La longue Marche pour la Justice et la Dignité

Marche 19 mars manifesto21
© Apolline Bazin

Organisée à l’initiative des familles de plusieurs victimes de violences policières, cette marche s’inscrit dans la continuité d’une première manifestation organisée en octobre 2015, dix ans après les grandes émeutes en banlieue. Le fantôme de cet épisode, causé par la mort des petits Zyed et Bouna qui s’étaient réfugiés dans un transformateur EDF, hante les manifestants et rappelle que dix ans après le problème du racisme envers les quartiers n’est toujours pas réglé. Récits de colères et de douleurs qu’une manifestation ne peut suffire à éteindre.

Marche 19 mars manifesto21
© Apolline Bazin

Convergence des luttes ?

A la sortie du métro, une voix s’élève déjà criant « Zyed, Bounna, on n’oublie pas! ». Le ton est donné. Le slogan est martelé et enrichi « Zyed, Bounna, Théo et Adama, on pardonne pas. ». Avec cette marche ressort au grand jour et à grands cris la question du racisme, si peu abordée par la classe politique et dans cette campagne électorale. Les manifestants ne s’y trompent pas en remuant les cendres d’un passé colonial non soldé qui alimente le racisme d’une bonne partie de la France. Quelques jours avant la manifestation, l’intellectuelle Rokhaya Diallo publiait dans le Guardian un article au titre sans équivoque : « Quand la France admettra-t-elle que le racisme de la police est systémique ? ».

Si l’événement aurait pu être un moment de rassemblement et d’apaisement, la réalité des différents acteurs est plus complexe. Le Monde ne manque pas de pointer rapidement que « la marche divise les quartiers populaires ». En effet, le mouvement compte de nombreux invités dont des syndicats qui n’ont pas la dénonciation des violences policières pour objet de lutte principal, et cela n’est pas pour plaire à toutes les familles de victimes. Enfin, annoncée depuis plusieurs mois pourtant, la manifestation ne rassemble que quelques milliers de manifestants. Rien de comparable avec la foule amassée par Jean-Luc Mélenchon la veille place de la Bastille. Quid, donc, de l’émotion provoquée par l’affaire Théo ?

Pas de considération, pas de paix

On aura aperçu des militants du NPA, du Front de Gauche… Mais où est le PS ? Le silence assourdissant des candidats à la Présidentielle n’est pas de bon augure pour le dialogue nécessaire entre les familles des victimes et l’État. On saluera la présence de Philippe Poutou, seul candidat présent et s’étant exprimé sur Twitter.

Quelle place dans la campagne pour cet enjeu des violences policières ? Derrière cette expression se cristallisent beaucoup de tensions de la société française, que l’on ait manifesté en ce 19 mars contre les bavures policières dans les quartiers, ou contre celles qui ont eu lieu pendant les manifestations de la loi travail. Rassembler les luttes ne résout certes pas le problème endémique de racisme dans notre société et qui concerne la majorité des cas de violence policière, mais fermer les yeux sur ce problème c’est prendre le risque, collectivement, d’aggraver la scission déjà énorme entre les quartiers et le reste du pays.

Fermer les yeux, c’est faire une fois encore le jeu du FN qui n’en manque pas une : lorsque ça dérape en fin de cortège, l’extrême Droite ne s’est pas gênée pour manifester son racisme sans gêne ni pudeur envers les familles des victimes. Ci-dessous toute la considération de Marion Maréchal Le Pen pour les victimes.

Marche 19 mars manifesto 21

Le manque de considération globale pour cette marche ne laisse rien présager de bon pour le dialogue national, et ce quel que soit le Président élu. « Pas de Justice, pas de Paix ! » : à n’en pas douter, ce slogan résume à lui seul l’état d’esprit de tous les manifestants. Tout cela laisse s’insinuer la vague intuition que nous commettons les mêmes erreurs, avec les mêmes conséquences tragiques de rancœur et colère.

Marche 19 mars manifesto21
© Apolline Bazin
Marche 19 mars manifesto21
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