI – Est-ce nécessaire de bien s’entendre au sein d’une ligue pour pouvoir improviser ensemble ?

A Grossomodo oui, il y a vraiment des liens, et quand il y a un nouveau membre, on voit si ça colle, si ça va accrocher, et si on va bien s’entendre. Ce n’est pas forcément le cas partout, les ligues professionnelles notamment ont sûrement d’autres critères de sélection. C’est important qu’il y ait une cohésion dans le groupe, parce que quand on se lance en improvisation, on se lance sans rien, sans filet, sans parachute, et en fait on n’a que notre imagination et la confiance dans nos partenaires. Si on se plante, on sait que les autres seront là pour nous rattraper.

MXXI – C’est la mairie d’Orléans qui finance vos activités ?

On a une subvention de la part de la mairie, pour le théâtre Gérard Philipe, ce qui nous permet d’avoir cinq dates, et puis d’avoir une très belle salle.

MXXI – Un dernier mot pour nos lecteurs ?

– Il faut venir nous voir pendant la saison prochaine, au théâtre Gérard Philipe !

– La première c’est le 8 novembre. Après ce n’est que le 24 janvier, le 14 mars, et le 11 avril.

– Tout ça pour la modique somme de 6 euros.

– Et 5 euros pour un enfant jeune.

– Ou un chômeur.

– Ou un vieux. Ou un groupe de 10 personnes.

– Vous pouvez venir nous voir au Québec, mais c’est plus cher. On part faire une tournée de dix jours pour rencontrer des équipes québecoises. On l’avait déjà fait il y a quatre ans, c’est une expérience très enrichissante.

– Peut-être que Manifesto XXI a des lecteurs au Québec ?

– On a eu du public français au Québec, des gens qui étaient venus nous voir parce qu’ils avaient vu qu’il y avait une équipe française qui jouait. Là-bas c’est un peu particulier, il y a beaucoup d’équipes, et ils jouent dans des bars, avec un public de 10-15 personnes. Et c’est très formateur : nous on a l’habitude de jouer dans des salles entre 70 et 500 personnes, et ce n’est pas la même chose : il faut plus aller chercher le public quand il y a 15 personnes. Avec 500 personnes, quand il y en a un qui rit, tout le monde rit. Je ne dis pas que les gens d’Orléans rient facilement…

– C’est juste qu’on est drôles.

– Très. Tout le temps. Même là. Tu vois ?

Merci Grossomodo !

Interview réalisée par Clémence Rombauts

Quelques liens utiles :

Site ressource sur le match d’impro : http://match.impro.free.fr/

Site officiel de Grossomodo : http://grossomodo-impro.com/

Réservez votre place pour la finale de la Coupe du monde d’improvisation 2015 à l’Olympia ! : http://www.olympiahall.com/theatre-humour/la-coupe-du-monde-de-l-improvisation.html

Cet article vous a convaincu ? Regardez sur Youtube des impros de la LMI, la LIFI, la LILY, ou encore d’Hero Corp !

Deux impros efficaces pour commencer :

https://www.youtube.com/watch?v=xhX3UhT6Rw0

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