Madeleine et l’urgence du futur

En panne momentanée d’inspiration, mais surtout d’interrogations, je m’en remets à vous, à nos très chers lecteurs, à nos futurs lecteurs, à ceux qui ne nous liront jamais, à ceux qui nous connaissent et ceux qui ne nous connaissent pas, à ceux qui nous aiment, et à ceux qui ne nous aiment pas. Je m’en remets au monde. C’est donc ainsi que je me suis retrouvée à errer dans les rues rennaises un après-midi nuageux avec cette obsession de savoir ce que le mot « futur » évoquait pour vous, vous tous, inconnus de mon cœur. Au détour d’une ruelle, qui sortait de l’Eglise je la vois, ma première proie : blonde, un grand manteau de fourrure, une toc en daim sur la tête, des pommettes saillantes recouvertes d’assez de blush pour maquiller quatorze mannequins de chez Gucci. Je m’avance donc vers Madeleine, 77 ans : « Bonjour Madame permettez-moi de vous déranger un instant, je suis rédactrice pour un magazine, et notre prochain numéro porte sur le futur, si je vous dis futur vous me dites quoi ? ».

Je ne sais pas si c’est le ton enjoué qu’il y avait dans ma question, le sourire que j’avais jusqu’aux oreilles ou si c’est juste le fait qu’elle sortait d’une Eglise mais j’ai très naïvement cru qu’elle me répondrait quelque chose ayant trait au paradis ou au bonheur, et bah NON !

« Il y a quelques jours je suis allée à l’enterrement de quelqu’un qui avait mon âge, alors quand vous me dites « futur », moi je vous dis que ça m’inquiète ».

Vlan ! Ca faisait fort longtemps que je n’avais pas reçu une claque pareil, je crois que Madeleine m’a giflée encore plus fort que mes parents ne l’ont jamais fait ! Alors je te vois déjà me mépriser de ton petit regard narquois, « mais qu’elle est naïve, elle va s’adresser aux gens dont le passé dépasse l’avenir et pense avoir une réponse positive, pleine d’espoir ?! » Ok je te l’accorde ce n’était pas le truc le plus clever de l’année, mais arrête de te moquer de moi, on n’est pas tous comme toi philosophe, ou comme la rédaction de Manifesto XXI à réfléchir toute la journée à ce que Saad ou Kant ont dit ou auraient dit de notre XXIe siècle. Non, non il y a aussi des gens comme ta voisine, ou ton petit frère, comme moi, ou comme Madeleine, qui font des choses avant de réfléchir à ce qu’ils attendent de ces choses (sans doute à tort d’ailleurs).

Toujours est-il que cette claque je l’ai bien sentie passer. Alors ça m’a faite réfléchir, et sûrement parce que je suis un peu égoïste (faut l’avouer on l’est tous un peu, même toi qui me lis, et que je remercie) la réponse de Madeleine ne m’a pas du tout fait penser à NOTRE futur, le Grand Futur, celui de l’Humanité, des Hommes, de la Planète, mais seulement au mien, à ma petite existence personnelle. Après m’être demandée ce que je voulais vraiment (je vous passe les heures d’insomnies), je me suis surtout dite qu’il fallait que je me dépêche. C’est vrai Madeleine avait l’air d’être pressée, comme si il y avait une certaine urgence dans le futur. L’urgence qu’il nous impose. En fait, je crois que la notion de futur nous place dans une urgence du présent. Nous devons vivre aujourd’hui car demain arrive (trop) vite. Alors tout ça m’a rappelé cette citation d’Oliver Wendell Holmes :

Bien des gens meurent sans avoir composé toute la musique qui est en eux.

Je ne sais pas si je suis une grande compositrice ou si ma musique est belle mais une chose est sûre : quelle qu’elle soit, je ne veux pas l’emmener dans la tombe. C’est vrai, il y a tellement de choses à dire, à vivre, à découvrir que c’est presque indécent d’attendre demain pour les dire, les vivre, et les découvrir. Alors au risque de trahir mon optimisme habituel, je me risquerai même à vous dire que demain est incertain, que les choses s’enchaînent si vite que peut-être un jour on ouvrira les yeux en se rendant compte qu’on a trop attendu, ou que l’on est passé à côté de notre futur sans même le voir. Celui qui nous a faits rêver quand on était petit, celui qui a nourri tous nos vœux d’anniversaire jusqu’à 25 ans, celui qu’on a espéré en silence, celui qui aurait dû être le nôtre. Non pas parce que c’était une destinée – parce qu’on a tous le droit de changer – mais juste parce qu’on le voulait vraiment.

Alors, prêt, feu, GO : c’est le moment de se jeter à l’eau les gars. On n’a pas de temps à perdre. Arrêtons de blablater autour du futur et du reste ; on y va gaiement, tristement, avec le sourire, le cafard, les jours avec et les jours sans, on y va, on fonce. On donne tout, on vit tout, de manière à ce qu’un jour, on puisse se retourner sur ce qui pour nous a toujours été notre futur, en se rendant compte, une fois qu’on l’a atteint, qu’il est en réalité toujours devant nous; parce que nos rêves comme notre avenir sont sans limite.

Et ça, ça me fait penser à cette vidéo que je regardais tout le temps quand j’avais douze ans. Pour une raison que j’ignore encore elle s’appelle « j’ai vomi dans mes cornflakes ».

Je vous laisse savourer. Promis malgré le supposé vomi, ça a bon gout, et ça remet les idées en place.

Mais surtout, n’oublions pas que le futur n’est qu’un potentiel, et qu’il ne tient qu’à nous de lui donner vie.

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