Ludovic Winterstan, ambassadeur d’une féminité ensorcelante

Un rendez-vous avec Ludovic Winterstan au Musée des Dentelles de Caudry.

C’est dans le cadre des Journées européennes du patrimoine que nous avons lâché Paris le temps d’une journée pour Caudry, où Ludovic Winterstan présentait une rétrospective de ses collections « Noir » (Automne-hiver 2015-2016) et « Rupture » (Printemps-été 2016), suivie de la présentation de sa dernière collection « Sanctuaire » (Automne-hiver 2016-2017).

Quittant donc le faste de la capitale à quelques jours de la fashion week parisienne, nous nous sommes laissés guider vers un des lieux les plus significatifs pour l’artisanat français, le Musée des Dentelles de Caudry. En effet, depuis plus de cent ans, les ateliers de la ville produisent ce joyau d’artisanat : la dentelle. Un savoir-faire de Caudry éclipsé que Ludovic Winterstan a décidé de « restituer à la ville et aux Caudrésiens » comme nous l’a rappelé Katell Palix, directrice du Musée des Dentelles et Broderies.

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C’est donc dans une atmosphère où le passage des mannequins laissait dans l’air une trainée de paillettes, que nous avons eu le plaisir d’avoir un regard sur l’ensemble du travail de Ludovic Winterstan. Le couturier français est très remarqué depuis son apparition dans le monde de la mode parisienne avec sa première collection « Noir » sortie en 2015.

Des silhouettes puissantes, presque ensorcelantes, des femmes guerrières, masquées et à la fois d’une sophistication remarquable. On avait presque l’impression que les robes à peine enfilées par les filles venaient se greffer à leur peau, à leur identité, jusqu’à recouvrir leurs visages de cristaux. Car en effet si la dentelle constitue une partie plus qu’importante du travail du couturier, les cristaux Swarovski, quant à eux, viennent illuminer un travail déjà abouti. Des femmes qui font frissonner et laissent une impression presque fellinienne.

Trois grandes couleurs pour Ludovic Winterstan, le noir, le blanc et le rouge, trois couleurs chargées de symboles et d’importance, mais il n’en fallait pas plus quand, à déjà trois collections, on sent une évidente continuité dans son travail, un univers bien établi.

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Comme nous avons pu le découvrir dans l’interview qu’il nous a accordée récemment, Ludovic Winterstan est une nouvelle figure qui, selon nous, fait plaisir dans le paysage figé de la mode française. Il ne triche pas, et exprime non sans crainte son désaccord avec le système actuel. Une personnalité pleine de contradictions qui donne à son univers créatif une vraie profondeur.

Tout d’abord, c’est avec des références telles que Pierre Soulages, Joseph Beuys ou Francis Bacon qu’il détourne la puissance minimale et épurée de ces œuvres pour enrichir ses collections aux créations complexes et sophistiquées. De tout cet univers découle donc l’image d’une femme combattante et très féminine, des inspirations conceptuelles, modernes mais également antiques, et un savoir-faire ancien, celui de la dentelle.

Ludovic Winterstan nous a également conquis pour son intérêt pour l’artisanat français. Il est vrai qu’à quelques jours de la fashion week la plus importante pour le monde de la mode, les couturiers et créateurs ne sont pas légion à restituer à une ville son artisanat, et à présenter gratuitement un travail tout simplement titanesque à un public insolite.

C’est ce côté spontané et sans prétentions, surprenant aux premiers abords, qui a fini par nous séduire. C’est avec la collaboration des maisons dentellières A. Laude, Dentelles Méry, Dentelles MC et J. Bracq que Ludovic Winterstan saura gagner le respect au sein de son domaine de création, car rappelons-le, beaucoup se laissent tenter par des mains-d’œuvre étrangères souvent peu onéreuses, préférant la quantité à la qualité.

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On sentait une vraie cohésion dans son équipe, des mannequins aux assistants, en passant par les coiffeurs, les maquilleurs et les photographes. C’est ce genre d’unité et de respect de chacun dans une équipe qui plaît particulièrement à Manifesto XXI. Un autre rappel encore, à l’heure où beaucoup de jeunes créateurs sont avalés par de grands groupes et où l’équipe d’une maison est divisée entre assistants et assistés, on sent dans l’équipe Winterstan une vraie motivation et une unité très forte.

Après la présentation de ses trois dernières collections, quelques mannequins se sont mêlées au musée, ainsi les créations du couturier s’invitaient parmi les réalisations plus anciennes de Chanel ou de Nina Ricci, créant ainsi une continuité, une sorte de relève assurée.

On espère et ne doutons pas être encore surpris par le travail de Ludovic Winterstan.

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