Ma nuit chez les Drag-Kings 

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Drag King

J’ai découvert les soirées Drag-Kings complètement par hasard. Un soir pluvieux, j’ai suivi ma coloc dans un club de Vancouver à la devanture un peu miteuse sans trop savoir ce qui m’attendait. J’ai failli me dire que c’était peut-être un mauvais plan avant de me raviser lorsque j’ai découvert l’énergie et la bienveillance qui régnaient dans cette petite communauté.

Sur une petite scène, des filles défilaient une par une et faisaient le show pendant à peu près cinq minutes chacune, que ce soit par le chant, la danse, le strip-tease, le play-back… Un seul point commun : elles étaient toutes grimées en homme de façon plus ou moins aboutie. Cette fameuse nuit, l’asso qui organisait la soirée avait choisi comme thème David Bowie : une icône bi et androgyne pour une soirée drag, c’est vrai que ça tombe un peu sous le sens.

Source : wikimedia.com
Source : wikimedia.com

Et tout ça c’était beau, c’était puissant, et je me sentais tellement euphorique de voir toutes ces filles fasciner l’audience sur scène puis redevenir des minettes avec des allures un peu fragiles une fois redescendues dans la fosse… Ce n’était pas que du spectacle, ça allait plus loin encore : c’est toute une culture autour de l’empowerment féminin et des identités queers qui se retrouve dans un lieu commun (d’ailleurs les toilettes n’étaient pas des « toilettes » mais des « gender neutral pee places »). Ces soirées c’est plus que des filles qui se travestissent, c’est un endroit où tous ceux qui disent fuck aux rôles attribués par le genre se retrouvent et font la fête. Même si certains Drag-Kings sont aussi transgenres à la ville, on peut aussi voir beaucoup de femmes qui aiment simplement s’amuser avec leur identité sexuelle au moins le temps d’une soirée.

Après avoir vu tout ça, je me suis dite que c’était bien dommage que l’on ne parle pas plus de la figure du Drag-King.  Les drag-queens, on les connaît bien, on les croise souvent dans les gay-prides, et ce sont des personnages récurrents de la pop-culture. En revanche, on voit beaucoup moins de représentations de travestis masculins et très peu de gens pourront vous citer des noms de célébrités Drag-Kings. Pourquoi cette différence ? Peut-être parce que les codes de la féminité avec son maquillage, ses plumes et ses paillettes sont plus facilement associés au monde de la nuit et du spectacle que la bonne barbe et les biscotos bien virils.

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Goldie Peacock

Et puis l’identité gay qu’on raccroche souvent (à tort ou à raison) aux drag-queens est plus visible de manière générale, que ce soit dans les médias, la pop-culture, ou dans les lieux de rassemblement homosexuel. Les identités lesbienne et transgenre « female-to-male » sont invisibles dans les médias et peu présentes dans les divertissements, si ce n’est quelques exceptions comme The L Word ou Orange is The New Black. La femme Drag-King ne rentre pas dans les codes de représentation souvent associés aux femmes, qui restent ancrés dans la dichotomie  entre les rôles de « la maman » ou de « la séductrice » (pour ne pas dire autre chose).

Les premières images de femmes se travestissant en hommes remontent pourtant au XIXè siècle. Il a quand même fallu attendre les années 1980 pour que le terme Drag-Kings s’impose avec l’explosion de la culture queer-underground; et les années 1990 pour que s’installent les premières revues. Ces dernières années, on voit apparaître des formes de soirées drag-kings plus amateurs et moins underground avec parfois même des ateliers pour apprendre à se travestir comme le fait l’association « Les Soirées Garçonnes » à Paris.
La hausse de popularité et la démocratisation de ce type de soirée montre qu’il y a du potentiel dans la mise en scène d’une virilité fantasmée. Ces femmes qui se mettent en scène et s’amusent à séduire en travestis montrent que la figure de l’homme est moins monolithique qu’il n’y parait. Cela va peut-être de pair avec les nouveaux codes esthétiques de la masculinité : la mode de la barbe, du hipster à chemises de bûcheron etc.

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Kollettivo Drag King del Teatro Ringhiera

Plus globalement, ces mouvements accompagnent les nouvelles considérations sur le genre et sur les identités sexuelles, lesquelles prennent de plus en plus d’ampleur depuis les années 2000. Ce que je retiens de cette nuit c’est que de plus en plus de femmes n’hésitent plus à s’éclater autant que les mecs en jouant à changer de peau et s’inventer des vies, que ce soit pour une soirée ou pour plus longtemps. Et ça, c’est plutôt une bonne nouvelle.

Salvade Castera

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