Makouvia Kokou Ferdinand et Chris Cyrille. Prix Dauphine pour l’art contemporain

J'ai gardé le réflexe, 2016, plaques de bois, caoutchouc © Makouvia Kokou Ferdinand
J'ai gardé le réflexe, 2016, plaques de bois et caoutchouc © Makouvia Kokou Ferdinand

Dans le travail de Makouvia Kokou Ferdinand, on remarque d’abord la matière et la forme : le corps des choses. L’artiste joue avec les oppositions, les tensions et les indéfinitions de la matière dans ses sculptures. Il apparaît ensuite les notions de frontière, de centralité et d’identité, comme trois aspects d’une même configuration sociale et d’un questionnement individuel en continuelle (re)construction.

Par la confrontation des matériaux, certaines œuvres de Makouvia Kokou Ferdinand semblent instables quand d’autres sont en évolution. Les céramiques-autoportraits de l’installation Le Parlement se répètent, se brisent et se recomposent dans Transformed Component. La sculpture J’ai gardé le réflexe s’active avec la performance dans Twenty-eight minutes insideentre animation de l’objet, jeu de matières, et métaphore de notre condition individuelle et sociale.

Le Parlement, 2016, céramique (installation) © Makouvia Kokou Ferdinand
Le Parlement, 2016, céramique (installation) © Makouvia Kokou Ferdinand
Transformed component, 2016, céramique © Makouvia Kokou Ferdinand
Transformed Component, 2016, céramique © Makouvia Kokou Ferdinand
Transformed component, 2016, céramique © Makouvia Kokou Ferdinand
Transformed Component, 2016, céramique © Makouvia Kokou Ferdinand
Céramiques (Azé zé 1 et 2 / Sans titre / Une partie de bille), 2016 © Makouvia Kokou Ferdinand

On comprend les références de l’artiste à Jean Fautrier, graveur, peintre et sculpteur informel connu pour sa série Les Otages : œuvres matiéristes et politiques, répondant à la nécessité d’interroger l’humain. Un travail où se perçoivent aussi des expériences personnelles, récits de vies et dialogues intimes avec la matière, condensés en une même forme.

« L’artiste capte l’énergie, il la contrôle, se laisse dépasser par elle, lui résiste… Se dégage alors une tension entre les deux énergies, tension qui fait advenir l’œuvre finale. […] Pour lui, l’objet ne se réduit pas à des possibilités esthétiques, il représente avant tout l’organique et évolue avec lui. » Chris Cyrille

J’ai gardé le réflexe, 2016, plaques de bois et caoutchouc © Makouvia Kokou Ferdinand
Twenty-eight minutes inside (performance) © Makouvia Kokou Ferdinand
Twenty-eight minutes inside (performance) © Makouvia Kokou Ferdinand
De l’autre côté, il peut y avoir de l’inconnu, 2015, bois et métal © Makouvia Kokou Ferdinand

Gagnant du Prix Dauphine pour l’art contemporain en binôme artiste-curateur avec Chris Cyrille, la notion de « coactivité » est celle que le duo avait choisie pour présenter son travail : dépassant l’opposition entre vivant et inerte, c’est dans la relation que les choses progressent et se redéfinissent. Une référence au texte « Coactivités, notes pour “The Great Acceleration” » de Nicolas Bourriaud (2014). L’auteur y interroge le rôle sociopolitique et l’essence de l’art à travers la pensée du réalisme spéculatif. Une pensée selon laquelle toutes choses (humains, animaux, plantes, objets) doivent être traitées avec égalité, pensée qu’il lie à la notion de coactivité en art, alors que l’accélération du capitalisme transforme chaque sujet en objet et chaque objet en marchandise, et que l’ère de l’anthropocène donne à l’humain une place centrale dont il ne veut plus.

Les œuvres de Makouvia Kokou Ferdinand, à la limite entre dialogue avec/réappropriation de la matière, s’inscrivent logiquement dans cette interrogation.

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